Auteur: Aurasius
Date: 2007-03-11 15:22:52
L'insurrection de l'Aurès en 1879 (suite)
Nous avons vu, dans les messages précédents, que le rapport civil attribue l’insurrection de 1879 au mécontentement des aurèsiens face aux EXCÈS des représentants de l’administration coloniale. Le message d’aujourd’hui trace les portraits de ces caïds et mandataires de la France coloniale.
Faites attention lors de sa lecture, car l’extrait est écrit par un militaire, qui malgré tout, continue à combler, ces traîtres, d’éloges!
Bonne lecture
« La situation de l’Aurès occidental était en 1879 la suivante :
À la tête des tribus centrales Ouled Daoud, Touaba et Lehala, se trouvait, depuis de longues années, la famille des Si Bou Diaf. C’était une famille aristocratique d’origine arabe, mais qui s’était franchement liée à nous, dans son intérêt d’ailleurs ( son intérêt = la colonisation des Aures et de l’Algérie?, ndlr). Longtemps Si Bou Diaf, régenta les tribus Touaba et y maintint la paix ; mais en 1878, voulant étendre la commination de sa famille il se fit donner les Beni Oudjana et garda les Touaba en y mettant comme caïd son fils El Hachemi. Celui-ci était un jeune homme d’une vingtaine d’années peu expérimenté des choses des tribus qui croyait à l’ascendant de sa famille sur les populations de l’oued El Abiod et se trouva cruellement déçu au moment d’une insurrection dont il n’avait jamais soupçonné même la possibilité. Son père Si Bou Diaf s’était d’ailleurs endormi dans la même sécurité.
Le caïd des Beni Bou Slimane et de l’Ahmar Khaddou était Si Mustapha Ben Bachtarzi. Celui-ci avait vieilli au service de la France. Délacé du cercle de Khenchela, il avait reçu en 1875 le commandement du sud de l’Aurès. Bachtarzi avait dans cette région à lutter contre des influences redoutables. Les Ben Chenouf, grande famille aristocratique autrefois maîtresse du pays, avaient été expulsés du cercle de Biskra en 1875 ; on les accusait d’avoir à cette époque voulu fomenter une révolte dans tout le sud de l’Aurès et le Zab Chergui. Les Ben Chenouf avaient été destitués, internés à Constantine et avec tous les cheikhs qui étaient plus ou moins leurs créatures ou serviteurs de çof avaient été révoqués. Ils formaient un noyau de mécontents prêts à tout pour restaurer leurs anciens patrons et reconquérir les places perdues.
Bachtarzi épris des idées françaises, savant, lettré, ayant fait élever ses enfants dans nos écoles passait aux yeux du vieux parti musulman pour un athée. Il était arrivé cependant à consolider son influence dans le pays grâce à une administration ferme et éclairée ( Celle du moyen age, ndlr). Il aidait beaucoup à l’oeuvre française en faisant tracer partout des chemins praticables aux troupes et à l’artillerie de montagne. L’un des ces chemins menait de Biskra à T’Kout, résidence du caïd.
De ce point militaire extrêmement remarquable, Bachtarzi, sur les indications du commandant de Biskra fit partir trois routes qui permettaient de pénétrer dans tout l’Aurès. La première gravite les hauteurs est de l’oued Chenaoura, atteint le Meçara, plonge dans les profonds ravins du pays de Kimmel et atteint Sidi Fatah-Allah. La deuxième était celle du col de Zelatou qui permet de se rendre soit à El Hammam soit dans la plaine de Médina. Enfin la troisième traversait les gorges de Tighanimine.
Tous ces travaux exécutés par la main d’oeuvre indigène valurent aux caïds beaucoup de mécontentements de la part des chaouia qui voyaient clairement qu’on facilitait ainsi grandement l’entrée de leur pays. Malgré les sympathies des pauvres gens pour un caïd intègre Bachtarzi fut regardé comme un traître à la patrie arabe et il expiera cruellement ses services à notre cause.
L’oued Abdi avait pour caïd Si Bel Abbès. Le général Desvaux lui avait donné ce gouvernement en 1859 ( alors qu’il n’avait que 10 ans, mais sa famille qui n’était pas originaire des Aures est maraboutique, ceci ne l’empêcha aucunement de d’avoir coutume de servir du vin à ses hôtes français, voir In the foot of Bruce, ndlr). C’était aussi un SERVITEUR FIDÈLE de race maraboutique. Mais gouvernant à des populations éminemment sédentaires, il se sacrifiera aux aspirations de sa tribu ennemie jurée des Ouled Daoud et son fils aîné sera misérablement assassiné par les rebelles en faisant son DEVOIR envers la France.
Les Ouled Ziane étaient aux mains du caïd Si Mohammed Ben Messaoud Derradji, de famille maraboutique. Élevé à nos écoles françaises, Si Mohammed avait peu des préjugés de sa race mais pour se tenir en accord de sentiments avec la tribu qu’il régentait il devait forcément abonder dans les tendances des Ouled Ziane ; et celles-ci n’étaient rien moins qu’anti-françaises. Nous en verrons là un terrible exemple lors de l’assassinat de Si Hassein fils du caïd Bel Abbès de l’oued Abdi, au bordj du même nom. »
Source : De Lartigue : Monographie de l’Aures, 1904, pp247-249
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