Auteur: Aures
Date: 2018-10-30 15:13:27
La révolte d'Abou Yazid (suite)
Première partie - La révolte d'Abou Yazid – I
Première partie - La révolte d'Abou Yazid – II
Seconde partie - À propos du surnom d’Abou Yazid : l'homme à l'âne (à suivre)
La révolte d'Abou Yazid – II
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I- Quelques points saillants de la biographie et de la révolte d'Abou Yazid (suite & fin)
J’ai déjà abordé, lors du dernier message, certains aspects de la biographie et de la révolte d’Abou Yazid.
D'abord, j’ai commencé par des généralités comme la PERCEPTION de cette révolte et sa place parmi les autres insurrections nord-africaines, sa RELATION et son lien avec les aurésiens du 10e siècle, ainsi que les COMPOSANTES du nom de son protagoniste.
Ensuite, j’ai poursuivi avec les éléments BIOGRAPHIQUES du chef de cette insurrection, allant de sa naissance jusqu’à ses 59- 60 ans, à savoir ses parents et sa généalogie, ses études et sa profession, ainsi que ses 15 ans de la PROPAGANDE anti-chiite.
Aujourd’hui, je continue donc avec la dernière phase de sa vie et de sa biographie : celle de sa révolte armée. Enfin, à noter que j'ai suivi la même méthodologie que la dernière fois : Des extraits de l’EI auxquels j'ajoute infos & commentaires.
2.3 - La révolte armée d’Abou Yazid, de 943/332 à 947/336.
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C’est à 60 ans qu'Abou Yazid a changé "son fusil" d’épaule, en passant de la phase de propagande à celle de la révolte armée! À propos, M. Golvin de l'EB commente ce fait en disant : « À l'aube de la vieillesse, il semblait d'autant moins qualifié pour fomenter une insurrection et prendre la tête de la rébellion qu'il était chétif, difforme et boiteux.»
2.3.1 - Ascension & Conquêtes
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- « In 332/943 he started his revolt. »
En effet, ce fut en 943/332 que le Vieux de la montagne, Abou Yazid, se souleva "manu militari" contre les chiites et commença à prendre leurs postes, leurs châteaux, leurs villages et leurs villes.
Selon le livre de la chronique fatimide « 3ouyoun El-Akhbar », sa toute première conquête a eu lieu en Djoumada I 332 lors de la prise du château de "Soulat Ben Memloul" dans les environs de Baghaya.
Ce succès a été suivi par la prise de la forteresse "d’Abi Maâloum" et de la conquête de toutes les bourgades avoisinant la plaine de la ville en question, Baghaya.
Enfin, ce fut le tour de cette dernière d’être assiégée du mois de Ramadan au mois de Shawwal 332.
En passant, la référence précédente cite deux toponymes de la montagne auresienne qui méritent identifications et localisations à cause de leurs rôles historiques pendant l’insurrection d’Abou Yazid. L’un deux est situé à 24 milles seulement de la ville de Baghaya, le précise la source.
Le premier est l’endroit nommé El-Matwalène (Imetwalen?) : le lieu de séjour et d’établissement en Aurès d’Abou Yazid après son départ de Samata, sud de Biskra. Quant au second, c’est le Col d’El-3afiya : un lieu stratégique utilisé par Abou Yazid pour piéger les Fatimides.
- « He took Tabissa and and Marmadjanna (where he received as a present his favourite riding donkey, whence his surname sahib al-himar) »
Sa marche contre les possessions fatimides a connu depuis une ascension fulgurante, car en quelques mois seulement des événements Baghaya il a pu prendre entre autres des grandes villes comme Tébessa et Marmadjenna.
C’est lors de cette conquête qu’on attribue à Abou Yazid la destruction d'une partie des fortifications de Tébessa ainsi que la majorité de ses trésors archéologiques.
Quant à Marmadjenna, Med Talbi (ed-Dawla el-Aghlabiya, page 653) la situe avec certitude aux environs de l’actuelle ville tunisienne de Tala. Le même auteur parle aussi du rôle important joué par cette ville dans la propagation du chiisme dans la région: allant jusqu'à Laribus au nord et Nafta au sud. D'ailleurs on la surnomma : Dar esh-shi3a.
De plus, c’est à cette ville de Marmadjenna que TOUS LES HISTORIENS associent l’origine et la naissance du surnom d’Abou Yazid, «Sahib al-himar, l’homme à l’âne.»
