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Interview du Webmestre sur France3
 Re: AURES in ENCYCLOPEDIE BERBERE I
Auteur: Awrès 
Date:   2007-03-09 15:26:24


AURES in ENCYCLOPEDIE BERBERE (suite)


7- L'époque turque

On est revenu aujourd'hui sur l'idée longtemps admise du soldat turc «courageux mais brutal et indiscipliné qui pille le pays et préssure l'indigène » ainsi que sur l'idée que les Turcs ont imposé à l'Algérie une tyrannie sans retenue. «Quoique despotique, la domination politique turque était plus libérale et plus tolérante qu’on ne l'avait dit », a écrit R. Mantran et il a souligné le soin que cet Etat prétendu oppressif, avait mis à ne pas édicter des règlements susceptibles de porter préjudice aux habitants. «Par bien des côtés, considère de son côté le géographe Elysée Reclus, l'autonomie des groupes de population était plus complète en Turquie que dans les pays les plus avancés de l'Europe occidentale. »

Comment aurait-il pu en être autrement alors que la présence turque en Afrique du Nord a toujours été extrêmement réduite?

Au témoignage du docteur Peysonnel qui séjourna dans le Constantinois dans les premières années du XVIIIe siècle, il n'y avait alors à Constantine, siège du beylicat de l'est, qu'une garnison de 12 «pavillons» de 25 janissaires, une centaine d'hommes à Zemmora pour contenir l'énorme masse kabyle, une soixantaine à Biskra pour contrôler l'Aurès et les oasis et, en même temps, assurer la libre circulation entre le Tell et le Sahara, une quarantaine à Tebessa sur la frontière orientale qui vit souvent s'affronter Algériens et Tunisiens, encore moins à Msila à l'extrémité du Zab. Pour finir, quelques postes dans les petits ports côtiers.

Les beys, il est vrai, savaient pouvoir compter chaque année sur le renfort de quelques centaines d'hommes formés en corps expéditionnaire, ou «mehalla», envoyés par le dey pour assurer la rentrée des impôts. Enfin, par une politique habile, les beys s'étaient assurés le concours de tribus locales, caravanières ou chamelières, généralement berbères, car tel était le fonds de la population des hautes plaines, qui leur fournissaient, moyennant certains avantages, la force mobile et les moyens de transport dont ils avaient besoin lors des deux campagnes annuelles de perception, tâche essentielle des beys qui leur donnaient l'occasion de manifester leur autorité sur les tribus.


De ces deux campagnes, la plus importante est celle d'été qui commence fin juin les moissons et prend fin en août ou septembre.


Qu’en fut-il des relations des Turcs avec les Aurasiens?
Les premiers parvinrent-ils à imposer aux seconds le paiement de l'impôt et par conséquent à faire reconnaître leur autorité?

Ici encore on trouve généralement exprimée l'affirmation de l'attitude irréductibles des montagnards. « Le massif algérien de l'Aurès, assure Georges Marcy, apparaît au cours des siècles comme un réduit indélogeable de la dissidence berbère vis-à-vis du pouvoir central exercé par les conquérants successifs...
Les Turcs n'ont jamais eu accès libre à l'intérieur du massif. « De son côté Abdallah Laroui affirme que (pendant les siècles turcs) » les montagnes du Maghreb sont complètement restées fermées sur elles-mêmes et leur vie est restée en grande partie mystérieuse. »

En vérité, rien ne permet d'affirmer que les Turcs aient du intervenir pour rétablir l'ordre dans l'Aurès, sauf peut-être une fois à la fin du XVIe siècle.

D'après certaines chroniques, le cheikh Sidi Yahia ben Siliman el Aourassi, juriste consulte éminent, vivant dans l'entourage du bey de Constantine, se serait retiré dans les montagnes après avoir été victime d'une cabale lui faisant craindre pour sa vie. Il aurait alors soulevé les Chaouïa; on n'en sait pas plus.
Quelques années plus tard, en 1637, Mourad étant bey « une formidable insurrection » aurait affecté toute la province, du littoral au Souf, mais on n'a aucune raison de croire que les gens de l'Aurès s'y soient trouvés mêlés.
En 1707, Hammouda Bey aurait conduit une expédition dans le massif avec des effectifs importants; mais comme la méhalla annuelle mobilise elle aussi des forces nombreuses, que ni Peysonnel, ni Shaw n'évoque cet événement alors qu'ils se sont trouvés sur les lieux peu d'années après, que, par ailleurs Hammouda Bey n'est resté au pouvoir qu'un an, il pourrait s'agir d'une campagne fiscale un peu plus appuyée que d'habitude.

A la fin de ce même siècle, le bey Moustafa El Ouznadji aurait « fait sentir sur toute la province la pesanteur de son poignet de fer » et ses attaques semblent bien avoir été dirigées contre des montagnards mais rien ne permet de dire qu'il se soit agi des gens de l'Aurès. En tous cas sa façon de faire fut peu appréciée et il mourut étranglé après deux ans de règne.

