Auteur: Aures
Date: 2014-04-11 21:12:53
Ein kulturgeschichtlicher Ausflug in den Aures
Présentation du livre:
1- Table des matières
2- Référence et URL
3- Lecture connexe
4 - Compte-rendu du livre
Bonne lecture
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1- Table des matières
- Introduction (p.VII)
- A. Voyage en Aurès (p.1)
- B. Notices ethnographiques:
I. La maison et sa construction, les meubles, balances et poids, vêtements et alimentation. (p. 49)
II. L’agriculture, instruments et travaux agricoles, le régime des eaux et de la propriété. (p. 66)
III. L’élevage et le jardinage (p.80)
IV. Quelques industries, les moulins à grains et à huile, les métiers à tisser et la poterie (p.102)
- C. Conclusions :
Le mélange racial (p.126)
Le mélange linguistique (p.137)
Le mélange culturel (p.143)
- Glossaire allemand – berbère - arabe (p.151)
- Bibliographie (p.197)
(Le tout est illustré par plus de 40 photos et cartes)
2- Référence & URL:
- Franz Stuhlmann , Ein kulturgeschichtlicher Ausflug in den Aures (Atlas von Süd-Algerien), Hambourg, 1912.
- URL: mediafire(point)com/?ho9idi21rmdoavm
3- Lecture connexe :
Hans Stumme, Arabische und berberische Dialekte, 1928, 23 pages (Je n’ai pas pu consulter cette étude, car je ne la "connais" que par un compte-rendu qui la résume comme suit: Quelques poésies et devinettes en arabe tunisien de Monastir, quelques anecdotes en berbère chaouïa de l'Aurès. Notation phonétique, texte en écriture arabe, traduction allemande.)
4- Compte-rendu du livre:
M. Stuhlmann, secrétaire général de l'Institut de Hambourg, vient de publier un ouvrage bourré de documents sur la région de l'Aurès en Algérie. Il a appliqué à cette étude les mêmes principes que pour un ouvrage antérieur sur l'Afrique Orientale, où il a séjourné pendant vingt années comme directeur de l'Institut de Biologie et d'Agriculture d'Amani, après avoir voyagé dans le Centre de l'Afrique avec Emin-Pacha.
L'ouvrage se subdivise en trois parties proprement dites :
1° Excursion dans l'Aurès;
2° Notice sur la civilisation de cette région;
3° Conclusions.
Cet exposé est complété par un glossaire très complet des noms géographiques et botaniques; des termes ayant trait à l'habitation, aux instruments agricoles, aux plantes cultivées, animaux domestiques et autres; moulins, métiers à tisser, céramique, etc. Ces termes sont en arabe et dans différents dialectes berbères.
Enfin, l'ouvrage se termine par une bibliographie des plus documentées concernant la région de l'Aurès.
Après ce coup d'œil d'ensemble, donnons quelques détails sur chacune des parties de l'ouvrage.
I- Dans la première, M. Stuhlmann fait le récit de son voyage dans l'Aurès. Quittant la voie ferrée à Batna, il se rend à Lambessa, passe à Timgad. C'est à Foum-Ksantina qu'il pénètre dans le massif de l'Aurès. Il parvient à Medina, près du mont Chelia. Il suit la vallée de l'oued Abiod jusqu'à Belli-Jouhoud. Pénétrant dans la vallée de l'oued Abdi, il parvient jusqu'à Menâa, village riche en eau, qui aurait quatre-vingt-dix-neuf sources. Après avoir vu Aïn-Touta (Fort- Mac-Mahon) et Lambiridi, le voyageur revient à Batna.
Ce récit de voyage, très attachant, est émaillé d'observations scientifiques et économiques sur l'orographie des régions de l'Algérie, la constitution géologique des parties traversées, leur flore, les noms arabes ou berbères des villages, des plantes, des animaux, des objets, etc.
Les habitudes des habitants, les yeux et la peau claire des indigènes retiennent l'attention du voyageur. Les moyens de culture et de canalisation, les terrasses de retenue d'eau sont l'objet de remarques éclairées. L'aspect des villages à flanc de coteau et surmontés d'une guelaâ gigantesque où on conserve les provisions de la population sont décrits avec beaucoup de clarté.
II- La seconde partie est consacrée à la civilisation de cette contrée. M. Stuhlmann la subdivise en quatre chapitres :
1° Il étudie d'abord la maison, son mode de construction, pour lequel on emploie des pierres liées avec du mortier d'argile. Ces matériaux sont bâtis par lits que séparent des bois encastrés dans la maçonnerie. Les maisons sont à terrasses. Ces terrasses, voisinant sur des constructions bâties à flanc de coteau, forment comme un gigantesque escalier qui aboutit au magasin central, qui est la construction la plus élevée du village. Au-dessous de cette forteresse est un espace avec bancs où se réunit la Djemaa ou assemblée des hommes âgés chargés de la conduite des affaires du village. Les portes, les fenêtres, les trous pour l'échappement de la fumée, les serrures en bois sont étudiés avec beaucoup de détails et donnent lieu à d'instructives comparaisons avec leurs similaires d'Europe ou d'Asie.