En effet, après la prise de cette localité, l'un de ses habitants, un certain Ibn Khellaf, a offert en cadeau à Abou Yazid un âne gris, qui est devenu depuis ce jour-là sa monture habituelle, d’où le sobriquet « l’homme à l’âne » ... [5]
La Chronique d'Abou Zakariya, traduite par Masqueray, spécifie, en plus, que l'humble équidé d'Abou Yazid était de type/pedigree égyptien.
Concernant l'adoption de cet animal comme monture, elle s'expliquerait par la vie ascétique (et-taqashshuf ed-dini) d'Abou Yazid, qui est d'ailleurs reflétée, en partie et depuis le début de sa saga, dans sa tenue vestimentaire austère : une simple robe de laine grossière. En d’autres mots, c’est un geste exprimant sa divergence du style luxueux des Khalifes (zinatou el-Moulouk) : habits de soie et chevaux de race.
- « al-Urbus (Laribus; 15 Dhu 'l-Hidjdja 332) »
Comme le rappelle Ibn El-Athir, Laribus était la porte d’Ifriqya et « la prise de cette ville avait indiqué la fin du pouvoir des Aghlabides », par conséquent elle était la prochaine cible d’Abou Yazid.
Chemin faisant, il profita pour prendre la ville de Sebiba (Sufes) ainsi que la ville de Dougga (Thucca) le même mois de Dhou al-Hidjja 332. (À ne pas confondre Thucca/Tucca avec la ville et site archéologique de Thugga).
Ensuite, ce fut le tour de la ville de Larabus d'être conquise, pillée et incendiée.
- « Badja (13 Muharram 333) »
On raconte que Baja a connu le même sort que la ville de Labarus : saccage, incendie, viols et massacre de ses habitants.
El-Bekri (traduction De Slane, page 138) cite un poème décrivant cet événement : « Ensuite il ruina Badja; il en expulsa les habitants; il en détruisit les bazars et les palais, après avoir fouillé les maisons»
Le changement d’attitude d’Abou Yazid, qui passe de l’AMNESTIE des populations (Tébessa, Marmadjenna, Dougga, Sebita, etc) à la politique de la "tolérance zéro" pour le reste des villes conquises (Larabus, Badja, Sousse, etc) COÏCIDERAIT probablement avec son adoption du principe kharidjite, le plus sévère et le plus controversé aussi, nommé "El-IstiâraD " : c’est-à-dire l’autorisation de la pratique du meurtre religieux.
Le principe en question stipule que « All adversaries should be put to death together with their women and children (isti’rad) »
L’article "En-Nukkar", de l’EI, précise qu’Abou Yazid l’avait autorisé TARDIVEMENT, toutefois sans précision de date : «But LATER he associated himself with the Kharidji extremists by authorising isti'rad or religious murder on the model of the Azraqis »
- Kayrawn (octobre 943/Safar 333)
« and entered al- Kayrawan on 23 Safar, executing the Fatimid commander Khalil b. Ishak and the kadi of the city. The Sunnis of al-Kayrawan were at first not unsympathetic to one who, though a heretic himself, liberated them from Fatimid rule … but the exactions of the Berbers alienated them more and more. On the other hand the stricter sectarians became not a little dissatisfied when they saw their leader abandon his former simple habits, wear silken garments and mount a thoroughbred horse »
Le paragraphe fait ressortir, entre autres, les deux fautes politiques et stratégiques graves commises par Abou Yazid, et auxquelles on attribue partiellement la survie de la dynastie fatimide :
1- Le pillage de Kayrawan.
La majorité des habitants de la capital d’Ifriqya étaient des sunnites hostiles aux fatimides. D'ailleurs, la rubrique " KAIROUAN" de l'EB attribue le déménagement de Obeid Allah el-Mehdi, de Kayrawan à El-Mehdiyya, à cette inimitié profonde que vouèrent les sunnites aux chiites, en précisant: « Le sentiment d'insécurité, dans un environnement sunnite franchement belliqueux et hostile, amena le calife Ubayd Allah al-Mahdî à délaisser Kairouan pour al-Mahdiya.»
Quant à l'article "al-KAYRAWAN" de l'EI, il parle du SOUTIEN des sunnites à la révolte d'Abou Yazid ( du moins au début) en disant « it did not prevent the people of al-Kayrawan from supporting the insurrection of the Kharidji Abu Yazid al-Nukkari (332-6/943-7).»
Enfin, la rublique intitulée " FATIMIDS" du même EI, fait allusion à une ALLIANCE temporaire entre Kayrawn et Abou Yazid : « This opposition ( des sunnites aux fatimides), however, seriously troubled those in power only when Kayrawan... made a temporary alliance with the Kharidji Abu Yazid ».
