Auteur: Aures
Date: 2019-10-23 16:39:14
La révolte de Bouaziz ben Nacer et de sa fille Aldjia en 1724
Pour ce mois-ci, j’avais prévu de mettre en ligne la dernière partie du message intitulé « La révolte d’Abou Yazid ».
Néanmoins, je l’ai substitué à la dernière minute par celui-ci afin de tenir compte du Séminaire International de Tébessa du mois passé, du 28 au 30 septembre 2019. Autrement dit, c’est pour incorporer le thème du colloque en question, à savoir : «La résistance des femmes en Afrique du Nord, de la période antique jusqu'au XIXe siècle»
La révolte de Bouaziz et de sa fille Aldjia :
Cet épisode de notre histoire relativement à l’insurrection des Hnanchas, ou plus précisément à celle du cheikh Bou3ziz et de sa fille 3aljiya, contre les turcs nous a été relaté pour la PREMIÈRE fois par le docteur français Jean-André Peyssonnel qui, sous les ordres du roi Louis XV, séjourna en Afrique du Nord de 1724 à 1725 afin d’étudier la botanique et l’histoire naturelle de la région [1]. Par conséquent, il était quasiment comme un " témoin oculaire" des lesdits événements; en d’autres mots, c’est l’auteur le plus proche de cette révolte chronologiquement parlant.
Environ un siècle et demi après lui, M. Charles Féraud compila les travaux de Peyssonnel, les récits du Dr Thomas Shaw, les chroniques de l’historien tunisien El-Hadj Hamouda ainsi la tradition orale de la région pour y aboutir à sa fameuse étude historique sur les Henancha, d’environ 200 pages, dont une grande partie est consacrée à la révolte de Bouaziz et de sa fille Aldjia.
Sans tarder, voici un extrait du récit de Peyssonnel, tiré de sa lettre datée du 15 février 1725 :
1-Bouaziz :
« Le premier de ces chefs, Boisis [Bouaziz, ndlr], donne bien souvent de la peine tant au bey de Tunis qu'a celui de Constantine : il fut attaqué l'année dernière par ces deux puissances, et ce qui se passa à cette attaque mérite d'être rapporté.
Sultan Boisis est le chef ou le sheick d'une nation arabe qui habite un pays appelé des Anenchas [Hanenchas, ndlr], situé sur les frontières des royaumes de Tunis et d'Alger, dans la Numidie, et s'étend dans le désert du Sahara. Ce chef, qui se dit d'une ancienne maison, s'est rendu redoutable à sa nation et en a même soumis d'autres. Il a toujours repoussé le joug des Ottomans ou des Turcs, de sorte qu'il est souvent en guerre ou avec le bey de Tunis, ou avec celui de Constantine. Il est assez puissant, et on lui a vu mettre jusqu'à huit mille cavaliers sur pied.
L'année dernière (1724), le bey de Constantine et celui de Tunis furent l'attaquer à l'improviste : car c'est la coutume des Turcs de donner sur les nations qu'ils veulent soumettre sans leur laisser le temps de se mettre en défense et de faire retirer leurs bestiaux.
Sultan Boisis (c'est le titre que ceux de la nation lui donnent) fut attaqué et défait en même temps par Assem (Hocine/ Hossein, ndlr), bey de Constantine, qui lui enleva plus de huit mille chameaux, les bœufs et même les tentes. Le bey, non content de cette capture, voulait le prendre et le faire périr. Il laissa son khalife pour le poursuivre avec le camp des Turcs. »
2- La contribution inouïe de sa fille Aldjia à cette révolte :
« Boisis fit assembler ses troupes pour les encourager à se bien défendre; mais il trouva des esprits faibles à qui l'avantage que les Turcs venaient de remporter avait ôté le courage, et qui lui dirent nettement qu'ils avaient résolu de se soumettre. Ce pauvre sultan était au désespoir et se voyait perdu, lorsque sa fille, appelée Elgie-ben-Boisis-ben-Nazer (Elgie fille de Boisis, petite-fille de Nazer) [Aldjia bent Bouaziz ben Nacer, ndlr] se fit apporter ses vêtements les plus beaux et, s'étant vêtue, monta à cheval, appela les femmes et les filles ses parentes ou ses amies, qui montèrent aussi à cheval. Elle harangua les femmes en leur disant : " Puisque ces hommes n'ont pas le courage d'aller contre les Turcs, qui viendront bientôt nous violer à leurs yeux, allons nous-mêmes vendre chèrement notre vie et notre honneur, et ne restons plus avec ces lâches." Puis, découvrant sa gorge et la montrant aux hommes, elle leur cria : " Enfants de Nazer, qui voudra sucer de ce lait [2] n'a qu'à me suivre! "
Les Arabes piqués de l'héroïsme de cette fille, donnèrent sur les Turcs avec tant de violence qu'ils défirent le camp, remportèrent une partie du butin qui leur avait été enlevé, firent prisonnier le khalife, et dépouillèrent tous les Turcs. Voilà une action qui mérite d'être conservée dans l'histoire. »
3- Oum-Hani :
L’auteur poursuit son récit en comparant la fille de Bouaziz, Aldjia, à une autre héroïne nord-africaine et de la même époque aussi, Oum Hani, en écrivant :
« Elgie n'est pas la seule femme qui se soit rendue recommandable dans ce pays, La princesse Aumoni [Oum-Hani, ndlr] était la femme d'un chef qui commandait dans le désert de Sahara; après la mort de son mari, elle prit la tutelle de ses enfants encore petits et s'acquit le commandement de ses peuples, qui lui sont soumis. Elle va elle-même à la tête de son armée; elle a livré plusieurs combats aux Turcs et fait des actions de bravoure mémorables, qui l'ont fait considérer et craindre tant de ceux de sa nation et de ses voisins que des Turcs eux-mêmes, Elle a battu plusieurs fois le bey de Constantine, qui, pour s'acquérir son alliance et son amitié, a épousé, l'année passée, la fille de cette princesse. »
Évidemment, de nombreuses informations sur la révolte de Bouaziz et de sa fille Aldjia se trouvent, entre autres, regrouper sous forme d’un poème (qacida) de plusieurs pages que M. Charles Féraud a pu recueillir chez les Hnanchas et reproduit en version originale et en traduction française dans son étude historique citée précédemment [3].
