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Interview du Webmestre sur France3
 AURES in ENCYCLOPEDIE BERBERE I
Auteur: Awrès 
Date:   2007-03-05 20:36:26

AURES in ENCYCLOPEDIE BERBERE:

A322. AURÈS

1- L\'Aurès ou les Aurès ?

2-Préhistoire

3-L’Aurès dans l’Antiquité

4- L’Époque Vandale

5- L’époque Byzantine
Première campagne de Solomon
Deuxième campagne de Solomon.

6- L’Aurès sous la domination arabe

7- L’époque turque

8- L’Aurès sous l’administration française
La conquête;
La société aurasienne, de la conquête aux premières années du XIXe siècle;
La présence française et ses contraintes;
L’entre deux guerres;
La préparation du 1er novembre 1954

9- L’Aurès depuis l’indépendance



A322. AURÈS
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1- L\'Aurès ou les Aurès ? ( pp. 1066-1067 )
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L\'Aurès ou les Aurès ?
Question qui peut paraître incongrue puisque tous les auteurs, qu\'ils soient géographes ( E.F. Gautier, A. Bernard, J. Despois, R.Raynal ), géologues ( E. Dalloni, R. Laffitte ), sociologues ( M. Gaudry, Th. Rivière ) ou historiens ( S. Gsell, Ch.-A. Julien, J. Carcopino ) ont toujours écrit l\'Aurès, au singulier. L\'exemple venait de loin puisque même E. Masqueray, qui croyait à l\'existence de deux Aurès, n\' a toujours parlé que du Djebel Aouras et de l\'Aurès.
Cependant les Français établis en Algérie, particulièrement ceux qui habitaient au voisinage du massif, disaient volontiers \" les \" Aurès, sans donner la moindre explication de l\'usage de ce pluriel, vraisemblablement introduit par la présence du \" s \" final et peut-être aussi par l\'analogie avec \" les \" Nemencha tribu voisine qui donna son nom aux chaînons et moyennes montagnes situés plus à l\'est, jusqu\'à la frontière tunisienne
Ce pluriel que l\'on serait tenté d\'appeler populaire fut, bien évidemment, adopté d\'emblée par les militaires français au cours de la guerre d\'indépendance. Mais même si cette formulation plurielle eut la préférence des cinéastes, elle n\'en demeure pas moins fautive ou du moins discutable, aussi nous semble-t-il difficile de suivre J.L.Ballais, éminent auteur de la thèse d\'Etat la plus récente sur l\'Aurès, dans sa tentative de promouvoir un pluriel porté... par le \" vent des Aurès \".

E. B.


2-Préhistoire (p.1097)
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Les recherches préhistoriques demeurent encore au stade de la prospection dans l\'ensemble de l\'Aurès. Un seul gisement connu depuis le début du siècle, a fait l\'objet d\'une fouille moderne : la grotte du Khanguet Si Mohamed Tahar (connue aussi sous le nom de grotte Cappeletti), encore est elle située sur le versant nord du massif, surplombant le bassin de Timgad. Ce gisement a servi à définir un faciès du Néolithique de tradition capsienne (C. Roubet, 1979). Cependant l\'occupation du massif n\'est limitée ni à cette région, ni à cette époque.

Les prospections récentes de J. L. Ballais ont fait connaître 43 nouveaux sites. Le Paléolithique est représenté uniquement sur le versant et le piémont sud (Chetma, Oued Dermoun). Un Epipaléolithique indifférencié à lamelles abondantes est plus régulièrement réparti dans les grandes vallées. Le Capsien a été reconnu dans le voisinage de Mchounèche, mais il est bien mieux représenté dans le nord, en relation avec l\'occupation massive des Hautes plaines par cette culture. Le Néolithique, en dehors du site majeur du Khanguet Si Mohamed Tahar, demeure mal représenté. L\'occupation ininterrompue des grottes depuis cette époque ne facilite pas la prospection; aussi est il difficile de tirer la moindre conclusion de la répartition actuellement connue des gisements.


