Auteur: Aures
Date: 2012-10-26 18:58:01
Le dialecte berbère des Haraktas - Commentaires
Première partie : Toponyme de Aïn Beïda
La tradition locale croit dur comme fer que le nom de cette ville est associé directement à la jument blanche, El-Beida, de Diab le hilalien.
Certes, d’une part la tribu arabe hilalienne du 11e siècle a légué son nom à plusieurs lieux de la région, citons entre autres Oued Hilal, la Colline de Diab ( Mergueb Diab), le Château de El-Djazia ( Qasr El-Djazia), la commune de Al-Djazia et ses villages, etc.
D’autre part, les exploits de leurs « héros » sont encore vivants, AUJOURD’HUI MÊME, dans la mémoire des gens de la région (Voy. entre autres l’article ci-dessous publié en 2003 ainsi que le document audio mis en ligne sur Youtube en 2011 intitulé : Conte de Zazia la Hilalienne).
Comme Masqueray l’avait déjà mentionné au 19e siècle, le pire c’est que ce sont les « Nôtres », les ZÉLOTES, qui continuent à aduler et à glorifier les hilaliens, leurs héros, leurs proverbes, leurs contes et leurs chants!
Toutefois, EN DÉPIT DE CE QUI PRÉCÈDE, il faut quand même rester très dubitatif afin de ne pas croire sottement aux bien-fondés des récits en question et à l’association textuelle, verbatim, du nom de la ville de Aïn Beïda à celui de Diab le hilalien.
En effet, plusieurs arguments nous poussent au scepticisme et à la prudence:
1 - En arabe, les deux expressions suivantes véhiculent des idées distinctes :
- Aïn Beïda = la source banche (la source dont l’eau est claire et limpide), ET
- Aïn EL-Beida = la source de la Blanche" = (celle de la Blanche, dans ce cas-ci, celle de la jument blanche de Diab le hilalien)
Linguistiquement parlant, ces deux locutions sont complètement différentes. Néanmoins, la tradition locale continue sciemment à les confondre pour mieux octroyer le nom de cette ville aux Hilaliens.
2 - En plus du calembour ou de la confusion linguistique précédente, la tradition locale de Aïn Beïda n’est pas unique. En fait, on compte plusieurs récits qui différent complètement dans leurs contenus. En outre, ils sont souvent tirés par les cheveux afin de consolider le rattachement du nom de cette ville à celui de Diab le hilalien. À ce sujet, voyons les deux versions suivantes :
La première est publiée en 2003, son auteur la qualifie de "Fragments historiques de la région de Aïn Beïda" (1) :
[…l’antiquité raconte que le nom de “Aïn Beida”, source blanche, est lié à des anecdotes vécues par nos ancêtres et par des contemporains encore en vie, auprès desquels j’ai recueilli quelques précisions pour la solidité de ma narration que je voudrais objective.… Il était, dans le temps, un voyageur nommé Dieb, marié à Djezia, reine dont la renommée s’étendait très loin. Les deux tirent leur origine des Héllaïlia, en provenance du hadj (Arabie Saoudite). Dieb avait comme adversaire acharné un nommé Ramadhane Ben Chanlan, sans doute lui-même de la fraction Héllaïlia. Dans un combat à l’arme entre cavaliers, Ramadhane blessa la jument blanche de Dieb. Celui-ci raconta le fait à Djezia qui en fut fortement affligée. Dieb, dans le duel engagé, tua Ramadhane. Dieb avec Djezia et sa jument continuent le trajet à l’aventure jusqu’à leur arrivée à un endroit. La jument trottinant et fatiguée par la marche et la blessure reçue semblait exténuée. Pour l’encourager, comme si elle devait comprendre, Dieb lui dit : “Nini ia l’beïda, nini” (avance, ô la blanche, ma chérie, avance). D’où l’appellation historique de Nini, distante d’une trentaine de kilomètres de Aïn Beida. Arrivée péniblement en ce lieu qui était désert, la jument épuisée mourut. Par coïncidence, à cet endroit, jaillissait une source à ciel ouvert, réputée pour son eau fraîche, claire et limpide, où le lion descendait de la forêt dite Amama en rugissant. Il venait journellement s’abreuver, après quoi, il regagnait son repaire. C’est ainsi que les noms de la jument blanche et de la source, conjuguées, donnèrent lieu à l’appellation fascinante de Aïn Beida “la source blanche”.]
La deuxième version, celle de Youtube, ne parle aucunement du contexte précédent. Néanmoins, elle attribue aussi la dénomination de la ville de Ain Beida à la jument blanche du hilalien Diab.
De plus, les deux versions concèdent, implicitement ou explicitement, à Diab le Hilalien les toponymes suivants : Nini, la commune de Oued Nini ainsi que Ras Nini (l’un des villages de la commune de El-Djazia).
Bref, en se fiant uniquement à ces récits, on penserait que toute l’histoire de la région a été écrite par les Beni Hilal.
