Auteur: Aurasius
Date: 2007-04-27 16:30:43
L’insurrection de l’Aurès en 1879 -
Remarques additionnelles sur la vie du chef de l’insurrection, Mohamed Ameziane : Témoignage de Masqueray
Parmi les auteurs qui ont écrit sur l'Aures et sur l'insurrection de 1879 seul Masqueray connut personnellement le leader: Mohamed Amziane
Nous avons vu comment les écrits et les rapports des militaires français diabolisaient ce chef Aurèsien, pour qui la France coloniale mobilisa 3 colonnes et l'élite de ses officiers.
Or l'archéologue et le civil M. Masqueray, celui qui connut bien ce chef auresien, l'avait comblé d'éloges et de louanges.
D'ailleurs, il lui rendra hommage dans son livret "Note concernant les AOULAD-DAOUD DU MONT AURÈS (Aourâs)."
Selon ce dernier, le cheikh Med Ameziane était une personne humble, il prend ses décisions privées en famille, il n'était pas riche, et il n’a jamais légué ses travaux personnels aux khouans de sa zaouia, etc.
Voici un des témoignages de Masqueray, et bonne lecture
[Le cheïkh des Halha, fraction maraboutique des Aouldd-Daoud, était, au mois de septembre 1876, un petit vieillard robuste qui possédait quelque bien dans la plaine de Medîna du Chellia, et près du village d'El-Hammâm.
Il n'avait guère de relations avec l'autorité supérieure, et se contentait de battre son blé quand il était mûr. Si un serviteur du qaïd ou un cavalier du bureau lui apportait un ordre, il réunissait ses enfants sur l’aire, et, quand il avait pris leur avis, il consultait sa femme, Announa. Je la revois debout devant le cheïkh assis, grande et mince quoique âgée de près de cinquante ans, vêtue de bleu, la tête entourée d'un foulard rouge, et parée de grandes boucles d'oreille d'argent.
Nous tombâmes malades de la fièvre, le cheïkh et moi; ma tente fut dressée à côté de la sienne, et ses fils allaient de l'une à l’autre comme si j'eusse été un des leurs. Quand je pus me lever, la petite famille m'installa sous de beaux arbres au bord d'un ravin voisin; les jeunes gens portaient ma table et ma chaise et me tenaient compagnie. Quelques passants s'approchaient timidement, s'assoyaient, regardaient, puis revenaient le lendemain: ces nouveaux amis m'apportaient des grenades ou des figues.
C’est là au coeur même de cet Aourâs tant redouté, que j'ai recueilli les renseignements qui suivent. ]
Il conclut l’introduction de son livret par :
[…Peut-être le vieux cheïkh d'El-Hammâm a vu sa masure renversée, sa tente déchirée par nos spahis, ses moutons vendus, son silo pillé, ses fils blessés ou tués. Que ceux qui ne peuvent comprendre que je le plaigne autant qu'un de mes compatriotes passent leur chemin.
Émile MASQUERAY
Alger, le 28 septembre 1879 ]
Source : « Note concernant les Aoulad-Daoud du mont Aurès (Aourâs) ».
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