Auteur: Aures
Date: 2018-09-19 19:36:42
L'ancien nom de Batna (suite) .... [1]
Première partie - La révolte d'Abou Yazid – I & II .... [2]
Second partie - À propos du surnom d’Abou Yazid : l'homme à l'âne (à suivre)
C'est pour éviter une confusion potentielle, d’un pêle-mêle de sujets et de thèmes, que je n’ai pas annexé les ARTICLES d’aujourd’hui au message du mois passé; c’est-à-dire pour mieux séparer, en messages distincts, le sujet dédié au "nom de Batna" de celui du manuscrit d’Ibn Hammad consacré à "la révolte d’Abou Yazid".
Au fait, les articles en question sont un ensemble de chroniques provenant de l’Encyclopédie berbère et de l’Encyclopédie de l’Islam, qui, à mon avis, non seulement complètent bien le document d’Ibn Hammad, mais elles résument parfaitement aussi la biographie et la rébellion d’Abou Yazid.
I- Quelques points saillants de la biographie et de la révolte d'Abou Yazid :
----------------------------------------------------------------------------
1.1 – C’est dans les Aurès, au sommet de la montagne rebelle, que le chef de l’insurrection kharidjite, Abou Yazid, a levé l’étendard de la révolte contre les chiites, qui, durant plusieurs années, a ébranlé et exposé aux plus grands périls la puissante dynastie fatimide de l’Afrique du Nord.
Pour mieux décerner cette révolte, M. Golvin de l'EB écrit :
- On aurait tort de la considérer comme un épisode isolé de l'histoire du Maghreb.
- On aurait encore plus tort de la considérer comme une réaction naturelle des kharidjites contre le chiisme.
- Même si elle trouve ses raisons dans les conditions sociales nouvelles locales et qu'elle se nourrit d'une opposition religieuse, elle doit avant tout s’inscrire dans: « un contexte de perpétuelle résistance du monde berbère à toute sujétion d'un pouvoir central établi, ressenti comme étranger. Abu Yazid a su polariser sur sa personne, au Xe siècle, ce sentiment de rejet comme l'avaient fait avant lui les Jugurtha et les Firmus contre Rome, les Kusayla et la Kahina ainsi que quelques autres chefs ou pseudo prophètes berbères contre l'autorité incarnée par les Emirs arabes. »
1.2 – La relation révolte d’Abou Yazid & l’Aurès
Il est généralement reconnu que l’insurrection d’Abou Yazid a un lien direct avec les Aurès.
En effet, il n’y a aucun livre d’histoire qui parle de cette révolte sans faire mention des Aurès et de ses habitants; et vice versa, car à ma connaissance, toutes les études relatives aux insurrections aurèsiennes incluent celle d’Abou Yazid.
Cette association s’expliquerait, entre autres, par :
- Ce fut en Aurès qu’Abou Yazid trouva refuge.
- Ce fut en Aurès que sa propagande trouva plus d’écho et de partisans
- Ce fut en Aurès qu’il trouva une grande partie de son armée.
- Ce fut à partir de l’Aurès qu’il déclara sa révolte
- Ce fut l’Aurès qui avait servi de point d’appui à sa révolte
- Ce furent des aurèsiens qui lui restèrent fidèles jusqu’à la fin (M. Stern, de l’EI, le mentionne explicitement : they remained to the end his staunchest supporters)
Bref, même si Abou Yazid a vu le jour au "Mali?" ET même si son un père était originaire "du Djerid tunisien", sa révolte, quant à elle, restera toujours associée à l’Aurès et aux aurèsiens du Xe siècle
1.3 – Le nom « Abou Yazid Makhled Ibn Kaydad El-Noukkari ».
- La composante « Abou Yazid » est un "titre distinctif" pris lors de la naissance de son premier fils prénommé « Yazid »; il signifie tout simplement : « le père de Yazid ».
En outre, Il est fort probable que le choix de ce prénom soit en l’honneur de "Yazid Ben Fendin" le fondateur de la branche Ibadites des En-Noukkkar au Maghreb.
- Les éléments « Makhled » et « kaydad » = « son prénom à la naissance » et de « celui son père ».
- Quant à l’épithète « En-Noukkari », le nekkarite, il s’agit de la composante reflétant son adhésion et son appartenance à la doctrine religieuse d’En-Noukkar.
Les membres de cette branche Ibadite ont été surnommés ainsi, « En-Noukkar, En-Nekkara, En-Nekkariyya », car ils avaient refusé de reconnaître l’autorité religieuse du "Deuxième Imam Ibadite" de Tahert : Abd al-Wahhab b. Abd al-Rahman b. Roustem.
