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Interview du Webmestre sur France3
 Re: AURES in ENCYCLOPEDIE BERBERE I
Auteur: Awrès 
Date:   2007-03-22 13:12:06

AURES in ENCYCLOPEDIE BERBERE


8- L'Aurès sous l'administration française (suite)

La présence française et ses contraintes.


Dans le massif aurasien la présence française tarda à se manifester et elle ne fut jamais nombreuse, étant essentiellement représentée par quelques dizaines d'agents administratifs divers.

C'est seulement à partir de 1885, année où une grande partie du Sud constantinois fut détaché du territoire militaire pour constituer un arrondissement dont le chef lieu fut la ville neuve de Batna, que l'administration française commença à pénétrer l'Aurès avec la création des communes mixtes d'Aïn Touta, de l'Aurès proprement dit et de Khenchela; ces deux dernières d'abord très réduites en superficie, car c'est en 1912 qu'elles devaient connaître leur complète extension (correspondant à une zone de parler chaouïa) avec le rattachement à la commune mixte de l'Aurès des tribus de l'Ahmar Khaddou et à la commune mixte de Khenchela des tribus des Beni Barbar.
Mais comme il n'y avait alors aucune voie de pénétration, le siège de ces deux communes mixtes fut fixé à la périphérie, à Tazoult (Lambèse) où elle resterait 27 ans, pour la première, et à Khenchela où elle resterait définitivement pour la seconde.

De la sorte, les tribus aurasiennes, isolées dans leurs vallées ont connu à cette époque des années de presque total abandon et par conséquent de très grande liberté, la seule obligation à laquelle elles se soient trouvées soumises et qu'elles paraissent avoir acceptées, sans beaucoup de résistance, ayant été le paiement de l'impôt.

La France va donc administrer l'Aurès de très loin, et ses représentants locaux vont souffrir d'une réforme bien inopportune puisqu'ici sa finalité n'a pas été le développement de la colonisation foncière : il s'agit de la suppression des tribus et de la création de douars. Les tribus des Ouled Abdi et des Ouled Daoud, par exemple, vont donner naissance à neuf douars.

Autant un tel découpage était acceptable et facile à réaliser en région sédentaire où la cellule de base est le village, autant il était inconcevable en région nomade.
Ainsi on n'a pas hésité à couper en trois le territoire des Ouled Daoud (Touaba) alors que les différentes fractions touaba avaient toutes des droits sur sa totalité (par conséquent du Tell au Sahara) et que leurs greniers collectifs se trouvaient concentrés à proximité de l'actuelle ville d'Arris.
La transhumance des Touaba les amena donc à dépendre des trois caïds des trois douars et par conséquent de subir leurs exigences tant qu'ils n'eurent pas abandonné la vie nomade, ce qui ne se réaliserait pas entièrement avant les années qui suivirent la fin de la première guerre mondiale.

D'une manière assez surprenante ce n'est pas sous l'uniforme des administrateurs, mais sous la robe des Pères blancs que se manifesta d'abord la présence française : ceux-ci, en effet, arrivèrent dans la vallée supérieure de l'oued Labiod, chez les Touaba, en 1893.

Depuis quelques années déjà, la Société des Missionnaires d'Afrique souhaitait s'installer dans l'Aurès, terre berbérophone, censée plus ouverte à une éventuelle évangélisation. L'occasion lui fut donnée lorsque le gouverneur général Cambon eut envisagé de créer trois hôpitaux indigènes et de les confier aux missionnaires.
Restait à trouver l'un des emplacements dans cette région. Au début de l'été la haute vallée de l'oued El Abiod, aux environs d'Arris est un lieu enchanteur. Or il se trouvait qu'à proximité d'une dizaine de guelaa qui donneraient naissance à des villages, il existait un terrain domanial sur lequel les militaires avaient construit un bordj. Ce bordj était abandonné, on l'offrit à la Société avec tout le terrain attenant. Malgré l'avis contraire de l'administrateur de l'époque, les Pères Blancs l'acceptèrent d'autant plus volontiers que le service des Domaines était disposé à leur céder à titre de dotation pour permettre la marche de l'hôpital 200 hectares d'excellentes terres en grande partie irrigables situées à Medina à l’origine de la vallée et prises sur des territoires séquestrés à la suite des événements de 1879.

Toutes les conditions d'un échec se trouvèrent réunies. D'abord - et cette réflexion vaut pour toute l'Algérie de l'époque - dans l'état d'évolution de la société maghrébine, il devait nécessairement y avoir une opposition très forte à l'hospitalisation des hommes et une opposition totale à celle des femmes.
Les Touaba, par ailleurs, vivaient sous la tente, se déplaçant au rythme des saisons : il eut fallu les suivre pour les soigner.
En outre Touaba et Ouled Abdi étant traditionnellement ennemis, les seconds répugneraient à venir à Arris où ils ne se sentiraient pas en sécurité.
Pour finir, les Touaba ne pardonneraient jamais aux Pères Blancs de s'être rendus propriétaires de terres qu'ils considéraient toujours comme étant les leurs.