Heureusement que l’une des narratrices du document de Youtube avait le bon réflexe d’avertir les auditeurs en disant qu’il pourrait s’agir de RÉCITS FABULEUX!!!
3 - Fables et récits fantastiques
3.1 - L’épopée hilalienne : c’est un ensemble de légendes et poèmes confectionnés, retravaillés et remodelés durant des siècles afin d’aboutir à ce que nous connaissons aujourd’hui. Son seul but est évidemment la description des batailles épiques des hilaliens, leur nombre versus celui des Berbères, la glorification de leurs héros Ahmed le Hilayli, Diab, El-Djazia, etc.
3.2 - Élucubration : L’histoire hilalienne est aussi une saga où les héros ne s’expriment qu’en poésie. Or, ce sont justement ces types de « récits poétiques » que plusieurs qualifient de peu plausibles et moins fiables!
Au fait, ces textes ne peuvent pas décrire les faits historiques tels quels, car leurs auteurs les altèrent d’imagination et d’exagération en les poussant aux extrêmes : maximisation, minimisation, embellissement, dramatisation, divagation, etc.
Pour mieux incorporer, dans ce commentaire, le contexte religieux de l’article(1) de 2003, je dirais que c’est à cause de cette altération de l’information qu’on recense plusieurs "hadiths du Prophète" et même une "Sourate du Cora.n" nous avisant de leurs délires, de leurs manques de fiabilité et surtout de leurs élucubrations (Cf. Sourate 26 -As-Shuaraa / les poètes; Versets 224 à 226)
Ceci étant dit, cette précaution sous-jacente ne nous empêche pas, hors de tout contexte historique, d’admirer la subtilité de ces poètes, d'affectionner leur don pour la création de nouveaux vocables afin d’exprimer leurs idées, d’apprécier leurs inspirations pour l’invention de nouvelles expressions, etc.
3.3 - Étude critique : dans son étude sur les Beni Hilal, M. Alfred Bel commente leur épopée en disant :
[La légende de la Djazya a pour point de départ un épisode marquant dans l’histoire de la Berberie : la grande invasion arabe du XIe siècle, dont je viens de parler. Les personnages qu’on y voit figurer sous leurs véritables noms remplissent évidemment des rôles parfois totalement opposés à ce que nous apprend l’histoire. Ces rôles sont appropriés aux besoins de la cause de l’auteur, c’est-à-dire de glorifier les uns (les envahisseurs) et par suite d’abaisser les autres (les berbères).]
En d’autres mots, c’est un récit où le merveilleux se mêle à l’histoire!
4- M. Féraud (2), l’auteur de la monographie de Aïn Beida, qui est très objectif dans ses travaux, n’a fait mention nulle part du lien entre le nom de cette ville et celui de Diab le hilalien
Conclusion :
En plus des quatre points précédents, l’étude de M. Alfred Bel qualifie, preuves à l’appui, l’épopée hilalienne d’un « SPÉCIMEN DE LA CORRUPTION DE L'HISTOIRE PAR LA TRANSMISSION POPULAIRE »
Donc, je conclus en disant : Il en est de MÊME pour les balivernes relatives au toponyme de Aïn Beïda et Diab Le Hilalien!
Deuxième partie : la "diatribe" de M. Basset (à suivre)
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Notes :
(1) - R.C. & Laskri Hadj Cherif, Fragment historiques de Aïn Beida in le soir d’Algérie, 2003.
- L'url de l'article est: mediafire(point)com/?8jl8eon650zgjcv
Je l’avais dit précédemment, l’article a une connotation religieuse très apparente; donc en plus du paragraphe produit dans ce message, l’auteur énumère plusieurs légendes pieuses et "miracles" religieux attribués à la montagne de Sidi Rghis. Entre autres, il stipule que la montagne en question a été déplacée de la Mecque jusqu’aux plaines de la Tamazgha de Aïn Beida!
Rien de plus étonnant pour un écrit qui s’autoproclame OBJECTIF! Autrement dit, c’est une autre preuve de divagation de ces récits!!!
(2) - L. Feraud, « Ain Beida », revue africaine, 1872, pp. 401-419.
- L'adresse Internet de la monographie est: mediafire(point)com/?v08grfdehy13jj9
C’est une excellente monographie présentée en deux sections :
La première partie est consacrée à la géographie générale de la région de Aïn Beïda : hydrographie, orographie, géologie et exploitation minière, voies de communication, etc.
En outre, elle renferme quelques éléments ethnographiques comme les regroupements religieux de jadis ainsi que les noms des tribus de la confédération des Haraktas.
Quant à la deuxième partie, elle est dédiée exclusivement à l’histoire de cette région : époque romaine, invasion arabe, le royaume des Soleim, les diverses guerres des Haraktas contre les Beys de Constantine ainsi que contre les tribus avoisinantes (le tout est narré sous forme d’anecdotes très amusantes), la région de Aïn Beida sous l’emprise de la France coloniale, etc.
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