Les balances avec leurs poids en pierres rondes viennent ensuite. Le vêlement des hommes et celui des femmes sont l'objet d'intéressantes comparaisons;
2° L'agriculture remplit un second chapitre. L’auteur passe en revue les divers types de charrues employées dans le nord de l'Afrique. Selon la remarque de M. Stuhlmann, les Berbères hamitiques ne se servent pas de la charrue. Il pense avec Braungart que la charrue peut provenir du nord; une immigration l'aurait introduite en Afrique.
Parmi les instruments agricoles, M. Stuhlmann étudie la faucille et aussi la planche garnie de fer et de silex dont les indigènes se servent pour décortiquer le blé. Ce serait un instrument inconnu des peuples du nord, mais répandu au pourtour de la Méditerranée. Ce serait le tribulum romain décrit par Varon. Le même auteur a parlé aussi du plostellum punicum, sorte de traîneau employé aussi pour le battage des céréales. Ces instruments sont inconnus des peuples du Nord. M. Stuhlmann attribue leur importation aux populations égéennes.
Le régime de la propriété fait l'objet d'une étude spéciale. La propriété personnelle (melk) paraît être la forme indigène. Le type de propriété collective et les habbous seraient d'importation arabe.
Le régime des eaux varie selon les régions. Dans les oasis, il est l'objet d'une organisation et d'une réglementation très particulières;
3° Un chapitre est consacré aux plantes cultivées et aux animaux domestiques du nord de l'Afrique. Leur nom botanique, leur dénomination arabe et berbère, leur répartition et parfois leur origine sont notés avec un soin scrupuleux. A propos du chameau, M. Stuhlmann remarque que son aire correspond sensiblement à celle du dattier. Contrairement à la théorie de M. Basset, qui fait venir le chameau avec les Arabes, il pense que cette bête de somme existait à l'époque romaine : à notre avis, il a raison;
4° Le chapitre IV est consacré à quelques industries nord-africaines. L'auteur décrit les moulins à céréales depuis les plus simples, mus par la main, jusqu'aux plus compliqués, mis en mouvement par la traction animale ou quelque chute d'eau. Ces meules, qui se rencontrent dans tout le nord de l'Afrique, jusqu'au Soudan, sont construites sur le même principe. Une pierre ronde tourne sur une pierre analogue fixe. Le principe s'applique aux moulins à huile. M. Stuhlmann les décrit d'une façon très détaillée. Il les compare aux moulins romains, et reproduit comme terme de comparaison plusieurs reconstitutions de moulins antiques, d'après Myres et Saladin.
L'étude du tissage mérite une mention spéciale. On trouve deux types de métiers dans le nord de l'Afrique : 1° le métier vertical; 2° le métier horizontal. Le vertical paraît être le plus antique. Il sert surtout à travailler les tissus de laine et les tapis. Il est toujours manié par des femmes. Le métier horizontal paraît d'introduction plus récente. On tisse avec lui les soies et le coton. Ce métier est employé par les hommes.
Pour finir, un mot sur la céramique indigène. On peut la diviser en deux catégories : 1° poterie faite à la main; 2° poterie faite au tour. La première est confectionnée par les femmes, non cuite au four, d'usage domestique. Une partie est ornementée par des lignes en relief ou des incisions, une autre au moyen d'ornements peints.
La poterie au tour est faite par des hommes : on la cuit dans des fours. Elle est industrielle. On trouve des ateliers entre Gerba et Tétouan. Elle est tantôt ordinaire, non vernissée, tantôt revêtue d'un vernis, le plus souvent vert ou jaune.
La poterie à la main rappelle la vieille céramique cypriote. On peut penser qu'elle a pu être importée par une immigration à l'âge du cuivre. La poterie plus primitive de l'Aurès avait été introduite à l'époque néolithique. La poterie faite au tour serait la résultante d'une colonisation moins ancienne. Enfin, la poterie vernissée serait la plus récente. M. Stuhlmann pense qu'elle proviendrait peut- être de la Perse.
III- La dernière partie est consacrée à une vue d'ensemble de la civilisation du Nord de l'Afrique. L'auteur passe en revue le mélange des races sur ce territoire, le mélange des langues et enfin le mélange des éléments de civilisation matérielle. Dans cette partie, M. Stuhlmann accorde avec une bienveillance trop grande une part prépondérante aux recherches que j'ai publiées à diverses reprises dans la Revue Tunisienne. Il attribue, comme je l'ai exposé, un rôle considérable dans la civilisation du Nord de l'Afrique aux populations de la mer Egée. Après elles seraient venus des immigrants de la grande race européenne. Le tout s'est greffé sur un fond autochtone. Une carte schématique de ces migrations, très claire, complète ce texte.
Tel est, analysé à grands traits, l'ouvrage de M. le professeur Stuhlmann. C'est un des plus complets qui aient paru sur l'Afrique du Nord. Le texte est illustré par des cartes, des plans, de nombreuses figures et quelques reproductions de photographies en couleur de paysages de l'Aurès (une centaine).