BIBLIOGRAPHIE

LAFFITTE R., Étude géologique de l’Aurè, Bulletin du Service de la carte géologique de l\'Algérie, Descriptions régionales, no 15, Alger, 1939, 484 p.
ROUBET C.,Économie pastorale préagricole en Algérie orientale. Le Néolithique de tradition capsienne , Paris, CNRS, 1979, 595 p.
BALLAIS J. L., «Nouveaux sites préhistoriques des Aurès et de leurs bordures», ,Libyca , t. XXVI XXVII, 1978 1979, p. 135 145.
BALLAIS J. L. et ROUBFT C., « Morphogenèse et préhistoire dans les Aurès (Algérie) », ,Rev. de Géologie dynamique et de Géographie physique, vol. 23, 1981 1982, p. 375 384.

E.B.


3-L\'Aurès dans l\'Antiquité (pp.1097-1103)
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Par Aurès, on entend le massif montagneux d\'Algérie, qui se dresse au sud de Khenchela, Lambèse et Timgad entre les chotts du Constantinois et la dépression saharienne des Ziban. Cette zone de hautes terres forme un bouclier qui culmine à 2 328 m. Il est habité par un groupe berbérophone, les Chaouia. L\'Aurès entre dans l\'histoire au sens stricte du terme à la fin de l\'Antiquité grâce au récit que, dans La Guerre Vandale, l\'historien byzantin Procope donne de la révolte des tribus maures contre les Vandales qui s\'en étaient assuré le contrôle (De Aed, VI, 7, 6) et des campagnes de Solomon sous l\'Empereur Justinien.

Aurasius n\'est pas attesté comme oronyme à l\'époque romaine. Mais il apparaît aux second et troisième siècles comme cognomen, précisément dans la région (CIL VIII 2476 et ad. 17965) sous cette forme, et, à Lambèse, sous la forme Aurassus (CIL VIII 2626) ainsi que comme agnomen à Lambèse encore sous la forme Aurassius (CIL VIII 2848).
Un Aurasius Toletanse ecclesiae pontifex est attesté par Ildelf. vir. ill. 5.
Enfin une inscription de Caesarea de Maurétanie, datable peut être du ler siècle, donne comme nom Aurasigudula dans laquelle on pourrait reconnaître une Aurasi(à) Gudula(e) f(ilia) (CIL VIII 21109).

Cela paraît interdire d\'identifier avec l\'Aurès, l’Audon nommé par Ptolémée (IV, III no 6) et qui paraît bien avoir été au sud de Lambèse (sur Audon, J. Desanges, Les tribus africaines de lAntiquité classique à l\'ouest du Nil, Dakar, 1962, p. 118 ne 8). Par la suite, on reparle de l\'Aurès à propos de la résistance qu\'opposent aux conquérants arabes la Kahéna et les tribus berbères.

L\'Aurès a t il été une zone de résistance à la pénétration romaine, un refuge où des populations indigène auraient attendu l\'heure de la revanche?
L\'occupation du massif dans l\'antiquité est en réalité mal connue. Par transposition à l\'Antiquité d\'une réalité contemporaine, Ch. Courtois a voulu faire de l\'Aurès un morceau de «l\'Afrique oubliée», un bastion montagneux à l\'écart de la romanisation que les conquérants romains auraient peu à peu investi.
A l\'époque flavienne, ils auraient commencé la mise en place d\'un limes au nord du massif.
Sous les Antonins, la domination romaine glisse vers la zone saharienne. En 100, Trajan installe une colonie militaire à Thamugadi assurant ainsi le contrôle des deux défilés de Fourn Ksantina et Oued Taga et la surveillance des voies qui empruntent les vallées des oueds el Abiod et Abdi.
Une inscription rupestre (CIL VIII 10230) marque le franchissement des gorges de Tighanimine. Le limes passe alors au sud de l\'Aurès et une route stratégique relie Ad Majores et Ad Medias à Thabudeos.
Le transfert de la IIIe légion Auguste à Lambèse complète le dispositif : « Aurès, Metlili, Hodna sont encerclés et isolés les uns des autres » (M. Benabou, La résistance Africaine, Paris, 1976, P. 118)
L\'encerclement militaire de l\'Aurès aurait été mené en parallèle avec la limitation et la sédentarisation des Musulmanes.