2 – On peut diviser la biographie d’Abou Yazid en trois phases bien distinctes :
- La période allant de sa naissance jusqu’à l’âge de 44 ans.
- Celle de sa propagande anti-chiite, de 45 à 59 ans.
- Enfin, la phase de sa révolte armée, à partir de ses 60 ans jusqu’à son décès.
À noter que les extraits suivants sont ceux l’EI auxquels j’ai ajouté des infos glanées d’ici et la. (Cf. Références)
2.1 – Un train de vie ordinaire, de 883/270 à 928/316.
--------------------------------------------------------
2.1.1 - Naissance & Parents :
« His father, a Zanata Berber merchant from Taqyus (or Tuzar) in the district of Qastiliya, bought in Tadmakat a slave girl called Sabika, who bore him Abu Yazid about 270/883 ».
Il faut préciser que la mère d’Abou Yazid appartenait à la tribu berbère des Houwwara, et qu’il Ibn Khaldoun donne la ville de "Kaokao" comme étant le lieu de naissance de notre protagoniste.
Quant à la ville de Tadmakat, l’actuelle cité Es-Souk du Mali, El-Bekri ainsi que Lewicki nous disent qu’elle a été un centre commercial florissant et un point de passage pour les caravanes du Maghreb central, vers le Sahel ainsi que vers le "Pays de l’or", le Gana.
2.1.2 - Etudes & Profession :
« Abu Yazid studied the Ibadi madhab and became a schoolmaster in Tahert »
C’était auprès du cheikh Souliman Ben Zergoun qu’il a commencé ses études avant d’embrasser la doctrine des nekkarites. Après ça, on sait tous que c’était Abou Ammar El-Aâma qui l’a pris sous ses ailes en devenant son professeur et son guide religieux.
Ibn Khaldoun complète cette liste en écrivant : « S’étant ensuite rendu à Tahert, afin de continuer ses études sous les cheikhs nekkariens de cette ville, il eut pour maître Abou Oubeida » .... [3] & [4]
Abou Yazid n’a quitté Tahert, et son poste de maître d’école, que vers 928; c’est-à-dire à l’âge de 44-45 ans.
Ainsi s’achève cette période de sa vie, qu’on peut qualifier d’ordinaire, sans perturbation ou faits extraordinaires rapportés par les historiens.
2.2 – Prêches & propagande anti-chiite, de 928/ 316 à 943/332.
----------------------------------------------------------------
2.2.1 - Rappel historique:
L’EB résume en quelques lignes la situation politique prévalant en Afrique du Nord durant la même période.
Quant à la chronique de l’EI, elle est encore plus pragmatique, car elle ne cite que les événements touchant directement Abou Yazid et sa révolte.
Donc, voici tel quel le résume de l’EB, qui couvre la période allant du 9e siècle jusqu’au début de la propagande anti-chiite d’Abou Yazid :
« Depuis le début du IXe / Xe siècle, le Maghrib connaissait un profond bouleversement politique. Le da'i Abu Abd Allah aidé des berbères Sanhadjiens Kutama de petite Kabylie s'était emparé de Kairouan, mettant un terme à la dynastie des Aghlabides. Il était allé ensuite délivrer son maître ‘Ubayd Allah à Sidjilmasa, balayant au passage la dynastie Kharidjite des Rustamides de Tahart. Le triomphe du mouvement fatimide mettait également un terme à la dynastie des Banu Midrar de Sidjilmasa. Enfin, dès son arrivée à Kairouan-Raqqada, le Mahdi Ubayd Allah avait expédié une armée vers le Magrib al-Aqsa. Toute l'Afrique du Nord se trouvait alors apparemment unifiée sous l'autorité des Chiites. Les communautés ibadites, chassées de Tahert refluaient vers le Jérid où Abu Yazid se faisait le propagandiste d'un mouvement anti-chiite.»
2.2.2 - Départ de Tahert vers Taqyous et le début des prêches anti-chiite :
« At the time of the victory of Abu Abd Allah al-Shii he moved to Taqyus and started, in 316/928, his anti-government propaganda. After a first arrest, when he was, however, immediately released, he went to the Awras mountain among the Hawwara clan of the Banu Kamlan, among whom he gained a large following (they remained to the end his staunchest supporters); the Nukkari imam Abu Ammar al-Ama ceded to him the leadership. Abu Yazid was arrested in Tuzar, but Abu Ammar broke into the prison and liberated him. He spent a year in the district of Sumata, after which he returned to the Awras.»
