Auteur: Aurasius
Date: 2007-03-21 15:52:24
L'insurrection de l'Aurès en 1879
Le modus operandis ou le plan de l’insurrection de 1879 (suite) :
L’Oued Abdi est sur le chemin des Touaba à Batna. Le caïd Si Bel Abbès était un des plus anciens serviteurs de la France. Les Ouled Ziane ses voisins le détestaient d’autant plus qu’issu d’une famille maraboutique il avait répudié tout fanatisme religieux. C’est lui que le chérif veut attaquer dans sa demeure.
Dans la nuit du 05 au 06 juin 1879, Mohamed Ameziane se porte avec tout ce qu’il a pu ramasser de monde, 7 à 800 hommes, dit-on, sur le bordj de l’Oued Abdi. Le caïd Si Bel Abbès n’y était pas. Il avait laissé chez lui son fils Si Hassein et une trentaine de cavaliers. De plus le caïd des Ouled Ziane y couchait depuis quelques jours, ayant ses nomades campés ou occupés aux moissons dans le voisinage. Par une coïncidence qui paraîtra singulière, ce caïd quitta le bordj précisément cette nuit-là à une heure fort avancée et se rendit aux campements de sa tribu. Vers 2 heures du matin, le chérif arriva avec sa bande et attaque le bordj ; Si Hassein et ses cavaliers firent une résistance désespérée ; les Ouled Ziane campés aux environs ne donnèrent pas signe de vie pas plus que leur caïd. A la fin le nombre l’emporta; Si Hassein fait prisonnier, fut amené au chérif qui ordonna de l’égorger, ce qui fut fait. Le feu fut alors mis au bordj et la troupe rentra à El Hammam sans que personne la poursuivit.
Les Ouled Ziane avaient entendu la fusillade, vu l’incendie du bordj et n’avaient pas bougé. Aussitôt après le départ du chérif comme s’ils n’eussent attendu que ce signal, ils descendirent en hâte dans les vallées de l’Oued Abdi aux villages de Menaa, Djemorah, Ouled Brahim, Branis pour y prendre leurs armes et les munitions qu’ils y avaient laissées ; mais le commandant de Biskra fit arrêter ceux qu’on put saisir et les autres s’enfuirent.
Le succès de Mohamed Ameziane frappa l’imagination des Arabes. Les OULED ZIANE étaient tous prêts à se jeter dans l’insurrection ; les ACHÈCHE des environs de Batna commençaient à remuer ; les BENI-OUDJANA envoyaient ou laissaient partir nombre de leurs pour renforcer l’insurrection ; il en était de même des BENI BOU SLIMANE et de quelques-unes des tribus de l’AHMAR KHADDOU, les plus éloignées de Biskra.( Voir dans un des messages à venir un exemplaire, de lettre, envoyé par Med Ameziane aux autres tribus chawis et voisines afin de rejoindre l’insurrection : aux Abd Nour, Segana, région de Ain M’lila, etc., dommage pour l’Aurès et l’Algérie, car d’une part les renforts furent arriver un peu tard, et d’une part les moyens utilisés par la France coloniale pour écraser cette insurrection étaient hors du commun….ce qui a retarder le jour j, le jour de la gloire algérienne, jusqu’au premier novembre 1954, ndlr)
Les Touabas cette fois s’engagèrent avec le chérif. Celui-ci, dès le 07 juin, s’était mis à parcourir les villages Touaba en grand cortège, musique en tête, montrant à tous les dépouilles conquises à T’Kout, à El Anasser, à l’Oued Abdi. Il enleva ainsi les esprits de toute la tribu qui rechignaient au mouvement et décida les cheikhs des villages à se prononcer pour lui et lui envoyer leurs contingents.
Il se mit en route pour le col de Tizougarine, voulant rallier officiellement à sa cause les Beni Bou Slimane et les Beni Oudjana. Les Beni Bou Slimane lui offrirent une diffa empressée, en signe de reconnaissance de sa souveraineté, mais ils ne voulurent pas s’engager avant que le chérif se fut mesuré avec les français ; là était, disaient-ils, le vrai critérium, le signe infaillible qui les ferait croire à sa mission divine.
Les Beni Oudjana envoyèrent des délégués, un miad, au chérif pour dire comme avaient dit les Beni Bou Slimane. Entre temps le chérif apprit que les troupes françaises avaient quitté Batna et marchaient sur les Touaba.
En effet les autorités militaires, mises au courant de ce qui s’était passé, n’avaient point perdu de temps. Les généraux commandants la division de Constantine et le 19e corps d’armée à Alger, s’étaient effrayés à la nouvelle, coups sur coups, de l’assassinat de trois de nos caïds les plus fidèles ; ils pouvaient penser que l’insurrection allait s’étendre rapidement sur tout l’Aurès et ils prirent les précautions nécessaires pour ne point redouter un échec.
à suivre....
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