Cette vision des choses est discutable et l\'interprétation en terme stratégique de l\'occupation de ces régions de Numidie est maintenant contestée.
En fait il semble que l\'organisation défensive de la plaine de Timgad soit attribuable à l\'époque byzantine et non à l\'époque romaine.
Au Haut Empire, l\'état major romain ne paraît pas avoir @!#$çu de plan d\'investissement des hautes terres, qui auraient constitué le bastion d\'une résistance militaire. J. M. Lassère insiste fortement sur l\'importance de mouvements de transhumance (J. M. Lassère, Ubique Populus, Paris, 1977, p. 358 363);
ils amènent les Aurasiens à se déplacer de l\'intérieur de leurs montagnes vers ses bordures où la présence sédentaire romaine est plus forte; ils conduisent les nomades venus de Tougourt et de Biskra vers les plaines céréalières situées entre Guelma et Souk Ahras en contournant l\'Aurès comme l\'actuelle ašaba.
Par contre, au VIe siècle le danger vient de la montagne et on s\'organise pour s\'en défendre (J. Lassus, La forteresse byzantine de Thamugadi. Fouilles à Timgad 1938 1956, 1, Paris, 1981, p. 20, n\' 18). Mais, même à cette époque, l\'opposition n\'est pas si forte que C. Courtois avait pu le croire à partir des données tirées d\'une exploration insuffisante du massif.

A l\'époque d\'Antonin la présence d\'une vexillation de la légion VI Ferrata venue de Syrie (CIL VIII 10230) et travaillant à la construction d\'une route dans la vallée de l\'oued el Abiod a été mise en rapport avec la révolte qui aurait embrasé l\'Afrique sous cet Empereur; mais il y a d\'autres explications telles que le remplacement d\'effectifs engagés en Césarienne (Benabou, op. cit., p. 141) ou l\'usage traditionnel d\'unités militaires pour les grands travaux (cf. infra). Sous Commode un burgus speculatorius (CIL VIII 2495) est édifié 6 km au sud de Calceus Herculis; la défense est complétée sous Caracalla (Benabou, op. cit., p. 161 162). J. Baradez en faisait un poste du fossatum Africae, (op. cit., p. 239). Mais il peut s\'agir d\'un simple poste de police contre les latrones dont l\'existence n\'a rien de surprenant tout autant que d\'un élément d\'un véritable dispositif militaire.
Sous les Sévères en 197 198, une vexillation de la IIIe légion Auguste laisse à Menaa une inscription où elle se dit morans in procintu, c\'est à dire en état d\'alerte, sans que l\'on puisse dire s\'il s\'agit de troubles qui seraient la «confirmation de cette solidarité entre montagnards et nomades que les Romains voulaient briser autant que possible » (Benabou, op. cit., p. 178) ou de la simple surveillance d\'une voie de transhumance (CIL VIII, 2464 (= 17952), 2465 (= 17953), 2466 (= 17954).
De même l\'utilisation de la main d\'oeuvre militaire dans les travaux agricoles pour la moisson (morantes adfenum seclandum, CIL VIII 4322= 18527) ne signifie pas forcément qu\'il ait fallu protéger les paysans.

D\'une manière générale les documents épigraphiques qui ont été mis en rapport avec d\'éventuels tumultes maures concerneraient en réalité de simples opérations de police ou de contrôle de déplacements saisonniers.
L\'administration romaine utilisait traditionnellement la main d\'oeuvre militaire dans les grands travaux du génie que nous appelons maintenant « civil ». Tel est le cas pour les travaux de voiries, les ouvrages d\'hydraulique urbaine (les aqueducs) et rurale (drainages en particulier), les aménagements de voies d\'eau ou les constructions de canaux (fossae).
Les interprétations proposées par J. Carcopino et S. Gsell avaient été systématisées par J. Baradez; quelques auteurs continuent à les défendre (M. Euzennat, Recherches récentes sur la frontière d\'Afrique (1964 1974), dans Studien zu den Militârgrenze Roms. II, Vortrâge des 10. internationalen Limescongresses in der Germania Inferior, 1977, p. 441) mais elles ont été critiquées de divers côtés en particulier par R. Rebuffat (Enceintes urbaines et insécurité en Maurétanie tingitane, dans MEFRA, 86, 1974 1, p. 501 522).