Il est possible que la propagande anti-chiite d’Abou Yazid soit commencée, du moins officieusement, avant l’année 928, car Ibn khaldoun attribue son départ, de Tahert vers Taqyous, à sa déclaration et ses à propos outrageants, particulièrement envers Ali Ben Abou Taleb.
Quant à sa vraie campagne anti-fatimide, elle est rentrée en vigueur, et officiellement, après son retour à Taqyous.
Ibn Al-Adhari, in Bayanou Al-Maghrib, cite plusieurs motivations qui peuvent expliquer l’acharnement d’Abou Yazid contre les fatimides, attiser et enflammer ses prêches incendiaires, tout en faisant aussi ressortir l’hostilité grandissante entre les deux doctrines religieuses et leurs adeptes, les kharidjites et les chiites.
En effet, il raconte qu’après la mort de Obeid Allah, le nouveau Sultan, son fils, a fait paraître clairement sa vraie croyance : en injuriant grossièrement et publiquement le prophète Mohamed et sa famille, et en diffusant d’infâmes soupçons sur le @!#$. Il ajoute que les théologiens (autres que chiites évidemment) étaient réprimés et punis de mort, et que les musulmans ont été soumis à de terribles épreuves. Il continue et je le cite :
« Alors Abou Yezid descendit des montagnes de l'Aurès en appelant les populations à embrasser la doctrine qu'il disait être la vraie ».
C’est un fait!
Car c’est grâce cette « vraie doctrine » qu’ Abou Yazid a pu convertir l’ensemble du sud tunisien et algérien, de Dj. Nefousa jusqu'à Tahert, à la doctrine des Ibadites-Nekkarites, incluant plusieurs districts des Wahbites-Ibadites.
En outre, c’est l’Aurès qui était l’un des points forts de la diffusion de sa doctrine et de sa propagande.
En passant, c’est en Aurès aussi qu’Abou Yazid a été élu, par la réunion des Noukkars, comme « le cheikh des vrais croyants ». Personnellement, je pense qu’il s’agit là d’un "titre" qui diffère de celui d’un "Imam", car ce dernier est gouverné et régit par les principes de "Ech-Chart" et de "El-AfeDl" chez les Ibadites.
Néanmoins, on sait d’une façon certaine que l’Imam, Abou Ammar el-Aâma, des nekkarites a cédé sa place à son ancien élève Abou Yazid conformément au principe d’El-Afedl, qui consiste à : « he (l’Imam) should resign if he found any one more worthy (afdal) ». Cf. En-Nukkar in EI.
Enfin, Ibn Khaldoun, Ibn Al-Athir et Masqueary (in Chronique d’Abou Zakariya) citent quelques fragments de la propagande et prêches d’Abou Yazid, (Comparez-les avec ceux du Sultan des chiites mentionnées précédemment), comme : À déclarer impies les orthodoxes et à les condamner à la peine de mort, à verser leur sang, à dépouiller leurs morts, à confisquer leurs biens, à autoriser le crime religieux (Al-IstiâraD) et l’obligation de se révolter contre le Sultan.
En somme, c’est grâce à cette période de sa vie, caractérisée de stressante (il a été arrêté, emprisonné et pourchassé par les fatimides) et de mouvementée (divers déplacements pour trouver abri, alliés, pour prêcher, etc.), qu’Abou Yazid a pu convertir à sa doctrine une partie de l’Afrique du Nord, allant du Dj Nefousa à Tahret.
C’est ainsi aussi qu’il a pu acquérir assez de puissance au point de réunir des milliers de fidèles et soldats pour passer à la prochaine étape : celle de sa révolte armée!!!
3. La révolte armée d’Abou Yazid (à suivre)
- Conquêtes
- Défaites
- Décès
Notes :
-------
[1] – Il existe un certain désaccord et contradiction entre auteurs, relativement aux noms de Batna et Adna cités dans la chronique d’Ibn Hammad. Je n’ai pas signalé ce fait dernièrement, car je lui réserve un message distinct.
[2] - Le message, La révolte d’Abou Yazid, dépasse les 10 pages (sans tenir compte des Notes). Pour faciliter sa lecture, j’ai décidé de mettre en ligne une section pour aujourd’hui, la suite pour la prochaine fois.
