Auteur: Aurasius
Date: 2007-05-25 15:58:56
L'insurrection de l'Aurès en 1879 - Un exemple de lettre, du leader de l'insurrection auresienne Med Amezian, adressée aux autres tribus chawis
Par peur de la répercussion de la révolte de 1879 dans les autres tribus chawies des plaines et des montagnes, la France coloniale
avait pris toutes ses "précautions" afin d'isoler Med Amezian : Nouveaux postes de surveillance, interceptions de ses émissaires, interdiction de circulation inter-régions auresiennes, isolement, etc.
Sans tarder, voici les deux points principaux du message
d'aujourdhui:
1- Pour le premier point: il s'agit de la production de la lettre de Med Amziane. Elle a été adressée à la grande tribu Chawie des Haractas, afin d'inciter ses membres à le rejoindre dans sa lutte contre la France coloniale.
Les chercheurs d'aujourd'hui pensent que la majorité des messagers, de notre Auresien Med Amezian, ont été interceptés avant d'arriver à destination. Évidemment d'autres ont pu joindre certaines tribus, cependant ces dernières ont répondu soit individuellement, soit un peu tard. Donc il n y avait pas de vague de volontaire comme telle ( à détailler prochainement )
Bref c'est regrettable que je ne puisse pas poster la photocopie de la lettre MANUSCRITE portant le cachet du leader de l'insurrection de 1879, car le forum ne supporte pas les fichiers-images, d'où la contrainte de ne poster que la traduction, et la voici (1) :
[Aux notables des Ouled Aissa
« Louange à @!#$ l'unique. Il est donné avis à tous les Ouled Aïssa, que le salut soit sur vous avec la miséricorde et la bénédiction.
De la part de celui qui (vous) salue Imam El -Mahdi. Il vous fait connaître qu'il a reçu l'aide de @!#$ pour combattre les mécréants. Il faut que vous vous leviez pour la guerre sainte afin que la parole de @!#$ soit la plus haute. Celui qui démentira cet ordre démentira (@!#$) et son Envoyé. Vous aurez de ce fait une grande récompense dans l'autre monde. »
« Ecrit par ordre du seyid Mohammed ben Abdallah le Mahdi. Que @!#$ lui donne la victoire. »]
Notez bien que, Med Ameziane interpella la grande tribu des Haractas par son ancien nom les Ouled Aissa ( El Aouassi)
Pour le cachet de la lettre, voici les commentaires de l'auteur de l'article :
« la lettre porte en tête, marque de supériorité, l'empreinte d'un cachet grossièrement gravé. On y distingue les mots Allah, @!#$, et Rassoul, prophète. La fabrication évidemment locale, de ce cachet, montre que le mouvement séditieux avait été préparé depuis un certain temps.
En outre si c'est aujourd'hui un fait devenu banal, pour les commerçants, les marabouts, de faire usage d'un cachet, à l'époque de la révolte de l'AURES et dans un pays comme celui des Ouled-Daoud, c'était encore le privilège exclusif des fonctionnaires et des magistrats, c'est-à-dire la marque officielle de l'autorité, au même titre que le burnous rouge des caïds. En se servant d'un cachet, le chérif espérait frapper encore mieux l'imagination. »
2)Quant à l'isolement de l'Aurès durant son insurrection de 1879, le paragraphe suivant le démontre bien(2) .. on peut l'extrapoler aux autres régions limitrophes de l'Aurès
[ « En 1879,….. c'était l'époque des troubles de 1'Aurès. Craignant leur répercussion dans le Cercle ( de Tebessa, ndlr) et une immigration d'insurgés, on établit un cordon de surveillance ; des postes furent placés du nord au sud à Aïn El Amba, Chéria, El Mezeraa,
Djeurf, Foum Hallail, Ferkane et Négrine.
Après le combat de Zribet El Oued, le colonel Dubreui1, et l'adjoint de 2e classe, le sous-lieutenant Fasanino, se mirent en marche vers le Sahara avec 400 cavaliers des goums, dans le but d'arrêter les révoltés qui tentaient de violer notre frontière (ces combattants auresiens des Lhalha tentèrent de passer en Tunisie, ndlr) Entre Sfilsa et Ouazern, ils rencontrèrent plus de 300 cadavres d'indigènes des Lehalla morts de soif, et firent 100 prisonniers.
Les habitants de Ferkane et de Négrine les avaient précédés, et s'étaient abattus sur ces cadavres comme des oiseaux de proie, leur enlevant les selles, burnous, armes et bijoux et les enfouissant dans le sable. »
Le dernier paragraphe invoque les crimes atroces de ces détrousseurs de cadavres, les cadavres des héros auresiens. Malheureusement ces crimes commis contre les Auresiens ne se limitaient pas aux combattants et héros, les Lehalha, mais ils étaient commis, maintes et maintes fois mais d'une manière différente, contre d'autres héros Auresiens .
En effet, l'histoire nous apprend qu'en 1921 il y a eu bien « la vente » d'un héros auresien, « la vente » de Messaoud ben Zelmat, par les traîtres Bouziane, Menacer et Meziane, de la region de Khenchela (3) , qui partagèrent la prime de 10000 fr, offerte par la France coloniale.
Cette prime était une fortune en 1921, que même aujourd'hui les descendants de ces Judas, pourraient bien continuer à vivre directement ou indirectement de ce « enn3i d aggayen » ou prime offerte pour la capture ou pour le cadavre, du brave auresien, UG ZELMAD, mort ou vif. Pour se rendre compte de la valeur de ce montant et trouver son équivalent d'aujourd'hui, il vous suffira de le capitaliser à un taux moyen de 10% durant 86 ans ( de 1921 à 2007) .
Bref, malgré ces traites, les Auresiens ont toujours su allumer et conserver le flambeau de la liberté, comme en témoigne:
Le flambeau de l'insurrection auresienne de 1849 (citons entre autres le leader : Si Sadoq) ,
Le flambeau de l'insurrection auresienne de 1859, (Si Abdelhafid)
Le flambeau de l'insurrection auresienne de 1879, ( Med Amezian)
Le flambeau de l'insurrection auresienne de 1916, (Ug zelmaD de 1917-1921)
Le flambeau de la revole de 1954 (Ben Boulaid)
Eh oui, malgré les Judas, le flambeau de la liberté n'a jamais été atteint en Aures, et c'est le même qui éclaira l'indépendance de l'Algérie en 1962 !
Sources :
1-LUCIANI D, « Un souvenir de l'insurrection de 1879 », Rev. af., 66, 1925, pl., p. 190-196
2- CASTEL Pierre, « Tebessa : Histoire et description d'un territoire algérien », Tome 2, page 195.
3-Hellal Abderrazak, « Benzelmat mort ou vif », Parcours maghrebins, N.7, avril 1987, pp79-84
Ou:
PETIGNOT (le capitaine), « Crimes et délits dans l'Aurès », Revue de la gendarmerie, nov. 1937, pp 789-817, janv. 1938, pp. 49-78.
Id., « Le banditisme en pays chaouïa», Revue de la gendarmerie, 15 nov. 1938, p. 753-71, janv. 1939, p. 47-64, mars 1939, p. 178-191, mai 1939, p. 353-372, juillet 1939, p. 543-570.
(À suivre )
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