Auteur: Aras
Date: 2007-04-26 16:01:18
Les femmes rurales de l’Aurès et la production poétique (suite)
Par : Naziha HAMOUDA
In : Peuples Méditerranéens, No. 22-23, Janv-Juin 1983, pp.267-279
« Quant au P.PA, travaillant dans la clandestinité, ses moyens étaient limités et son but était autant politique qu'idéologique. Les militants du P.P.A. étaient plus efficaces dans leur lutte contre les et le boycott des fêtes... » nous dit un autre interlocuteur qui ajoute : Ces premières cellules du P.P.A. avaient dans les années trente le but de chasser le colonialisme avec les armes. C’est pour cela que les gens y adhéraient de plus en plus.
Même certains Oulémas ont rejoins le P.P.A. car leur mouvement ne revendiquait qu’une indépendance interne (s.e dans le cadre français). »
Malgré tous leurs efforts, les Oulemas et le P.P.A n’ont pas pu discipliner totalement la population du massif auresien.
« Les Oulemas censurent les mariages mais personne ne les écoute, ni ne se prive de leur désobéir, nous dit une femme. Je suis fille d’un cheikh et mon père a inventé sept azriat à mon mariage.»
La dimension politique fut donc très importante dans le choix que fit le P.P.A d’une stratégie culturelle, de même dans le Mouvement badisien qui pour avoir une position moins radicale n’en faut pas moins un élément important de la lutte contre le colonialisme. Arabiser et islamiser était pour les militants de ces deux mouvements un devoir dans la mesure où ils assuraient ainsi l’unité nationale ou du moins telle était l’idée qu’ils s’en faisaient.
Le Mouvement réformiste, comme le P.P.A comprenait de nombreux Berbères. Cependant cette appartenance finit par être considérée comme un élément de division du peuple algérien sur lequel il n’était pas bon d’insister et on soupçonnait le colonialisme d’en faire une utilisation dangereuse contre l’unité nationale.
En 1948, au sein du P.P.A., des militant s’opposèrent violemment à l’identité arabo-islamique et revendiquèrent une Algérie algérienne. Ils furent mis à l’écart. Comme le signale Malika Ouzegane : « Le fait berbère était un élément secondaire dans le mouvement de la guerre de libération. Les minorités n’auront pas de place. »
La culture berbère a subi le même sort que les femmes auxquelles le F.L.N demandera de garder le voile en tant que symbole de protestation contre l’assimilation et d’attachement à la culture traditionnelle.
Le principe des « priorités » à respecter l’emportait sur la démocratie.
Le déclenchement de la guerre de libération a été le signal d’une rupture avec certains éléments de la culture aurèsienne. Le son de la ghayta qui accompagnait les azriat s’est alors arrêté.
Portant aujourd’hui l’antagonisme entre l’islam et la tradition culturelle persiste. La dimension linguistique est un élément essentiel de cet antagonisme qui interfère dans la production poétique laquelle devient elle-même le véhicule de la revendication culturelle.
C’est une suite logique du processus d’arabisation qui trouve ses fondements dans l’alliance de l’islam et du mouvement national.
Mais aujourd’hui quel est le sort du chant traditionnel? Qui crée et improvise le chant? Comment se transmet-il? Quel cheminement suit-il? ....
(à suivre)
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