Il serait tout aussi erroné de croire que les Romains auraient mis en culture une zone vide en y introduisant leurs techniques agricoles. L\'Aurès était vraisemblablement habité par une population sédentaire détentrice d\'un savoir dans le domaine des techniques hydrauliques.
J. Birebent y avait noté l\'importance des travaux hydrauliques anciens. Il a eu certes tendance à en attribuer trop systématiquement la construction aux Romains; mais l\'ancienneté et l\'importance de la mise en valeur agricole n\'en demeurent pas moins une réalité établie : le commentaire qu\'a donné M. Janon du texte de Procope montre que les Maures avaient une parfaite maîtrise des travaux hydrauliques et savaient se servir de leur canaux pour se défendre contre les Byzantins.
J. Despois avait noté l\'appartenance de l\'Aurès à l\'ensemble des massifs présahariens où, à la différence de ce que l\'on observe au nord du Maghreb, les paysans édifiaient des terrasses de cultures (J. Despois, La culture en terrasse en Afrique du Nord, dans Annales ESC, 1956, p. 24 50). Le massif n\'en était pas pour autant fermé à l\'influence romaine. Les explorations conduites ont montré que cette idée était à revoir.
En fait les vides de l\'Atlas Archéologique correspondent plutôt à une absence d\'exploration comme l\'ont montré les travaux de J. et P. Morizot; ceux ci, à l\'occasion de divers séjours, ont identifié un lot important d\'une quarantaine de documents épigraphiques qui viennent notablement grossir la série des textes antérieurement connus.
J. M. Lassère ne pouvait faire état que 13 épitaphes utilisables dans les décomptes démographiques auxquels il s\'est livré pour l\'Aurès et les Nemenchas réunis (op. cit., p. 483, No 17).
Le recueil des inscriptions libyques de J. B. Chabot recense 9 textes dans le Sud Constantinois/Aurès (Recueil des Inscriptions libyques, Paris, 1940 1941, n\' 823 831). Il n\'y a pas lieu d\'interpréter ces données épigraphiques en terme d\'opposition culturelle : inscriptions latines et libyques attestent plus de l\'importance de la culture écrite que d\'une romanisation ou d\'une non romanisation (cf. Benabou, op. cit., p. 479 482). Dans le même ordre d\'idées, G. Camps avait observé que l\'Aurès se situait à l\'intérieur de la zone des poteries modelées et peintes du Maghreb actuel dont il a observé la curieuse coïncidence avec la domination romaine.

Le passé pré romain est encore plus mal connu que la période romaine. S. Gsell a exprimé l\'hypothèse que la famille du constructeur du Medracen aux IVe IIIe siècles était originaire de l\'Aurès qui aurait été le berceau de la dynastie massyle (S. Gsell, Histoire Ancienne de l’Afrique du Nord, t. 5, p. 97 98). Comme l\'a souligné G. Camps, les hypothèses qui ont été formulées à partir de données linguistiques sont aventureuses : en rapprochant le nom des Maures et Aurès (cela expliquerait la sifflante qui apparaît dans le nom grec de Maurousioi), on a voulu situer non au Maroc mais dans l\'Aurès le royaume maure de Bocchus, le contemporain de Jugurtha (A. Berthier, La Numidie.. Contra G. Camps, Massinissa..., p. 148).

On considère en général que l\'Aurès n\'a pas été urbanisé; l\'urbanisation à la romaine avec l\'accession au statut municipal n\'a concerné que les agglomérations du piémont : Lambèse accède au statut municipal sous les derniers Antonins; Gemellae obtient un statut analogue à la même époque. S\'y mêlent une population de vétérans et d\'indigènes.

Récemment P. Morizot a montré qu\'à Menaa existait une agglomération du nom deTfilzi (?) et qu\'elle était dotée d\'institutions politiques avec des magistri; il signale l\'existence de vestiges archéologiques d\'autres agglomérations antiques importantes (Le génie Auguste de Tfilzi; Nouveaux témoignages de la présence romaine dans l\'Aurès, Bull. arch. du CTHS, nouv. sér., 10-11b , p. 45 91, Paris, 1977).
A propos des vestiges de la zaouia des Beni Barbar, dans le djebel Cherchar entre Aurès et Nemencha, il envisage la possibilité qu\'ait existé à cet endroit un municipe latin (La zaouia des Beni Barbar, cité pérégrine ou municipe latin, dans Bull. arch. du CTHS, nouv. sér., fasc. 18 B , p. 31 75, Paris, 1988); on y connaissait le mausolée familial d\'un Pinarius Processianus dec(urio) mun(icipii) Bad(iensis) ainsi qu\'une inscription honorifique dédiée en 195 par un C. Servilius Macedo dec(urio) municipi Gemel(lae).