Bref, au début de la prise de Kayrawn, ils (LES SUNNITES de Kayrawan ) étaient SOULAGÉ d’être délivrés des chiites même par En-Noukkari Abou yazid; d’autant plus que celui-ci les avait promis l’application de la doctrine MALÉKITE, tout en les sollicitant aussi de le joindre dans sa guerre sainte contre les fatimides : l'ennemi commun.
Cette stratégie d'Abou Yazid envers les sunnites, qui consiste à l'application du malékisme et non le nekkarisme aux habitants de Kayrawan, reflète aussi sa divergence de la politique des khalifes fatimides Obeid Allah el-Mehdi et ses successeurs. En fait, Al-Maliki dans "Riyad al-Nufus" relate la résistance des sunnites aux chiites en disant que les khalifes chiites ont tenté d'imposer aux sunnites de cette ville un chiisme OBLIGATOIRE (farD ed-da3wa esh-shi3iya jabrane).....on dirait que c'est à la :"shi3 et-shi3", càd l'imitation de "eslem teslem" des premiers conquérants, sinon c'est la mort ou les taxes.
Cependant, le soulagement des sunnites s’est vite transformé en détresse, car pour y mettre fin à la résistance de quelques mécontents, Ayyoub Zawili, l’un des chefs d’Abou Yazid, livra toute la ville au pillage sans distinction de doctrines, "d’alliés potentiels" sunnites ou d’ennemis chiites.!
Ce qui n'a pas été sans conséquence étant donné que ces "nouveaux alliés potentiels" se sont soulevés plus tard contre Abou Yazid.
2- La renonciation au style de vie ascétique.
En voyant la victoire à la portée de la main, Abou Yazid troqua sa mode de vie austère contre celui des khalifes, en remplaçant sa modeste monture et ses "loques" de laine par un coursier de "race" et de la soie.
Un geste qui pourrait être interprété comme une sorte d’hypocrisie, de trahison et de stratagème politique pour arriver à ses fins.
Ibn Khaldoun qualifie ce changement de comportement d’un MÉPRIS de l’OPINION PUBLIQUE, il y ajoute : « Par cette conduite, il mécontenta ses partisans et s’attira les reproches des chefs kharijites, qui lui écrivirent à ce sujet de tous les cotés.»
- El Mahdiyya et la repentance d’Abou Yazid
« After an attempt to take the city by storm (3 Djumada II), during which he reached the musalla ..., he laid siege to it. After repeated attempts throughout Djumada II, Radjab and Shawwal to storm the city, and after counterattacks by the besieged in Dhu 'l- Kaada 333 and Safar 334, Abu Yazid withdrew to al-Kayrawan. He made repentance for his luxury and returned to his former simple life; and so the Berbers again flocked to his standard. »
C’est là que s’arrêtèrent la fortune et l’ascension d’Abou Yazid : s’il avait pris El Mehdiyya, il aurait mis fin à la dynastie fatimide! Mais après plusieurs mois de blocus et de guerre, il renonça à la conquête de cette ville pour se retirer à Kayrawan.
Abou Yazid se repentit de son style de vie royale (zinatou el moulouk) en réintégrant la simplicité de sa vie ascétique.
Certes, c'est geste qui avait calmé certains de ses partisans, néanmoins le mal est déjà fait et il ne sera plus vu comme avant, du moins jamais comme Ibn El-Adhadi l'a décrit au début de sa révolte « elles (les populations) espéraient trouver en lui le bien et le maintien de la foi traditionnelle » ou lors de son entrée à El-Kayrawan : « Il (Abou Yazid) était soutenu par les musulmans, les juristes et les gens voués à la dévotion qui marchèrent avec lui contre l’ennemi commun ( les fatimides) »
En passant, le livre d’Ibn El-Adhari «Al-Bayan» contient plusieurs pages sur la "khotba religieuse" et les prêches politiques d’Abou Yazid ainsi que les promesses faites aux sunnites lors de son entrée à Kayrawan.
2.3.2 - Perdre du terrain
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Je laisse cette section sans trop de commentaires, car sa description par l’EI est assez détaillée (Id. pour Défaites & Décès)
- « Heavy fighting went on round Tunis (which changed hands several times) and Badja; in Rabic II Ayyub, a son of Abu Yazid, was seriously defeated by the Fatimid general al-Hasan b. Ali but soon took his revenge. Al-Hasan retired to the Kutama country, and established himself firmly (taking Tidjis and Baghava) in the rear of Abu Yazid.
On 6 Djumada II Abu Yazid laid siege to Susa. Al-Kaaim died on 13 Shawwal, and a small cavalry detachment sent out from al-Mahdiyya by his successor, al-Mansur, succeeded in routing Abu Yazid before Susa (21 Shawwal), so that he hastily returned to al-Kayrawan.»