Néanmoins les premiers contacts semblent avoir été bons. L'état sanitaire était localement très défectueux. En bien des endroits, comme l'avait déjà indiqué Léon l’Africain, les eaux stagnaient faute d'un entretien du réseau d'irrigation ancien. Les montagnards souffraient donc des fièvres et de bien d'autres maux. Obligés de s’en remettre jusqu'alors aux vertus thérapeutiques des amulettes des clercs et aux pratiques magiques des vieilles femmes, ils savaient, par ouï-dire et par ceux qui avaient eu l'occasion d'en faire usage, l'efficacité supérieure de la pharmacopée occidentale.
On les vit donc accourir et apporter une aide bénévole à la construction de l'hôpital; mais bientôt les corvées se multiplièrent et se pérennisèrent, les Pères, manquant de tout, ayant été bien obligés de faire appel en toutes circonstances aux services des montagnards sans contre-partie. La situation se révéla encore plus délicate quand les Soeurs qui avaient suivi les Pères insistèrent pour avoir des malades dans leur hôpital et les Pères des élèves pour l'école qu'ils avaient voulu ouvrir, la difficulté essentielle, incontournable, ayant été le nomadisme des Touaba.
Les missionnaires mirent longtemps à adapter leur comportement au mode de vie des montagnards mais déjà il était trop tard, les autorités ayant exigé que leurs représentants locaux se rapprochent des Chaouïa. Depuis qu'en 1912 le centre de gravité de la commune mixte s'était déplacé vers l'est avec le rattachement des Beni Bou Slimane et des tribus de l'Ahmar Khaddou, le choix d'Arris s'imposait. On fit comprendre aux missionnaires en difficulté qu'il valait mieux s'en aller et l'on prit leur place.

La route ayant atteint Arris en 1916, c'est à cette date que les bureaux de la commune mixte furent transférés de Tazoult en ce lieu. Elle y avait été précédée depuis 1905 par des gardes forestiers, pour le plus grand désagrément des montagnards.

Dans les sociétés rurales anciennes, l'ouverture de la forêt a toujours créé des tensions très fortes entre le pouvoir, soucieux de conserver un bien précieux à bien des titres, et les populations locales, usagères depuis des temps immémoriaux. Ces tensions dégénérèrent très souvent en révoltes paysannes et c'est bien cette question qui fut une des causes importantes du mécontentement des ruraux à la veille de la Révolution.
En 1848, encore des Français crieront : « Le bois ou la mort ».

A partir de 1905 l'application de plus en plus rigoureuse du code forestier, qui coïncida avec une forte poussée démographique, pesa gravement sur la vie des Aurasiens, vivant en grande partie de la forêt et y faisant paître leurs troupeaux. La conversion qui s'imposa à eux, du fait des contraintes qu'ils subirent, rappelle en sens inverse celle qui s'opéra à la suite de l'arrivée des Hilaliens.
Obligés de restreindre considérablement leur troupeau, ils se mirent à donner plus de soin à la terre ou à s'orienter vers d'autres activités; ils se fixèrent donc au sol et abandonnant la tente, se mirent à bâtir des maisons.

Chez les Touaba qui étaient les plus gravement touchés cette évolution fut facilitée par le transfert chez eux du siège de commune mixte et l'ouverture de la route : ces deux sortes de faits provoquèrent la création d'une ville avec des administrations, des commerces, de petites industries, toutes activités créatrices d'emplois.

La guerre eut des effets semblables. Elle commença par être très mal subie. Comme toutes les familles montagnardes, celles de l'Aurès refusèrent dès l'abord de donner leurs enfants; elles opposèrent une très vive résistance, sans aller toutefois jusqu'à une révolte ouverte, comme le firent en 1916 leurs voisins du Belezma dépendant de la commune mixte d'Aïn Touta, de dialecte chaouïa tout comme eux et, malgré cela, étrangers à eux : le jour où les conscrits devaient se présenter devant le conseil de révision, un groupe d'insurgés pris le bordj communal d'assaut et massacra le sous-préfet et le chef de la commune.

Dans l'Aurès proprement dit, il y eut des désertions et les insoumis constituèrent des groupes armés qui se réfugièrent dans la montagne. Telle fut l'origine de ces bandits d'honneur, redresseurs de torts qui tinrent le maquis pendant plusieurs années. Ils ne s'en prirent jamais aux autorités françaises et ne menacèrent jamais les quelques Européens installés dans l'Aurès, allant parfois jusqu'à les assurer de leur protection. Ils ne s'en prirent qu'à leurs ennemis personnels, souvent leurs parents proches. Les autorités, néanmoins, ne pouvaient tolérer un tel défit; on fit donc intervenir la troupe mais en dépit des effectifs de plus en plus importants lancés à la poursuite des hors-la-loi, le banditisme aurasien ne fut réduit qu'en 1921 : l'exemple de sa résistance inspira sans doute ceux qui choisirent l'Aurès comme principal terrain de lutte pour l'indépendance en 1954.


J. MORIZOT

Source: Encyclopédie berbère, pp.1130-1132

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Awrès 2007-03-05 20:36:26 
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Awrès 2007-04-20 15:35:27 
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Awrès 2007-06-11 20:17:07 
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messara dahbia 2008-05-18 23:39:56 
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spartacus 2008-10-18 23:24:44 
 la vallée de oud taga( AURES )  nouveau
hocine 2010-09-06 16:33:38 

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