Auteur: Aurasius
Date: 2007-03-29 18:22:26
L’insurrection de l’Aurès en 1879
La réaction de la France coloniale APRÈS la bataille de R’baa
-Évènements qui se sont déroulés pendant la concentration des colonnes, du 02 au 13 juin (suite) :
Le chérif n’avait plus qu’à se tirer de son mieux et à tirer le moins mal possible ses tribus, les Lehala surtout, du mauvais pas où il les avait engagées. On n’avait eu à faire à R’Baa qu’à une faible avancée des troupes françaises ; les grosses colonnes commençaient à apparaître vers Batna, Khenchela et Biskra ; elles allaient envelopper El Hammam et les tribus soulevées comme un vaste filet. Il fallait faire partir au plus vite les femmes les enfants, les vieillards, les troupeaux et les impedimenta de toute sorte. Il fallait, en même temps, faire bonne contenance en avant d’El Hammam, couvrir ce point par un rideau d’insurgés qui retint le plus longtemps possible la colonne de Batna, celle qui paraissait la plus proche, en l’obligeant à se compléter et à se concentrer avant d’attaquer . Pendant ce temps les impedimenta prendraient de l’avance et au dernier moment les insurgés se dérobaient et rallieraient leurs troupeaux.
Ce plan s’imposait ; aussi fut-il admis sans discussion ; il en fut de même du choix du côté par lequel on s’échapperait. Les routes de Batna, Khenchela, Biskra étaient fermées par de fortes avant-gardes par lesquelles le commandement avait couvert ses colonnes ; d’ailleurs ces directions menaient au coeur des forces françaises et du pays demeuré fidèle aux Roumis ; il ne restait donc que le côté de l’est, ce pays si difficile de l’oued Guechtane où nos colonnes ne sauraient suivre immédiatement les insurgés. L’oued Guechtane les menait dans le Sahara, sans qu’ils eussent besoin d’affronter l’oued El Arab et le Djebel Cherchar, impraticables en été aux troupeaux par suite du manque d’eau.
D’ailleurs les Lehala savaient que le caïd du djebel Cherchar avait convoqué ses goums et que l’on se heurterait à des montagnards restés sourds à l’appel religieux, ne connaissant que la voix de leur caïd (le djebel Cherchar était entièrement dévoué à la famille des Béni Nacer dont le chef était Si Ahmed Ben Nacer caid du pays. Cette famille est d’origine religieuse et domine les tribus de la montagne autant par l’influence du fanatisme religieux que par son caractère politique. Les Beni Nacer sont alliés aux Beni Ganah de Biskra et aux Si Bou Diaf de Batna. Cette famille s’interposant entre le djebel Cherchar et nous nous rendit de réels services en 1859 et aussi comme nous allons le voir en 1879.
L’influence des Beni Nacer s’étendait également sur les Beni Imloul, petite tribu vivant sur le haut de l’oued Guechtane et entre cette rivière et l’oued Mellagou. Les Beni Imloul sont surtout des bergers vivant dans ce pays sauvage qui s’étend au sud de Meçara ; ils sont politiquement inféodés aux Beni Nacer et suivent toujours docilement l’impulsion que leur donne cette famille. Ils l’ont prouvé en 1859 et en 1879).
On sortirait donc de l’Aurès par la voix de l’oued Guechtane; on longerait ensuite le pied des montagnes où l’on pensait trouver un peu d’eau on essayerait ensuite de gagner Négrine puis la frontière tunisienne. On ne courait point, pensait le chérif, risque de mauvaise rencontre dans le Sahara, à ce moment vide de tous ses nomades. Il avait compté sans les goums du djebel Cherchar, observant le Sahara du haut de leurs pitons, sans les goums du Zab, sans les vigoureux Spahis de Zéribet El Oued, sans la soif et la température torride du Sahara en plein mois de juillet.( ie. Il avait compté sans les traîtres et sans les serviteurs de la France coloniale, ndlr)
Le plan adopté fut suivi de point en point. Le combat de R’Baa avait été livré le 09 juin; dès le 11, les troupeaux des Lehala étaient réunis et partaient avec les vieillards, femmes et enfants. Les Touaba incités par le chérif à suivre le mouvement refusent en disant qu’ils n’ont en tant que tribu, participé à l’insurrection et qu’ils demanderont l’aman aux colonnes françaises. De peur d’être retenus par les Touabas et de les voir engager le combat avec leurs anciens seigneurs, les Lehala, le chérif n’osa point presser les Touabas.
Il eut pourtant un moment l’idée de les faire razzier par les Lehala qui se sentaient désormais perdus ; mais on avait d’autres tribus à traverser, Beni Bou Slimane, Beni Imloul, Zab. Si on se donnait un renom de razzieurs et de pillards, on saurait sûrement reçus à coups de fusils. Le malheur pesait sur le chérif et le Lehala ; le mieux était de dissimuler sa colère et son mépris pour toutes ces défections, de ne point s’attirer le coup de pied de l’âne et tâcher d’échapper aux troupes françaises.
Source :
- Monographie de l’Aurès (Lt-Colonel De Lartigue)
- L’Algérie en 1881 ( le colonel Noellat)
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