Abou Yazid commença à perdre du terrain : des villes changèrent de main, et d’autres ont été complètement reconquises et reprises par les fatimides. La situation s’aggrava encore plus depuis la mort du khalife et l’arrivée au pouvoir de son successeur El-Mansour.
Mon autre commentaire sur cette section concerne la ville des plaines AURESSIENNES, TIDJIS du moyen âge ou TIGISIS/Thigisis des romains, dont le paragraphe parle.
Il s’agit tout simplement de la ville archéologique nommée aujourd'hui "AÏN EL-BORDJ" de la wilaya d’Oum El-Bouaghi.
- Rébellion des sunnites et aliénation des omeyyades
« In the meantime, the populace of al-Kayrawan had risen against Abu Ammar and now excluded Abu Yazid from the city. Al-Mansur entered al-Kayrawan on 23 Shawwal; after several futile attacks on the Fatimid army entrenched in the city (Dhu 'l-Kaada 334, Muharram 335) and after a heavy battle on 13 Muharram, Abu Yazid withdrew towards the west. Al-Hasan b. Ali moved against some of the remaining garrisons of Abu Yazid (such as that in Badia) and joined the army of al-Mansur.
The fleet of the Umayyad admiral Ibn Rumahis, which was on its way to Ifriqya, turned back on the news of Abu Yazid rout. »
La section fait allusion au soulèvement des habitants de Kayrawan ainsi que l’évanouissement du dernier espoir d’Abou Yazid : l’aide des Omeyyades de Cordoue.
C’était les deux alliés potentiels qu’Abou Yazid n’a pas su, ou n’a pas pu, intégrer à son avantage au moment opportun, en particulier avant le blocus d'El Mehdiyya.
En effet, l’histoire nous apprend que les sunnites de la capitale d’Ifriqya se retournèrent contre Abou Yazid à cause, entre autres, du pillage de leur ville. Quant aux omeyyades d’Espagne, ils l’abandonnèrent par décision stratégique : c'était trop tard et sans AUCUN AVANTAGE certain.
2.3.3 - Défaites
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- Défaites et fuite d'Abou Yazid.
« Abu Yazid fled westwards, al-Mansur close on his heels. Al-Mansur left al-Kayrawan on 26 Rabi I, reached (via Sablba and Marmadjanna) Baghaya, and from there pursued Abu Yazid to Billizma, Tubna and Biskra (which he reached on 5 Djumada I).
From there he returned to Tubna, defeated Abu Yazid near Makkara (12 Djumada I) and entered al-Masila. Abu Yazid fled to Djabal Salat; when al-Mansur searching for him in vain in that wild country, went westwards to the Sinhadja country, Abu Yazid, in the rear of al-Mansur, besieged al- Masila. Al-Mansur returned and entered al-Masila on 5 Radjab, on which Abu Yazid took refuge in the mountains of Akar and Kiyana. »
On dirait qu'après le soulèvement et la reprise d'El-Kayrawan par Ismail El-Mansour, Abou Yazid n'a connu que des revers, "défaite après défaite" jusqu'à sa mort. C'est ce que décrivent les paragraphes précédents : sa poursuite à travers Bellezma, Tobna, Biskra et Msila, ainsi que ses défaites.
- La bataille de Batna : « Leaving al Masila on 10 Shaaban, al-Mansur defeated Abu Yazid in a heavy battle »
La phrase précédente fait allusion à la bataille, du 5 mars 947 / 10 Shaaaban 336, connue dans le document d'Ibn Hammad sous le nom de la "journée des têtes" ... [6]
Une bataille que ce dernier situe dans la plaine de Batna en Aurès, alors que "d'autres auteurs" la localisent plutôt aux environs de Msila. D'ailleurs, c'est pour cette raison que j'avais parlé, au dernier message, de la controverse entourant le nom et la localisation d'Adna, l'ancien nom de Batna.
À des fins comparatives, j'inclus dans ce message plusieurs versions décrivant cette bataille. Commençons par celle d'Ibn El-Athir, Cf. Annales du Maghreb et de l'Espagne, traduction de E. Fagnan, pp. 346-347 :
« Le 10 chaâban (5 mars), El-Mansour s'avança de son coté, mais Aboû-Yezîd ne quitta pas les hauteurs et se borna à attaquer 1'arrière-garde quand le Fatimide opéra sa retraite; mais celui-ci fit alors volte-face, et la bataille qui s'engagea finit par la déroute d'Abou Yezîd, qui abandonna ses enfants et ses partisans. Deux cavaliers l'atteignirent et coupèrent les jarrets de sa montre; des compagnons de sa fuite le remirent en selle, puis Ziri ben Mennad, qui put le rejoindre, parvint à le frapper d'un coup de lance, mais fut lui-même blessé; une ardente mêlée s'engagea autour d'Aboû Yezid, que ses compagnons purent cependant délivrer, et qui eux-mêmes se tirèrent d'affaire. La poursuite à laquelle se livrèrent les soldats fatimides coucha plus de dix mille hommes sur le terrain.»
