Auteur: Aurasius
Date: 2008-08-30 15:59:31
L'insurrection aurésienne de1879 : Portraits des MÊMES représentants de l'administration coloniale MAIS selon l'historien algérien Abdelhamid Zouzou
Avez-vous déjà lu le livre De Lartigue: Monographie de l'Aurès ? Le cas échéant, est ce que des questions comme les suivantes, vous ont-elles traversé l'esprit?
1) Pourquoi De Lartigue a-t-il reproduit dans son livre le rapport MILITAIRE, de son collègue le colonel Noellat, relativement l'insurrection auresienne de 1879. IE. le rapport qui innocente les administrateurs imposés par la France coloniale?
2) Pourquoi n'a-t-il pas reproduit le rapport de la COMMISSION CIVILE, celui qui ressort les horreurs commises par les représentants de Fransa, les traîtres de la nation algérienne et auresienne?
3) Par souci d'impartialité, d’indépendance d’esprit et de fait, de justice, d'équité, d'objectivité etc.., pourquoi n'a-t-il pas reproduit les DEUX rapports afin de mieux informer les lecteurs, pour leur permettre de comparer, pour exprimer leur opinion personnelle, etc..?
Plusieurs aurésiens d'aujourd'hui pensent que l'objectif recherché par De Lartigue est de mettre à l’abri de " l'ombre des archives " les crimes commis par les représentants de l'administration coloniale.
Il faudrait attendre l’historien algérien Abdelhamid Zuouzou pour sortir des Archives d'Outre-Mer les crimes reportés par la Commission civile et rendre ce rapport disponible à tous les lecteurs. Justement, les textes d'aujourd'hui proviennent de son livre « L'Aurès au temps de la France coloniale », pp.299-303
Avant de vous souhaiter "bonne lecture", j'aimerais exprimer cette mise en garde « cœurs sensibles s'abstenir » car vous allez constater que :
Ces traîtres et tyrans n'ont jamais administré l'Aurès et sa population par l'application des théories administratives ou par des processus de motivation comme : la théorie de Maslow, la carotte et le bâton, la théorie de Herzberg, celle de Vromm, etc..
Mais plutôt par la seule méthode que les tyrans, les ignorants et les incompétents connaissent : c’est-à-dire celle du bâton et la canne (aseyyer s teghRit d uxeZran)
En d'autres mots, la Commission civile reporta que les aurésiens furent administrés : par l'exploitation, par le vol, le viol, le taxage, l'enlèvement, tueries …etc. et ils furent traités et considérés comme « des ânes, des cochons et des moutons » (ce sont les termes et les gestes exacts du tyran et caïd mandaté par la France coloniale : El-Hachemi Boudiaf.)
On se rappelle que par CONNAISSANCE de cause q'un des auteurs des messages antérieurs a écrit :
[Je le déclare avec conviction et j'espère le démontrer plus loin dans un chapitre spécial, l'état d'ilotisme où nous tenons les indigènes de l'Algérie est une honte pour un pays qui s'est toujours glorifié de marcher à la tête de la civilisation.]
Bonne lecture
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[ Quelques déclarations au sujet des Caïds valent d'être citées :
I- Sur si Elhachemi ben Boudhiaf, tous les témoignages concordent à dire qu'il "commettait des imprudences, sa conduite à l'égard des femmes et des filles de sa tribu laissait à désirer"(1), et c'est pour ce motif de débauche que le mécontentement était grand contre lui. Les gens de sa tribu ne pouvaient plus supporter ses injustices qui dépassaient les bornes; on racontait à l'unanimité:
"qu'il avait attaché un homme des Zehahfa, lui avait mis la " chekima " (bride ou mors) et avait abusé de sa femme devant lui "(2).
Invité à dire les sujets qui avaient mécontenté les populations en tant qu'ancien Cheikh des Zehahfa, Mohamed ben Bellouf ben Ali devait citer, outre le fait de la bride, la réquisition des vivres, des amendes sans quittances(3). Par réquisition des substances, il faut comprendre "les Diffa" auxquelles ils étaient soumis. Un des otages des Ouled Daoud affirmait "avoir fourni 9 fois la Diffa depuis l'année dernière" (4). Ces repas d'hospitalité, selon un autre témoin des Ouled Ouzza qui prit l'habitude de donner deux Diffa par an, n'avaient rien d'ordinaire; elles devaient répondre aux normes et comprendre " un mouton gras ou un boue, du couscous, du refis, des dattes, du café, du beurre, du miel, des oeufs, tout ce qu'il faut, enfin, du sucre, de la bougie etc... " (5)
Cependant, tout n'était pas fini, car dans une longue doléance émargée de tous les Cheikhs et les Kebars des Ouled Daoud et adressée le 27 Juillet à la commission d'enquête, on relève, entre autres, que "dans le mois de Mars passé, le Caïd ( Elhachemi) nous a pris violemment 400 têtes de moutons, 100 têtes de chèvres et 20 saâs de blé"(6).