En fait ces textes entrent dans les séries documentaires montrant la présence d\'aristocraties municipales dans le monde rural. La recherche n\'a pas été faite spécialement pour l\'Afrique; mais, à partir d\'une enquête épigraphique poursuivie en Narbonnaise et Cisalpine, P.A. Février a montré qu\'il était possible de repérer la présence de magistrats municipaux sur le territoire rural des cités; il s\'agit d\'un fait de culture : « dans le vécu d\'un magistrat ou d\'un sévir, charges à la ville et séjour rural sont les deux faces d\'une même réalité » (Villes et campagnes des Gaules sous l\'Empire, dans Ktéma, 6, 198 1). Aussi, dans l\'état actuel de la documentation épigraphique, est il difficile de s\'aventurer au delà et d\'en tirer des conclusions sur le statut juridique des collectivités de l\'Aurès.

Dans la recherche actuelle, la question des influences culturelles qui se sont exercées sur l\'Aurès et le devenir des dominations politiques se posent avec une particulière acuité. Des relectures et des réinterprétations sont toujours possibles en même temps que le débat est renouvelé par l\'apport d\'une documentation nouvelle. Ainsi un article récent de P. Morizot montre l\'importance des vestiges architecturaux du christianisme dans une vallée où, jusqu\'ici, on n\'en connaissait pratiquement aucun (La Zaouia des Beni Barbar, loc. cit., p. 53).

En fait l\'image que l\'on a de l\'occupation antique de l\'Aurès n\'est pas seulement déformée par les lacunes de l\'Atlas Archéologique de l\'Algérie, publication ancienne et d\'utilisation délicate, elle souffre aussi de l\'état des connaissances sur les céramiques antiques et de leur prise en compte. Nos connaissances sur l\'occupation sur sol dans d\'autres régions de l\'Empire sont renouvelées par des prospections systématiques assorties de ramassages de surface. Rien de tel n\'a été fait dans les Aurès.
Il faut donc s\'attendre à un renouvellement des connaissances le jour où la recherche archéologique s\'y sera développée. Depuis plus d\'une génération, la réflexion s\'appuie sur des données datant du début du siècle. Elles ont permis la rédaction de synthèses historiques et géographiques qui sont appelées à être remises en question comme celle, particulièrement marquante, de X. de Planhol dans Les Fondements géographiques de l\'histoire de l’Islam (Paris, 1968).
Les géographes sont à cet égard dépendants des progrès de la recherche archéologique et, quitte à le déplorer, ils doivent en tenir compte s\'ils ne veulent pas tomber dans des erreurs analogues à celles commises par R.I. Lawless; celui ci affirmait que les montagnes des bordures nord du Maghreb n\'étaient pas peuplées dans l\'Antiquité en se fondant sur des « blancs » de l\'Atlas archéologique dus à l\'absence de prospection; il en faisait la base d\'une étude de géographie humaine historique (L\'évolution du peuplement, de l\'habitat et des paysages agraires du Maghreb, dans Annales de Géographie, 1972, p. 451 464).