Je finirai cette analyse par la traduction de la dernière page de l'ouvrage, où M. Stuhlmann émet un vœu qu'il serait avantageux pour la science de voir se réaliser. Ce serait le complément de l'exploration scientifique et de l'Algérie et de la Tunisie, qui, bien commencée jadis, n’a plus été poursuivie systématiquement par l'Etat. Voici comment s'exprime l'auteur :
«Le Gouvernement français a pris en mains l'administration d'un empire colonial énorme. Cette possession lui impose non seulement l'obligation de le développer, mais encore celle de l'explorer méthodiquement. Il a entrepris cette tâche sur plusieurs domaines et de manière à en faire voir les grandes perspectives. Il a été fait beaucoup pour les sciences physiques et naturelles et la géographie; en outre, des hommes de lettres distingués ont travaillé avec succès dans les domaines historique et archéologique, s'occupant de l'Islam et des langues. Le monde entier profite des fruits de ces travaux. Mais, dans cette zone de contact des races et des civilisations, une enquête comparée ethnologique et linguistique, que le Gouvernement du pays peut poursuivre grâce aux moyens dont il dispose, devrait être entreprise.
Les variétés et les noms de toutes les plantes cultivées et de tous les animaux domestiques devraient être constatés au moyen de questionnaires illustrés composés de manière à bien remplir leur but. Ces questionnaires seraient adressés à tous les fonctionnaires de l'Administration, depuis la Tripolitaine jusqu'au Maroc et depuis la Méditerranée jusque dans le Soudan. Les autorités devraient envoyer des échantillons de céréales, etc., qu'on examinerait en les comparant minutieusement.
La répartition des différents éléments de civilisation matérielle devrait être constatée comme par exemple les variétés dans les appareils à tisser, dans les poteries, les différentes espèces d'instruments aratoires, de vêtements et de beaucoup d’autres choses.
En d'autres termes, il faudrait organiser un Comité spécial qui ne devrait pas nécessairement être très étendu pour faire un relevé des mots et des objets, ainsi que Gilliéron et Edmont l'ont entrepris pour la France (Atlas linguistique de la France).
A côté de cette recherche générale, des monographies portant sur des territoires restreints (comme la Monographie de la Kabylie par Hanoteau et Letourneau) devraient être publiées.
Tel est le devoir d'une nation qui possède un pays aussi étendu et dans lequel on retrouve encore les mêmes conditions de vie qui existaient, il y a des milliers d'années, dans nos pays aujourd'hui civilisés. Dans ce pays, des coutumes très anciennes se sont conservées, mais elles disparaissent sans qu'on s'en aperçoive, d'une part sous l'influence de l'Islam, qui nivelle tout, et, d'autre part, sous celle de la civilisation européenne. Il faut qu'on sauve à la hâte, pour la science qui s'occupe de l'homme et de sa culture intellectuelle, tout ce qu'il reste encore à sauver.
Une exploration anthropologique et archéologique devrait être organisée à côté de cette recherche ethnologique. Il faudrait poursuivre, à l'exemple de l'Italie, un examen systématique des recrues indigènes, comme l'a fait M. Bertholon, et fouiller exactement les tombeaux anciens, avant qu'ils soient complètement détruits par les indigènes ou d'autres personnes. Enfin, les résultats de ces investigations devraient être comparés, avec nos connaissances sur les peuples classiques et aussi avec les représentations figurées sur des vases antiques, etc.
« Les Français aussi bien que les autres nations ont déjà beaucoup travaillé dans ce sens, mais il reste encore beaucoup plus à faire. Il faudrait qu'un institut en Tunisie, un autre en Algérie, un troisième au Maroc, puissent se charger de ces travaux, que l’on pourrait centraliser à Paris. Il n'y a qu'une investigation organisée par l'Etat qui soit capable d'accomplir cette œuvre. Les résultats de ces travaux devraient être réunis dans de grandes publications rédigées d'après un plan méthodique. On trouvera aussi le moyen d'utiliser les travaux des amateurs, surtout pour tout ce qui concerne les époques préhistoriques, et on empêchera que rien ne soit détruit involontairement.
« Si j'ai réussi à montrer, dans ce livre, les nombreux problèmes si intéressants et si importants à résoudre, si mes paroles provoquent de nouvelles recherches, qui ne peuvent être exécutées d'une manière complète que par le Gouvernement français lui-même ou par une Société scientifique assistée par le Gouvernement, alors mon but sera atteint, même s'il se trouvait qu'une grande partie des hypothèses émises dans mon ouvrage ne soient pas reconnues exactes. »
Tous les esprits scientifiques s'associeront à ce vœu.
Source: Bertholon, « Ein Kulturgeschichtlicher Ausflug in den Aurès - Excursion d'histoire de la civilisation dans l'Aurès », RT, V19, 1912, pp. 630-635
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NB. C'est dommage que le livre ne soit pas traduit ni en français ni en anglais. Je souhaite que des polyglottes amazighs ou des étudiants en langues étrangères le fassent un jour. En attendant, "les traducteurs en ligne" sont d'une grande utilité et d'une "bonne" efficacité aussi!
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