Mais c'est surtout lors de la sortie de la colonne que Elhachemi et plusieurs de ses cousins s'abandonnèrent, en représailles à des exactions particulièrement odieuses. Selon les mêmes plaignants:
"Taieb ben Boudhiaf et ses fils Elmahboubi et Mohamed razzièrent les frères Ben Merzek de la fraction de Takheribet qui faisaient paître leurs bêtes chez les Beni Oudjana après les avoir tués"; " leurs femmes ont été dépouillées et sont revenues vers nos tentes à peu près nues"(7).
Les enfants des Boudhiaf firent de même lorsqu'ils " nous ont pris plus que le gouvernement". Et alors que la commission siégeait à Batna pour donner son avis sur les " troubles" de l'Aurès Boudhiaf était venu le 26 Juillet chez nous, ajoutait là plainte, jurant qu'il nous réduirait à rien. Il disait :
"Nous sommes aussi forts que les Français, la route d'Alger nous est familière et nous vous traiterons comme le chacal le fait du mouton, quand la commission sera partie vous verrez comment nous vous traiterons, cochons, ânes que vous êtes" ( 8 ).
Si Elhachemi avait également essayé par tous les moyens de mettre obstacles aux plaintes de ses administrés et les empêcher d'arriver à la commission (9)
II- Les déclarations contre Ben Abbés, Caïd des Ouled 'Abdi ne furent pas moins véhémentes. L'ingénieur de la mine de mercure de Taghit, Auvergne, qui attribuait la cause de l'insurrection " à la tyrannie exercée sur les populations par les Caïds" (10) exprimait son étonnement "qu'il n'y ait pas d'agitation dans l'oued 'Abdi", car "j'ai lieu, cependant, de constater, ajoutait-il, que dans certaines circonstances il outrepassait beaucoup ses pouvoirs" (11). " Le Caïd accapara les eaux et alors qu'elles manquent pour les plantations " (12) s'indignait notamment un groupe des Ouled 'Abdi venus spécialement pour déposer, le 31 Juillet, devant le chef de bureau Vignard à oued Taga. Malgré son âge avancé, des témoins prétendirent qu'il était susceptible de faiblesse en ce qui concerne les femmes. A ce sujet, Auvergne parlait de 24 femmes épouses ou concubines, tandis qu'un témoin des Zmouls(13) qui prenait le vieux Caïd pour "le plus grand de tous les débauchés du monde" affirmait qu'il avait plus de 300 maîtresses dans les tribus et qu'il se faisait mener toutes les filles qu'il voulait(14). C'est dans ce sens qu'un autre témoin, mis hors des Zmouls, dira qu'il
" avait des serviteurs qui lui cherchaient les jolies femmes; lorsqu'ils en trouvaient une, ils l'enlevaient de vive force à ses parents malgré leurs lamentations, ils la conduisaient chez le Caïd qui la gardait une ou deux semaines"(15)
Ce qui avait aggravé les choses, c'est que celui-ci, étant âgé, avait laissé son fils Si Elhacène, très jeune, ainsi que son représentant à Batna Si Daâs (l'un et l'autre furent tués à oued Taga) et certains de ses serviteurs administrer à sa place et commettre des exactions, notamment lors de la perception des impôts. Et lorsque les gens se rendaient à Batna pour réclamer, " ils y ont été arrêtés par Daâs et renvoyés dans leurs tribus" (16)
III- Quant au Caïd Mustapha Bachtarzi à qui on avait tranché le premier la tête, il était, dès 1876, selon le témoignage même de son fils Abdelhamid (17), sujet de plaintes de la part des Beni Bouslimane qui se rendirent à cet effet à Biskra. Un ancien Cheikh de Mchouneche, Elhadj El'Arbi dira devant la commission "qu'il lui a emprunté 4.000F et ne les a pas rendus. Il y a eu procès et justice entre les deux hommes et c'est Bachtarzi qui avait gagné" (18).
On lui reprochait surtout d'avoir lâché la main à ses fils; l'aîné Si Mahmoud commit autant d'injustices que son père et plus sur les Ouled Soltane, plus particulièrement vis-à-vis des Ouled Ahmed ben Mahmoud des Beni Iffren de n'gaous.
" Ceux-ci s'étaient "trouvés dans la pauvreté après avoir été riches" (19) et dispersés soit par la déportation en Corse, soit par l'internement ou l'emprisonnement à l'intérieur du pays pour la simple raison d'avoir dénoncé les méfaits et les tyrannies des Bachtarzi (20).
Enfin, les plus nettes déclarations furent celles que Si Mohamed Ameziane avait faites solennellement dans sa lettre de la prison de Constantine, en date du 28 mai 1880, au Conseil de Guerre, comme prélude de sa défense. Il y déclarait en substance que les "Bachtarzi et consorts sont la cause de l'insurrection"(21)...]