Quant à M. Peyssonnel, il mentionne une dernière fois son héroïne, Aldjia bent Bouaziz, en décrivant la réaction du bey dans une autre lettre datée d’Alger le 10 août 1725 : « Le 24 [ 24 juin 1725, ndlr] le sultan Boisis et le beau -frère du bey envoyèrent deux courriers avec des lettres pour se ménager un accommodement ; mais le bey , qui ne veut plus rien entendre depuis l'année passée que son khalife fut défait par les Arabes de Boisis commandés par sa fille Elgie fit couper la tête à ces deux envoyés sans autre forme de procès.» …..[4]
Notes, références & URLs
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[1]. Peyssonnel et Desfontaines; Voyages dans les régences de Tunis et d'Alger, T1, publié par Dureau de la malle, 1838.
- url : mediafire(point)com/file/qae7h8thwc2y14b/
Les extraits précités proviennent des pages 239 à 295 ainsi que de la page 349.
Quant aux éléments biographiques de M. Peysonnel (date et lieu de naissance, ses études, ses parents, ses travaux, etc.), voyez p. XV seq.
-Lien alternatif : on peut aussi lire les pages en question ou télécharger le livre en entier du site : archive(point)org. Un site que j’avais décrit ultérieurement tout en faisant allusion à certains webs mendiants : « Il ne nécessite ni numérisation, ni archivage, ni sollicitation de dons pour ne pas dire parasitage et MENDICITÉ virtuelle »
[2]. À se fier uniquement à la tradition orale ainsi qu’à l’expression algérienne connexe qui en vigueur aujourd’hui (même si le sens pourrait être différent de l’époque de Bouazziz et de sa fille), il est fort probable que M. Peyssonnel n’avait pas fait une traduction conforme à l’expression et aux termes originaux, car il avait traduit le mot arabe " Er-Riq", littéralement la "salive" par "lait". Donc, il troqua un élément culturel de la langue d’origine, par un autre mieux connu et acceptable chez les occidentaux.
Bref, on devine bien que s’il avait traduit "er-riq" par "salive", ou l’expression entière, du moins selon la tradition orale des gens de Souq-Ahras, par: « qui voudra se désaltérer de ma salive n'a qu'à me suivre», la phrase ou l’expression deviendra totalement abstruse, incompréhensible et n’aura aucun sens dans la culture européenne et pour ses lecteurs cibles.
D’ailleurs plusieurs auteurs occidentaux ont adopté ce type de traduction afin de rendre certains termes et expressions nord africains plus compréhensible dans la langue et culture cible.
À titre d’exemple, voici l’explication et la justification de ce fait donnés par R. L. N. Johnston dans son livre : « The Songs of Sidi Hammo ». :
« To an English reader, to refer to the "liver" as the seat of affections would convey no meaning, though both in Arabic and Tamazight the word is used as we use "heart". Hence the latter has been given in rendering "tasa", literally, "liver". »
À propos, Sidi @!#$ Taleb est un poète berbère marocain l’équivalent de Si Mohand Ou Mhand chez les amazighophones algériens.