Ibn Khaldoun (T2 page 538) décrit aussi le même événement, mais avec moins de détails : « Le 10 du mois de de Châban (6 mars), il se vit bloqué dans ses retranchements et en sortit pour repousser les assaillants; mais ayant essuyé de nouveaux revers, il prit la fuite pendant que ses partisans et même ses fils mettaient bas les armes. Poursuivi par quelques cavaliers, il fut atteint d'un coup de lance qui le jeta en bas de son cheval. Ses amis vinrent à son secours et une mêlée s'ensuivit dans laquelle plus de dix mille hommes perdirent la vie.»
La version d'Ibn Hammad :
« Abou-Yezid et Ismaïl se rencontrèrent enfin dans la plaine de Batna, autrefois Adna ou Edna, grande et belle ville située à douze milles de Msila, et qui depuis a été détruite. Le combat s'engagea,et coûta à Abou-Yezid la perte d'environ dix mille hommes, tant fantassins que cavaliers, la plupart appartenant aux Benou-Kemlân et aux Mzâta. Ce jour-là fut appelé la journée des têtes, iaum errououss. Le chef des hérétiques, éprouva une défaite signalée ; il eut un cheval blessé sous lui et tomba sur le champ de bataille. Ses compagnons d'armes lui en ayant procuré un second, il fut encore démonté par Ziri lbn-Menad. Au même instant, son fils Youness, son neveu, ses parents et les officiers de son escorte mirent pied à terre pour lui faire un rempart de leurs corps. Cependant il reçut une large blessure dans les reins, et ce ne fut qu'à grand'peine et après une lutte meurtrière qu'en parvint à le sauver. »
Enfin, la Chronique fatimide "3ouyoun el-Akhbar" parle aussi de cette bataille de la plaine d'Adna du 5 mars 947 (10 Shaaaban 336). Elle précise qu’Abou Yazid tomba la première fois à cause des blessures de son cheval, quant à la seconde fois (mala fi sarjihi ) c'était à cause des ses propres blessures, et non à cause de celles de son deuxième cheval; il a reçu deux coups, l’un entre ses épaules ( bayna katafayhi) et l’autre à la hanche ( fi warakihi). Ensuite, il a été sauvé par les siens.
2.3.4 - Décès d'Abou Yazid
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- « In Ramadan, he again defeated Abu Yazid, who retired to the fortress of Kiyana (overlooking what was later to be Kalaat Bani Hammad). On 2 Shawwal al-Mansur besieged the fortress, which was entered on 22 Muharram 336; at night, the last remaining warriors carried Abu Yazid and Abu Ammar from the citadel.
Abu Ammar was killed, while Abu Yazid had a fall and was captured. The curious conversation that passed between al-Mansur and his captive has been recorded. Abu Yazid died of his wounds in 27 Muharram / 19 August 947.
His body, stuffed with straw, was exposed to the insults of the mob in al-Mahdiyya. Fadl, the son of Abu Yazid, gave some further trouble in the Awras and the district of Kafsa, till he was defeated and killed in Dhu 'l-Kaada 336. Other sons of Abu Yazid found a shelter at the court of the Umayyads in Cordova »
C’est après quelques mois des événements de Batna, que le khalife fatimide a pu assiéger et attaquer la forteresse de Kiyana, le dernier retrait d’Abou Yazid. La bataille se solda par la capture du chef de l’insurrection et de la mort de son précepteur Abou Ammar El-Aâma. L’EB précise : « il résistera pendant cinq mois à l'assaut des troupes d'Al-Mansur, il luttera pied à pied jusqu'au sommet du Takerboust où s'élèvera quelques années plus tard la Qalaa des B. Hammad…. Blessé accidentellement, il est moribond lorsqu'il tombe entre les mains de ses vainqueurs. Il meurt lors de son transport à Msila le 27 muharram 336 = 20 août 947. »
Au dire des écrits d’Ibn Khaldoun, d’Ibn El-Athir, de l’EB et de l’EI, Abou Yazid est mort de ses blessures, alors que ceux d'Ibn Hammad et de la Chronique d’Abou Zakariya parlent de torture et d’exécution.