A supposer même que les Aurasiens aient été impliqués dans ces différents troubles, si on rapporte ceux-ci aux trois siècles de domination turque, cela ne permet pas de présenter le massif comme une région particulièrement agitée. Les Kabyles furent des sujets autrement récalcitrants.


Il paraît difficile de concevoir, comme l'a fait E. Masqueray, que les Touaba, maîtres des défilés de Tighanimine, aient interdit aux Turcs le passage sur leur territoire. En fait, c'est la nature elle-même qui a édicté une telle interdiction.
Sans doute l'inscription gravée dans le roc par la VIe légion « Ferrata » à l'entrée méridionale de ces défilés fait-elle question; mais elle permet seulement d'affirmer que des Romains venant d'aval ont aménagé une route à cet endroit. En amont il n'en existe aucune trace.

Il y a aussi l'exploit du général de Saint-Arnaud qui « au prix d'un travail opiniâtre effectué par deux bataillons d'infanterie et un détachement du génie » parvint en 1850 à faire franchir l'obstacle par la colonne qu'il commandait, à l'étonnement des montagnards qui avaient considéré le fait comme impossible. Eux faisaient un détour quand, voulant passer de la haute à la basse vallée de l'Oued El Abiod, ils arrivaient à la hauteur des gorges. Du reste l'exploit du général de Saint-Arnaud ne fut pas renouvelé. Il faudra attendre plus d'un demi siècle pour que le service des Ponts et Chaussées finisse par réaliser la jonction Batna-Biskra par la vallée de l'oued El-Abiod.

Les Turcs, eux, ne sont certainement pas passés par là. Ils n'avaient aucune raison de le faire, ayant le choix entre deux routes plus faciles. La première, par les gorges d'El Kantara c'est la grande voie de passage vers le Sahara. Voie traditionnelle utilisée par les nomades dans leurs mouvements de transhumance, elle a été empruntée aussi bien par la route automobile que par la voie ferrée. Elle présente des avantages évidents : elle est beaucoup plus largement ouverte, les dénivellations sont faibles, l'enneigement est moins fort, la végétation offre peu d'obstacles. En revanche on y était exposé aux coups de main des tribus pillardes du Hodna.

Pour des voyageurs isolés, pour des commerçants, pour de petits détachements de troupes - c'était le cas de la relève de la garnison de Biskra - la voie de l'oued Abdi était la plus favorable avec ses villages et ses cultures échelonnées tout au long de la rivière, sous réserve des bonnes dispositions des habitants. Ce que l'on sait de leur genre de vie, des échanges qui se sont toujours effectués par là ne permet pas d'en douter.


Reste la question de l'impôt. Les montagnards de l'Aurès furent ils des contribuables récalcitrants ?

E. Masqueray a fait état des affrontements violents qui se seraient produits au nord du massif dans une région qu'aujourd'hui encore on appelle la Châra, voie de passage et lieu de contact traditionnel entre céréaliculteurs telliens, arboriculteurs des vallées et phoeniciculteurs du sud. Encore aujourd'hui tous se retrouvent au marché de Timgad. C'était par là que le bey venait tenir son camp ou plutôt ses camps et que ses caïds venaient percevoir l'impôt. Les Aurasiens pouvaient-ils faire autrement que les autres alors qu'ils avaient dans la Châra quelques-unes de leurs meilleures terres et que les collecteurs arrivaient sur les lieux à l'époque où ils étaient les plus vulnérables, c'est-à-dire au temps des moissons?

On dispose à ce sujet des relations des voyageurs européens. Voici d'abord celui de Peysonnel. « Le 22 juin (1724) nous entrâmes (à la suite du bey) dans les montagnes de l'Aurès, elles sont fort hautes, rudes et escarpées, ingrates et stériles. Elles sont remplies d'une eau très fraîche et très bonne; elles sont habitées par des peuples braves, descendants des anciens Chauvies (Chaouïa) dont parle Marmol. Réfugiés dans ces montagnes, ils craignent fort peu les Turcs qui ne peuvent les forcer dans les retranchements que la nature leur a donnés. Cependant comme ils sont obligés de descendre dans des endroits praticables pour y semer, alors les Turcs les obligent à payer la garame (c'est-à-dire l'achour) sans quoi ils brûlent ou enlèvent leurs moissons. »
Voici maintenant l'Anglais Shaw : « Le djebel Auress ou Evress, comme les Turcs le prononcent, est une véritable chaîne entrecoupée de petites plaines et de vallées. Ces monts qui sont cultivés depuis leurs bases jusqu'à leurs sommets sont très fertiles et peuvent être considérées comme le jardin de la Régence... La partie septentrionale seule où les Algériens envoient tous les ans un camp est habité par un si grand nombre de tribus que ces troupes ne font pas moins de 40 stations pour prélever la carache (autre appellation de la dîme des céréales)... Les Turcs redoutent de s'avancer sur le territoire de la belliqueuse tribu des Neardis qui est à l'abri de toute attaque de leur part. »

Il ne semble pas qu'il ait existé une tribu des Neardi mais Nerdi est un carrefour de pistes important dans une vallée fertile au nord-est de Bouzina.