Le problème ne concerne pas la seule géographie historique « humaniste » : les géographes physiciens, climatologues et morphologues, sont aussi concernés comme il ressort de travaux récents. J. L. Ballais, morphologue travaillant sur le quaternaire récent, vient de montrer l\'intérêt que l\'étude de l\'évolution des formes récentes du relief présentait pour l\'histoire : les systèmes agricoles ont sur le milieu naturel un impact que les archéologues, s\'interrogeant sur la densité de l\'occupation humaine, doivent prendre en compte en même temps que les données épigraphiques et proprement archéologiques. J. P. Chabin, climatologue, conclut d\'un travail sur les marges nord sahariennes de l\'Est algérien que, si des arguments généraux et régionaux semblent impliquer la responsabilité humaine dans le grave appauvrissement de la nature que l\'on observe dans les Nemencha voisines, il n\'est pas impossible qu\'une péjoration climatique, postérieure à l\'Antiquité, ait aggravé l\'évolution (Climatologie et géographie. Exemple d\'une région pré saharienne de l\'Est Algérien, dans Climat et climatologie, Volume dHommage offert au Professeur Pierre Pagney, Université de Bourgogne, Centre de Recherches de Climatologie, Dijon, 1988, p. 63 77). Mais l\'un et l\'autre sont contraints d\'utiliser une documentation archéologique qui mérite révision : animés, autrefois par la volonté plus ou moins consciente d\'illustrer la prospérité apportée par Rome, maintenant par celle d\'assimiler pour leurs effets néfastes colonisation romaine et colonisation française, les historiens ont eu tendance à accentuer l\'image d\'une crise consécutive au déclin de Rome. Tout cela appelle un réexamen. Des observations faites par M. Cote posent clairement le problème : certes il y a eu une dégradation récente du couvert végétal à la suite de défrichements; mais le « glacis était déjà très caillouteux et ne comportait que peu de sols par rapport à la masse des travaux anciens réalisés »; les traces de ceux ci avaient été recolonisés par une végétation broussailleuse correspondant à une phase d\'économie pastorale extensive (Géomorphologie et évolution historique sur quelques piémonts de l\'est algérien, dans Géomorphologie et dynamique des bassins versants élémentaires en région méditerranéennes, Études Méditerranéennes, fascicule 12, Poitiers, 1988, p. 221 227).

BIBLIOGRAPHIE

ALQUIER G., « Les ruines antiques de la vallée de l\'oued el Arab», R.Af, 1941, p. 31 et suivantes.
BALLAIS J. L. et ROUBET C., « Morphogenèse et préhistoire dans les Aurès (Algérie) », Revue de Géologie dynamique et de Géographie physique, vol. 23, fasc. 5, 1981 1982, p. 375 381.
BARADEZ L., Fossatum Africae, 1949, IIIe et IVe partie.
BIREBFNT J., Aquae Romanae, Alger, 1962.
BENABOU M., La résistance africaine à la romanisation , Paris, 1976 (cf index).
CAMPS G., « Massinissa ou les débuts de l\'histoire », Libyca, arch. épigr. t. 8, 1er sem. 1960.
CÔTE M., « Géomorphologie et évolution historique sur quelques piémonts de l\'Est algérien », Géomorphologie et dynamique des bassins versants élémentaires en région méditerranéennes, Études Méditerranéennes, fascicule 12, Poitiers, 1988, p. 221 227.
GSELL S., Atlas Archéologique de l\'Algérie, Alger, 1902 (suppl. 1916), feuilles 27 (Batna) et 38 (Aurès).
JANON M., Recherches à Lambèse : I. La ville et les camps, dans Antiquités Africaines, t. 7, p. 197 198.
Id., L\'Aurès au VIe siècle. Note sur le récit de Procope, dans Antiquités Africaines, t. 15, 1980, p. 345 351.
LASSÈRE J. M., Ubique Populus[i], Paris, 1977, index.
LFVEAU Ph., Rome et ses ennemis dans le Maghreb antique, dans [i]Annales ESC, 41e année, No. 6, nov. déc. 1986, 1345 1358.
MASQUERAY E., Ruines anciennes de Khenchela (Mascula) à Bessariani (Ad Majores), RAE, XXIII, 1879, P. 65 80.
MASQUERAY P., De Aurasion Monte , Paris, 1886.
Id., Traditions de l\'Aouras oriental, Bull. cor. Afr., IV, 1885, p. 75 et sq.
MORIZOT J. et P., Les ruines romaines de la vallée de l\'oued Gechtane (Aurès), dans R.Af, XCII, 1948, p. 120 142.
MORIZ0T P., Le génie Auguste de Tfilzi (Nouveaux témoignages de la présence romaine dans l\'Aurès), Bull. arch. du CTHS, nouv. sér., 10 11b, p. 45 91, Paris, 1977.
Id., Inscriptions inédites de l’Aurès (1941 1970), dans SFPE, vol 22, 1976, 137 168.
Id., Vues nouvelles sur l\'Aurès antique, dans CRAI, 1979, p. 309-337.
Id., La zaouia des Beni Barbar, cité pérégrine ou municipe latin, dans Bull arch. du CTHS, nouv. Sér., fasc. 18 B, p. 31 75, Paris, 1988.

Ph. LEVEAU

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