Donc on peut en déduire, du moins d’après les premiers auteurs, que le "rituel et la cérémonie" du trophée de guerre des fatimides, l’écorchage et le rembourrage du cops d’Abou Yazid par de la paille afin de le promener dans les rues, a été pratiqué sur son CADAVRE; autrement dit, après son décès causé par ses blessures de guerre et ses blessures accidentelles lors de sa chute dans un précipice.
Enfin, on rapporte que Fadel, le fils d'Abou Yazid, tenta de reprendre le flambeau de la résistance mais sans trop de succès : vaincu et tué en 336 aussi. L'EI ajoute que d'autres fils d'Abou Yazid trouvèrent refuge en Espagne.
J'aimerais finir ce message en disant que les En-Noukkar d'Abou Yazid n'ont laissé aucun livre décrivant leur saga et leur révolte. En outre, à l'exception des citations d'Ibn Saâdoun produites dans le livre d'Ibn Adhari, tout ce qu'on lit sur Abou Yazid provient PRINCIPALEMENT de PARTI PRIS, de sources subjectives.
Que la source en question est ancienne comme la Chronique Fatimide qui a servi, après filtrage de son contenu informationnel subjectif, de référence à plusieurs historiens; ou que la source est récente comme la Chronique d'Abou Zakariya : les deux, fatimides et wahbites ibadites, furent des ennemis jurés des nekkarites.
Or la logique nous enseigne qu'en absence d'une source indépendante à des fins comparatives ou dans l'impossibilité d'une vérification aléatoire, le seul guide pour décerner la crédibilité d'un écrit ou d'un postulat quelconque demeure notre esprit critique!
II – Références et URLs
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1- A.Golvin, « Abu Yazid (Mahlad B.Kaydad Al-Nukkari) », EB, 1984, V.1, pp. 97-99.
- URL : journals.openedition(point)org/encyclopedieberbere/807
- Lien alternatif: archive(point)org/stream/encyclopedie_berbere_n_16/encyclopedie_berbere_n_1#page/n97/mode/2up
2 - S. M. Stern, « Abu Yazid Al-Nukkari », EI, 1986, V.1, pp. 163-164.(D'autres références citées dans mes deux messages, « La révolte d'Abou Yazid I & II », sont reproduites à la bibliographie de cet article.)
URL : archive(point)org/details/EncyclopaediaOfIslamVol51KheMahi/page/n181
2 - T. Lewicki, « Al-Nukkar », EI, 1986, V.8, 1995, pp. 112-114.
URL : archive(point)org/stream/EncyclopaediaOfIslamVol51KheMahi/Encyclopaedia%20of%20Islam%20Vol%208%20Ned-Sam#page/n121/mode/2up
III - Notes (suite et fin)
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La QUASI-TOTALITÉ de l'information rapportée sur Abou Yazid , dans le document publicitaire du Clown du Carnaval de Janvier ( Voy. Note 3 du dernier message), s'avère FAUSSE. Elle CONTREDIT TOUS les livres d'histoires cités aux messages « La révolte d'Abou Yazid I & II »: que l'information en question est relatée à la DURÉE de la révolte d'Abou Yazid, à ses motifs et à son OBJECTIF, à ses chevaux ÉVENTRÉS, à l'ORIGINE de son SURNOM, à son ÉDUCATION, à sa DÉFAITE de la plaine d'Adna, ou même à la LOCALISATION de la ville de Marmadjenna.
Quant à ses assimilations abusives des doctrines religieuses au point de les fusionner en une "nouvelle doctrine:chiite-sunnite", et à son amalgame relatif aux kharidjites nekkarites et les Hammadides, dont la dynastie a vu jour six décennies après la mort d'Abou Yazid, ils découlent plus de ses CLOWNERIES que de l'histoire!!!
En fait, j'aurai dû décrire le paragraphe précédent en une SEULE phrase interrogative : quelle information CRÉDIBLE, FIABLE et VERIFIABLE a-t-il dit sur Abou Yazid?
La réponse est : quasiment AUCUNE!
En d'autres mots, c'est la SUITE sans fin de son rôle de clown au spectrale du carnaval de janvier, pour ne pas dire son rôle d'un malhonnête intellectuel et d'un pseudo historien qui IMPROVISE, invente des FAITS historiques et falsifie tout ce qu'il touche de près ou de loin, même les paragraphes des livres d'histoires!