Des témoignages de Peyssonnel et de Shaw, il ressort clairement que les deux principales tribus de l'Aurès central, celle qui occupait la vallée de l'oued Abdi comme celle qui occupait la vallée de l'oued Labiod supérieur payaient l'impôt en nature sans même que les Turcs aient besoin de s'enfoncer dans le massif.

Ni Peyssonnel, ni Shaw qui suivaient les troupes du bey n'y ont pénétré davantage, ils n'ont donc vu que le piémont tellien et ils l'ont vu couvert de céréales à la saison des moissons; ils n'ont probablement eu aucun contact avec ses habitants sur les lieux où ils avaient leurs villages et leurs magasins collectifs, les guelaa. C'est donc par « on dit » que Peyssonnel écrit : « Ces peuples ne ressemblent pas tout à fait aux autres Arabes. Ils ont le sang blanc, de grands cheveux, sont bien faits; ils parlent une langue particulière, on l'appelle la langue chauvia... J'ai appris que quoiqu'ils soient mahométans en apparence, ils n'ont essentiellement aucune religion. On prétend qu'ils sont multiplians (sic) et que certains jours de l’année, ils vont se laver dans les rivières et connaissent la première femme qu'ils rencontrent. Ils troquent leurs femmes comme ils souhaitent et aux conditions qu'ils règlent entre eux dans le troc. »

Du XVIe au XVIIIe siècle, on le voit, l'idée que l'on se fait des habitants de l'Aurès, sinon des Chaouïa en général ne s'est pas modifiée.

En revanche ce qui paraît avoir changé et s'être amélioré d'après les quelques indications de Peyssonnel et surtout de Shaw, c'est la situation économique des montagnards qui occupent la moitié nord du massif. Il est probable en revanche que la pauvreté des gens du versant saharien est un fait acquis et ancien lié à l'abandon de la culture de l'olivier.

Sur l'organisation interne des populations aurasiennes il n'y avait rien à attendre des relations des voyageurs du XVIIIe siècle, qu'il s'agisse d'Européens comme Peyssonnel et Shaw ou d'un Algérien comme le cheikh Al Warthilani qui traversa à différentes reprises la Berbérie orientale à l'occasion de ses pèlerinages à la Mecque. Les premiers ne paraissent pas avoir eu l'occasion et la possibilité d'entrer en contact avec ces farouches montagnards, vivant à l'écart des voies de communications habituelles; le dernier ayant autre chose à faire et d'ailleurs n'y portant pas d'intérêt. Pour en savoir davantage, il faudra attendre les récits d'officiers de la conquête et des études comme celles de Masqueray, entre 1878 et 1880. Les Français entreront dans le pays sans la moindre connaissance des liens de village à village, de fractions à fractions, des alliances et des antagonismes. Croyant avoir en face d'eux une population guerrière et unie, ils recourront systématiquement à l'usage de la force alors qu'ils auraient pu en faire l'économie.

Les Turcs avaient pourtant laissé un exemple. C'est avec de très faibles moyens qu'ils étaient parvenus à faire admettre leur présence, à la vérité si légère, ici, qu'elle a été rapidement oubliée. Même dans cet Aurès occidental que leurs détachements traversèrent plusieurs siècles durant, où leurs agents devaient passer toutes les fois qu'ils allaient dans les Zibans, où enfin le bey Ahmed, aux abois, devait trouver l'hospitalité leur souvenir semble s'être à peu près complètement perdu.


J. MORIZOT


Source: Encyclopédie berbère, pp.1120-1123

(à suivre)

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 AURES in ENCYCLOPEDIE BERBERE I  nouveau
Awrès 2007-03-05 20:36:26 
 Re: AURES in ENCYCLOPEDIE BERBERE I  nouveau
Awrès 2007-03-05 22:20:51 
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Awrès 2007-03-06 15:57:32 
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Awrès 2007-03-07 15:21:51 
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MMTC 2008-08-29 19:07:58 
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Awrès 2007-03-08 15:02:38 
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Awrès 2007-03-09 15:26:24 
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Awrès 2007-03-12 17:31:57 
 OULED SOLTANE  nouveau
TALEB LAHCENE 2007-03-15 22:53:39 
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SAHED AZIZ TARIK 2007-03-16 18:33:17 
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BENSAHA 2008-02-22 14:50:44 
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makhnouche 2008-11-13 14:30:29 
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Awrès 2007-03-17 14:01:08 
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gaga 2008-04-26 16:08:55 
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Awrès 2007-03-30 18:27:23 
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Awrès 2007-04-06 15:51:45 
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SAHED AZIZ TARIK 2007-05-17 16:40:59 
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Awrès 2007-04-20 15:35:27 
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Awrès 2007-06-11 20:17:07 
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messara dahbia 2008-05-18 23:39:56 
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spartacus 2008-10-18 23:24:44 
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hocine 2010-09-06 16:33:38 

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