[3] – Le CR ainsi que les commentaires qui suivent, à partir de la note [4], ne faisaient aucunement partie de mon message original, ils ont été ajoutés à la dernière minute afin de tenir compte d'un document vidéo visionné récemment, sur Youtube. Voici le CR :
Quel hasard! Quelle coïncidence! Et quel choix ALEATOIRE du sujet!
Il a fallu attendre que quelqu'un mette en ligne la chronique d'Ibn Hammad, sur la révolte d’Abou Yazid, pour que le Clown du Carnaval de Janvier puisse s'inspirer pour son "Spot PUBLICITAIRE".
Il faut vraiment qu’il soit devenu un "désert intellectuel pour le faire, car ce ne sont pas des sujets culturels, historiques, linguistiques et archéologiques qui manquent, ni sur les Aurès en particulier ni sur la Tamazgha en général.
Si malgré cette pléthore de sujets potentiels, sa "sécheresse intellectuelle" continue à persister encore, alors il peut toujours recourir, comme d'habitude, à ces romans et surtout à sa Grande Encyclopédie des DÉLIRES pour trouver son inspiration, comme celle d’Addis Abeba, les pièces de monnaie à l’effigie de la kahina, le serwal (mot perse) qui devient amazigh du verbe erwel, l’amazighité d'Alexandre le Grand, le conte de Dhaya, les études linguistiques de Yuba II......et des MILLIERS d'autres "sujets / idioties" qui peuvent lui servir de "Message publicitaire" promotionnel pour son prochain spectacle de Clown du Carnaval de Janvier 2019!!!
Bref, coïncidence ou "désert" c'est sans importance!! Puisqu'il est là, et puisque ça touche directement mon message, alors il mérite bien un compte rendu et des commentaires sur quelques passages.
Après avoir visionné la vidéo, les deux mots qui me venaient à l'esprit étaient "verbosité logorrhéique; qui peuvent se définir comme: parler pour parler, parler pour ne rien dire, l'art de divaguer, sortir du sujet, l'art de détourner les questions, etc.
En fait, on peut même faire un lien direct avec la vidéo en question et la technique de communication, des politicards et des charlatans, qui consiste à aborder une MYRIADE de sujets à la FOIS afin de NE PAS développer en détail AUCUN D'EUX.
Elle se nomme : la technique du passage d'un sujet à un autre, noyer le poisson dans l'eau, détourner l'attention, etc. Son objectif est de contourner une question, faire oublier le cœur de discussion, ou du moins d'en dire le MINIMUM POSSIBLE sur le sujet original.
Illustrons ce qui précède par un exemple, disons que c'est un journaliste qui pose une simple question, à un politicard "Sans Scrupule", sur " un tel martyre de la guerre 1954-1962 d'Algérie".
C'est une question claire et précise, car elle indique : l'endroit, le nom, la période, la décennie et le siècle.
Le "Sans Scrupule" débute sa réponse en disant "un mot ou deux" sur la question, mais tout de suite après il divague aussi loin pour parler de la formation de notre planète terre.
Comme le journaliste n'est pas stupide, alors il lui rappelle la question. Une autre fois encore, le "Sans Scrupule" pronnonce "un mot ou deux" sur le sujet, mais illico, il récidive de nouveau dans sa digression pour parler, cette fois-ci, des guerres vandales.
C'est le même " pattern" qui se répète à plusieurs reprises: rappel et reformulation de la question Vs "un mot ou deux" et éloignement du sujet. jusqu’à ce que le journaliste le met au pied du mur, fin de la discussion, ou plutôt: waqafa "Le Sans Scrupule" fi el 3aqabati!!!
Bref, pour revenir à notre vidéo, illustrée par l’exemple précédent, je dirais qu’après réorganisation, traitement et filtrage de son contenu informationnel, ainsi qu’après son transfert sur support papier, on se retrouvera avec l’équivalent de : 999 pages sur 1000 hors sujet et une seule page seulement sur Abou Yazid.
Une page qui résulte de la somme totale de tous les "un mot ou deux" de l’exemple précédent.
En plus, cette seule page, sur Abou Yazid, est truffée de fausses informations.
C’est sur le contenu informationnel de cette page là aussi que porte mes commentaires, à partir de la note [4].
Quant au reste du contenu de la vidéo, c’est-à-dire l’équivalent de 999 pages sur 1000, c'est sans intérêt! Qu'il soit vrai ou faux, c’est hors contexte et sans lien DIRECT avec "La révolte d’Aou Yazid", donc il restera sans commentaires!
[4] – (à suivre avec le reste des notes)
|
|