Bref, vous trouverez au message d'aujourd'hui, entre autres, tous les points cités précédemment associés à leurs références respectives. Par conséquent, tout lecteur pourrait les vérifier par soi-même, d'autant tant plus que toutes les références en question sont disponibles en ligne : Ibn Khaldoun T2&T3 (trad. De Slane), EB, EI, Ibn Adhari, Ibn el-Athir, Ibn Hammad, el-Maliki, el-Bekri, Talbi, Chronique d'Abou Zakaria, 3ouyoun el-Akhbar, etc.
Passons maintenant aux notes mentionnées explicitement dans « La révolte d'Abou Yazid I & II ». Des points, sur Abou Yazid, que le Clown avait RÉPÉTÉS à plusieurs fois dans son document publicitaire. Tout comme si par le fait de les répéter, à maintes fois, les donnera plus de crédibilité.
[4] Cette note se réfère au dernier message, plus précisément à la section " 2.1.2 - Etudes & Profession " d'Abou Yazid.
On sait tous qu'il n'existe pas de millier de références sur Abou Yazid, mais une "dizaine" approximativement. En outre, plusieurs d'entre eux puisent leur information à la même source originale, en l'occurrence, à la Chronique Fatimide sous sa version: " 3ouyoun el-Akhbar". Or, selon mes lectures, il n'y a aucun document qui mentionne les études d'Abou Yazid en Orient, même pas la Chronique Fatimide.
Pourtant, le Clown avait parlé de ses études en Orient, à plusieurs reprises, SANS jamais citer de référence!!!
Bref, à ma connaissance et selon mes lectures, la seule fois qu'Abou Yazid a traversé les frontières orientales de la Tamazgha c'était pour son pèlerinage à la Mecque et non pour ses études en Orient!
Certes, les règles d'étiquette préconisent l'octroi d'un bénéfice du doute, dans ce cas-ci, en demandant sa référence. Cependant, sachant d'avance la malhonnêteté intellectuelle de ce charlatan, Ed-Dejjal el-Aaouer, alors je risque fort bien de me retrouver avec l'un de ses romans ou, pire encore, avec une référence FICTIVE extraite directement de sa Grande Encyclopédie des Délires, qui serait ajoutée à la liste du message intitulé « Récits et références apocryphes », dont l'url est:
tapatalk(point)com/groups/mondeberbere/viewtopic.php?f=67&t=3253&p=9289&hilit=apocryphes#p9289
[5] L'origine du surnom d'Abou Yazid "Sahib al himar"
TOUS les historiens qui ont parlé de l'origine du surnom d'Abou Yazid l'attribuent à la ville de Mamadjenna.(Pour éviter la redondance, voyez le paragraphe associé à cette note)
En d'autres mots, il n'y a AUCUN livre ou écrit sur cette PLANÈTE qui s'éloigne de cette version.
Néanmoins le pseudo historien, le charlatan Ed-Dejjal el-Aaouer du message intitulé « Récits et références apocryphes », vient de CRÉER et d'inventer une AUTRE origine à ce surnom en contredisant ainsi Ibn Khaldoun, EB, EI, Ibn al-Athir, Chronique des fatimides, etc. En plus, il l'avait réputé aussi à quelques reprises.
Visionnez la partie de son document publicitaire, la section située entre la 14e minute et la 15e minute 10e seconde, dans laquelle il parle de la présumée bataille des plaines de Batna en disant, je le cite en substance : « après être tombé pour la deuxième fois, de son cheval éventré, on lui offrit un âne afin qu'il puisse retourner sur le champ de la bataille, d'où l'origine de son surnom : sahib al himar ».
Comme si ce n'est pas assez de malhonnêtetés intellectuelles, alors il a poursuivi avec un "bonus", qui est aussi en contradiction avec TOUS les historiens, je le cite, toujours en substance : « après son retour sur son âne, il gagna cette bataille »
Bref, Il n'y a JAMAIS eu d'âne offert à Abou Yazid lors de cette bataille, et il n'y a JAMAIS eu de retour de ce dernier sur le champ de la même bataille (Cf. Note 6).
C'est une malhonnêteté intellectuelle créée de toutes pièces par ce charlatan de pseudo-historien, point final!
À vrai dire, je ne comprends pas cette manie de vouloir, à tout prix, inventer des paragraphes et de falsifier ceux d'historiens pour consolider ses délires, son ignorance ou pour se donner l'illusion du savoir.
En outre, on ne peut pas attribuer ce fait à sa vieillesse, à sa sénilité ou à l'Alzheimer, car ça ne date pas d'aujourd'hui mais depuis des DÉCENNIES. Il suffirait de penser aux pièces de la Kahina, aux paragraphes d'Hérodote, au livre du Dr Thomas Shaw, à ceux du St-Augustin, au conte de Dihya et des centaines d'autres pour s'en rendre compte!