Notes ( de l'auteur)
(1) A.O.M 2H33 : Commission d'enquête sur les troubles de l'Aurès
(2) Celui-ci avait pris part à l'insurrection avec les siens mais fut prisonnier après avoir été blessé. Il témoigna devant la commission de cet acte commis sur lui: "Le président demande à la commission d'enquête si en présence du fait odieux relatif à la chekima, il ne conviendrait pas de faire révoquer immédiatement Si Elhacherni".
(Boudiaf fut révoqué et remplacé par Si Seghir ben Belkacem non pas à cause de ses crimes, mais pour son incompétence, car officiellement la France lui reprocha le fait suivant : ne pas avoir pu prévenir l'insurrection. Cependant il ne fut pas jugé ni pour ses crimes, ni pour ses vols, ni pour les viols, ni pour le geste de la « bride », et il ne restitua pas, non plus, les biens pris par force aux aurésiens, même réf. ndlr)
(3) A.O.M. 2H33: Séance du 24 Juillet.
(4) Rapporté par Luciani, administrateur à Ain Mlila qui l'avait pris de la bouche du témoin lors de son passage avec d'autres dans cette ville. Cf. 2H33.
(5) A. 0. M. 2H33: 15ème témoin Ahmed ben Khallaf. Séance du 19 Juillet.
(6) A.0.M. 2H32: Plainte du 27/7/1879.
(7) De Elmahboubi, cousin de S i Elhachemi, plusieurs témoins des Beni Oudjana diront devant la commission dans sa séance du 27 Juillet : qu'il avait enlevé aux Cheurfà (Beni Oudjana) 195 têtes de bétail, qu'"il leur avait pris une importante somme d'argent et d'autres objets de valeur : tapis, burnous, etc... "
Quant à son frère, Mohamed désigné Caïd provisoire des Beni Oudjana à la place de son oncle Boudhiaf assassiné à El 'Anasser, il s'empara, d'après les mêmes témoins,de quelques 400 têtes appartenant à des tribus différentes : Lehalha, Beni Bouslimane, Beni Oudjana. Cf. Leurs dépositions pendant la séance du 26 Juillet in A.0.M. 2H32.
(8) A. 0. M. 2H32, Plainte du 27/7/1879. La mort de son père, ami de longue date des Ouled Daoud, sa révocation semblent l'avoir mis hors de ses gonds.
(9) d'après la lettre écrite par le Cheikh Abdessemed qui fut chargé de recueillir les plaintes des Aurésiens, au général Forgemol le 26 Juillet 1879. Cf Lettre en arabe in A.0. M. 2H32.
(10) A. 0. M. 2H33 : Séance du 17 Juillet.
(11) lbid.
(12) Ibid. Séance du 31 Juillet à oued Taga. Les déposants furent : Ali ben Larbi, Elhacherni ben Hamza, Hadj Elbechir ben Yahia, Belkacein ben Elarbi, Mohamed ben Elletief Mohamed ben Abbés et Elbiskri ben Moussa.
(13) Elhadj Salah ben Touhami : Séance du 23 Juillet 1879.
(14) C'est à cause d'une affaire de femmes que Ben Abbés avait toujours trouvé de l'opposition de la famille des Ben Habara du village de Nara. Pour détail, voir la plainte adressée par cette dernière à la commission d'enquête dans A. 0. M. 2H32.
(15) Témoignage de Makhlouf ben Sassi pendant la séance du 22/7/1879.
Celui-ci rapporte ce qu'il avait entendu de l'intendant du caïd au gourzi (guerrah). A cela, certains donnent l'explication qu'étant influencé par le contact d'Ahmed Bey qui séjourna longtemps à Menaâ, Ben Abbés voulait se comporter comme son ancien souverain, en prince ayant une cour.
(16) A. 0. M. 2H33 : Séance du 27 Juillet.
(17) Ibid.
(18) Ibid.
(19) Selon l'expression tirée d'une plainte adressée par Derradj ben Ahmed ben Mahmoud et son frère Ammar de Calvi au gouverneur général de l'Algérie en date du 30 Avril 1879. Voir A. 0. M. 2H34
(20) A 0.M. 2H34. D'après la plainte des Ouled Mahmoud de n'gaous, op. cit.
Le Caid Si Mahmoud Bachtarzi qui leur avait dérobé un cheval de race et un chapelet de valeur (en corail) les obligeaient chaque année: à 4 journées de labour par charrue et à 4 de moisson et autant de battage; chaque charrue devait lui fournir un saâ de blé. Il leur vendait des eaux pour irriguer leurs propriétés de même qu'ils les surchargeait d'amendes. Signalons également que Si Smail Bachtarzi s'était porté chez les Ouled Daoud et " a tué 5 personnes de notre tribu après la soumission, chacun dans un endroit pour venger son père", avait déclaré un groupe de gens des Ouled Daoud devant la commission d'enquête dans sa séance du 1« Août 1879 à theniet Youb. Cf A.0.M.2H33.
(21) Demargon : Insurrection dans la province de Constantine de l 870 à 1880 -Paris, 1883. Voir annexe No 12
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