Auteur: Aras
Date: 2007-06-01 15:08:51
Les femmes rurales de l’Aurès et la production poétique (suite)
Par : Naziha HAMOUDA
In : Peuples Méditerranéens, No. 22-23, Janv-Juin 1983, pp.267-279
Mais aujourd'hui quel est le sort du chant traditionnel ?
Qui crée et improvise le chant ?
Comment se transmet-il ?
Quel cheminement suit-il?
« Nous chantons selon les circonstances » m'ont dit les femmes, c'est-à-dire aux temps forts de leur vie. D'autre part «les femmes qui ont de belles voix sont conviées à chanter par l'assistance ». Il est Important de noter que cette catégorie de chanteuses sont le plus souvent des poétesses. Je l'ai constaté notamment dans mon enquête sur le chant de la guerre de libération nationale.
Par ailleurs, il arrive souvent qu'une femme improvise pendant une fête, selon le moment et introduise des variations sur un thème de chant renommé, confirment ainsi ce qu'écrit P. Bourdieu : « Le poète est celui qui répond à une situation particulière, à un publie particulier et assure l'efficacité symbolique de son message. »
Ceci dit, la question de savoir qui crée reste posée dans la littérature orale.
Dans le répertoire du chant aurésien on peut distinguer une classification par thèmes mais il faut noter aussi des variations de modes selon les zones du massif.
L'Aurès occidental est surtout spé@#%$é dans le chant accompagnant la danse car telle est la tradition. Un chant peut être composé d'un quatrain ou d'un vers, constitué de métaphores ingénieuses et d'une rime mélodique. Ainsi par exemple le quatrain suivant qui est chanté et dansé dans tout le massif aurésien.
abendir iHma
3ebdella yethnawa
Hlil a weld uma
Lalla-thnegh thegawma
Le bandir est chaud
Abdellah est mécontent
Pauvre frère
Notre dame ne veut pas de lui
Les femmes chantent en tissant ou tandis qu'elles moulent le grain. Ces poèmes sont variés, longs et langoureux. Il s'agit de poèmes de circonstances dont quelques exemples nous donnent un aperçu du répertoire traditionnel qui est repris jusqu'à nos jours. Ce répertoire est riche : une de nos informatrices nous signale que dans la tribu d'Ath Bouslimane (Aurès oriental) lorsque les femmes vont chercher la mariée elles ont un chant pour chaque étape du cortège.
Deux illustrations seront présentées ici :
1. Le chant du tissage
susem 3ella susem a memmi
an-neg aqeccabi i baba-k
baba-k iruH ibe3d-ak
yejj-d anazyum i yemma-k
susem 3ella susem a memmi
an-neg a3law i baba-k
baba-k iruH ibe3d-ak
yejja-d lhem i yemma-k
susem 3ella susem a memmi
an-neg a3law d abeRbac
baba-k iruh yente3 le3Rac
imeTTawen ma-wcin fell-ak
imeTTawen ejj-ihen i yemma-k
Tais-toi Ali, tais-toi mon fils
On fait un kachabi pour ton père
Ton père est parti et t’a laissé
Il a laissé le souci pour ta mère
Tais-toi Ali, tais-toi mon fils
On fait un burnous pour ton père
Ton père est parti et t'a laissé
Il a laissé la peine pour ta mère
Tais-toi Ali, tais-toi mon fils
On fait un burnous en couleurs
Ton père s'est rendu dans les tribus
Est-ce que tes larmes ont cessé,
Tes larmes, laisse-les pour te mère.
2. Les chants du mariage
a) Quand elles viennent chercher la mariée elles chantent :
nzur usHlan
si lbe3den n tmura
ghar-m ad d-nusa
a lalla
on est venu rendre visite à la belle
des terres lointaines,
chez toi on est venu
oh lala.
b) Quand elles l'habillent elles chantent dix vers :
sirDemt-as lbas i lalla
d ambRuk d lbas
Habiller lalla
félicitations pour la tenue.
c) Quand la mariée s'apprête à monter sur la jument pour partir:
sraj i warus (cf. notes, ndlr)
ilusan usin-d
at-trekhad ha mama
Voici la meilleure selle,
les beaux-frères sont venus,
tu vas te mettre en selle, oh marra.
d) Quand le cortège s'apprête à partir:
hadmut harya-d alghlan
w-i-t yilan bedden yiran
La gazelle est dans la plaine
qui est-elle, les lions se sont mis debout.
e) Juste après ce chant le cortège ajoute:
newwi-t am yiran
nedjj-ihen temlalwan (???)
on l'a prise comme des lions,
on les a laissés en train de pleurer.
f) Quand le cortège arrive :
awi-d haqsebt d ubendir
kker-ca an-nugir
jar men3a d ucir
Ramène la flûte et le bendir,
Viens on va marcher
entre Menaâ et Chir
A l'aube on chante ces trois chants :
itri m udem n sbaH.
lafjer yeDwa tafaw
atura ad yesbaH
wi-ittiraren
iahmed lafjar
ha yemnayen
ghrem at-tze3fled
sug awal idin
fellam ag ssiwel
lbaruD n yiD
L'étoile visage du jour,
La lumière de l'aube t’éclaire.
Bientôt l'aube oh ceux
qui sont en train de jouer,
c'est l'aurore
oh les chevaliers.
Ne te fâche pas
du mot que je t'ai dit,
c'est pour toi
que le baroud a été tiré.
Quand la mariée va chercher de l'eau, un cortège de femmes l'accompagne, et tour à tour elles chantent :
aberhim nnem a lalla .
abethim nnem a lalla
iga lxer f waman
Ta chevelure oh lalla
est un reflet de nappe
dans l'eau.
Nous pouvons constater que ces chants sont chantés jusqu'à nos jours.
Dans la transmission du chant la fonction de médiateur est souvent assurée par la mère, la soeur, le père au la azrith dans les têtes. Chaque femme apprend dans..........
(à suivre)
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NOTES :
1) arus = un cheval pur sang, le meilleur cheval
Sa prononciation ainsi que sa signification diffèrent légèrement d'une région à une autre de la Tamazgha.
- En Aures : il se prononce « aras » ou « arus » , sa signification est : le meilleur cheval ; le cheval pure sang; l'originel
- Au maroc : il se prononce « awras » et il signifie :cheval bai
Plusieurs chercheurs s'entendent pour confirmer que c'est la racine de ce vocable qui est à l'origine du nom « AURASIUS », soit la PLUS ANCIENNE dénomination du mont : Aures/awras
Pour le moment, la seule divergence ( si on peut la qualifier ainsi) qui existe entre les chercheurs est : est-ce que à l'origine, avant son évolution linguistique, le terme aras/arus/ awras est rapproché à la couleur? à la race chevaline? ou plutôt à la pureté ( pur sang), originalité et authenticité?
Bref, pour plus d'information et pour plus d’hypothèses, voir entre autres le message intitulé « Étymologie du mot AWRAS » en ce même forum
2) atura/ttura/tura ce terme est traduit dans le texte par : bientôt.
Contrairement à plusieurs régions de la Tamazgha , les Auresiens ne confondent pas et ne fusionnent pas les deux adverbes temporels suivants :
- imira = maintenant ( dans le sens de : tout de suite)
tura /ttura = bientôt ( après un certain temps)
Monsieur Med Madaci, lui aussi, a bien su étudier et distinguer ces deux vocables chawis ( imira, at-tura).
Voir son article : observation sur la langue tamazight ( en arabe) / section : la tamazight une langue riche par ses particularités
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