Donc, ça résulte plutôt de son hypocrisie, sa mauvaise foi, sa malhonnêteté intellectuelle, ou même de son "settoutisme" et de sa "tayhoudite".
C'est semblable au borgne qui s'en moque ouvertement et éperdument de peu d'aveugles qui restent encore dans son royaume, car à chaque fois c'est le même scénario qui se répète: il les conduit directement aux précipices de l'ignorance et de la pseudo histoire!
Tant pis (ou tant mieux), car ils savent bien qu'il les avait dupés des milliers et des milliers de fois, et il continuera à le faire encore et encore!
Malgré ça, quelques récalcitrants s'obstinent à le consulter et à lui donner parole...... S'attendent-ils d'un vieux signe à ne pas faire des grimaces? C'est-à-dire: est ce que pour MIEUX les décevoir?
D'ailleurs, les points cités précédemment sur Abou Yazid le prouvent!!!
[6] Les quatre descriptions de la bataille de "Batna/Adna", associées à cette note, sont celles d'Ibn Khaldoun, d'Ibn el-Athir, d'Ibn Hammad et de la Chronique fatimide "3ouyoun el-Akhbar". Elles complètent et mettent en évidence les commentaires de la Note 5:
A) - Deux Chevaux éventrés?
Aucune de ces versions, aucun de ces auteurs n'en parle de chevaux éventrés : ni du premier cheval d'Abou Yazid ni de son second.
Certes, on attribue la première chute d'Abou Yazid à la blessure de son cheval, mais aucun des auteurs en question ne mentionne de cheval ÉVENTRÉ. La description d'Ibn el-Athir donne plus de détails en précisant la nature de cette blessure.
Quant à la deuxième "chute", toutes les versions l'associent aux blessures d'Abou Yazid, et non à celles de son deuxième cheval : indemne, sain et sauf!!!
B) - Surnom d'AbouYazid : « après être tombé pour la deuxième fois, de son cheval éventré, on lui offrit un âne afin qu'il puisse retourner sur le champ de la bataille, d'où l'origine de son surnom : sahib al himar»?
- Aucune de ces 4 versions ne fait mention de la présence de cet équidé, lors de la bataille de "Batna/Adna", ni de près ni de loin.
- Aucune de ces 4 versions ne rattache le surnom d'Abou Yazid à la bataille en question, pour la simple raison qu'il s'agit là d'un autre "faux hadith" inventé par Ed-Dejjal el-Aaouer.
- Aucun historien ne pourrait l'associer à cette bataille, car le surnom d'Abou Yazid a vu le jour au début de ses conquêtes, et non à quelques mois seulemnt avant sa mort (décédé en août 947 Vs. bataille de Batna/Adna en mars 947).
- Aucun historien ne pourrait le faire, car dans le cas contraire on déchirerait des livres d'histoires toutes les pages relatant la substitution de la monture habituelle d'AbouYazid, son âne, pour un cheval de race après la prise de Kayrawan en 943. C'est-à-dire, tout ce qui a été dit sur le surnom "sahib al himar" avant la bataille de Batna/Adna devrait être effacé des livres d'histoires.
- En passant, Ibn Khaldoun avait qualifié, entre autres, le comportement d'Abou Yazid lors de la substitution de sa monture du "mépris de l'opinion publique"! On imagine bien comment il aurait qualifié celui qui falsifie les paragraphes d'historiens et invente d'autres pour duper les siens!!
C) - « après son retour sur son âne, il gagna cette bataille »?
Premièrement, aucune des 4 versions n'évoque la victoire d'Abou Yazid, lors de cette bataille, cependant on signale explicitement sa DÉFAITE.
Secondement, aucune des 4 descriptions ne cite son retour au champ de bataille.
Ensuite, comment peut-on imaginer qu'on puisse remettre au champ de bataille un CHEF blessé, de surcroît sur un âne, après avoir tout risqué pour lui sauver la vie et le sortir de là? Ça parait improbable à l'intelligence humaine, sauf si on veut le jeter en pâture à ses ennemis!!!
En conclusion, j'aimerais d'une part reposer la même question qu'au début de de cette section : qu'a-t-il dit de VRAISEMBLABLE sur Abou Yazid ?
D'autre part, préciser qu'il ne s'agit pas là de commentaires relatifs à des fonctions expressives, à des opinions qui diffèrent d'une personne à une autre, mais, bien au contraire, des commentaires spécifiques à des fonctions INFORMATIVES, qui ne peuvent être que: vraies ou fausses.
Or, l'information véhiculée par le charlatan Ed-Dejjal el-Aaouer est fausse! Point final!!!
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