[3]. Charles Féraud, « Les Harar, Seigneurs des Hanencha… », Revue africaine, V.18, 1874, pp.11-32; 119-149; 191-236; 281-294 et 321-396.
url : mediafire(point)com/file/7y05ofcalr8ouyl/
Le poème, en l’honneur de Bouaziz et de sa fille, mentionné précédemment, se trouve à la troisième partie de cette étude, pages 214 à 220. M. Féraud l’avait introduit comme suit : « Que les mânes du bon Peyssonnel tressaillent de contentement, car je viens, après plus d'un siècle à l'aide d'un chant commémoratif que j'ai recueilli dans le pays même des Hanencha, fournir un nouveau témoignage en faveur de son héroïne. Cette poésie, pleine d'animation, dépeint bien l'état des esprits batailleurs de l'époque et mérite certainement, selon le vœu de Peyssonnel, d'être conservée textuellement à l'histoire. »
[4]. Lecture optionnelle
En plus du colloque de Tebessa du mois passé, l’autre raison justifiant mon choix pour le sujet d’aujourd’hui, la révolte de Bouaziz et de sa fille, est de faire TILT dans l’ESPRIT de certains simples d’esprit!!!
Le contexte:
Après sa dérision intellectuelle d’une Addis Abeba berbère, sa fable de Dihya devenant Dhaya, son conte de fée sur Abou Yazid (à faire dormir debout les écoliers et les majeurs trisomiques, car il ne contient quasiment AUCUNE phrase crédible), c'est le tour de la biographie de l’héroïne des Hnanchas, Aldjia Bent Bouaziz, d’être folklorisée et falsifiée INTÉGRALEMENT par le charlatan Ed-Dejjal el-Aaouer.
Puisqu’il est vrai que sa malhonnêteté intellectuelle est sans limite, alors "l’imqezder n wudem", la face de Rat, a produit une autre fois encore un document vidéo tourné dans la région de Warqa n Sâada, dans lequel il BOUSILLE TOTALEMENT la biographie de l’héroïne des Hnanchas, Aldjia bent Bouaziz, en utilisant comme d’habitude ses techniques de "msaâreq", son illusion du savoir, son ignorance et sa pseudo-histoire : même pas une SEULE phrase fiable et vérifiable!!!
- Selon Ed-Dejjal el-Aaouer, l’auteur Peyssonnel est un «allemand » … et non un «français».
S’agit-il des mêmes tests ADN que pour ses espagnoles, son Alexandre le Grand, etc.? Ou s’agit-il plutôt de la ville de Marseille qui est devenu Berlin à l’exemple de "Ain El -Bordj", ancienne Tiggis, qui l’a transformée en "Ighzer n Taqqa"?
- Au dire de ce pseudo historien, la révolte de Bouaziz est de fille a eu lieu en « 1600 et quelque » … et non au « 18e siècle : en 1724 »
- De l’avis de ce symbole de la dérision intellectuelle, Aldjia bent Bouaziz avait « dénudé sa poitrine en montrant ses seins (son sein) en public » …et non comme Peyssonnel l’avait écrit : « puis découvrant sa gorge et la montrant aux hommes ».
- Pour ce protagoniste du film "le dîner de cons", le butin des turcs lors de cette révolte était composé de « 4000 ovins, 200 bovins, des chèvres et des mules » .... versus le texte de Peyssonnel : « plus de huit mille chameaux, les bœufs et même les tentes ».
On dirait des chiffres se trouvent uniquement dans sa cervelle mêlée, fatiguée, rouillée et brouillée, et dans son Encyclopédie des Délire.
- D’après ce charlatan, la fille de Bouziz s’appelait « Louiza » … et non « Aldjia ».
Même le NOM de cette héroïne n’a pas échappé à ses délires!!!
Quel msaâreq!
Bref, il est inutile de continuer ainsi, car vous ne trouverez aucun passage qui concorde avec les écrits de Peysonnel et ceux de Féraud : tout a été falsifié!
Point final!!!!
Maintenant, la question qui se pose et s’impose d’elle-même est la suivante: s’agit-il là de récits et faits historiques? ou d’une malhonnêteté et dérision intellectuelles, de techniques de "msaâreq et bouffonneries d’un clown de carnaval?
En passant, "msâreq / msaâreq / emse3req" est le nom d’un oiseau symbolisant « une personne qui fait égarer les autres » dans le sens propre et figuré.
D’ailleurs, le vocable dérive du verbe "sâreq/se3req" : faire égarer, faire fourvoyer, etc.
Or, c’est exactement ce qui découle des points précédents: se faire ÉGARER dans le labyrinthe de l’ignorance et du pseudo histoire par le charlatan Ed-Dejjal el-Aaouer !!!
Enfin, voici quelques autres lectures relatives à la falsification de l’histoire, aux faux hadiths, aux découvertes imaginaires, aux références fictives, à l’illusion du savoir de ce charlatan Ed-Dejjal el-Aaouer et ses techniques de msâreq (Voyez : Notes et commentaires) :
- Récits et références apocryphes
url : tapatalk(point)com/groups/mondeberbere/viewtopic.php?f=67&t=3253&p=9289&hilit=apocryphes#p9289
- Imedghasen
url : frebend.annulab(point)com/forum/read.php3?f=1&i=18597&t=16714
- La révolte d’Abou Yazid
url : frebend.annulab(point)com/forum/read.php3?f=1&i=18693&t=16714
Bonne lecture
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