Auteur: Aras
Date: 2007-03-11 15:30:41
LES FEMMES RURALES DE L’AURES
ET LA PRODUCTION POETIQUE (suite)
Par : Naziha HAMOUDA
In : Peuples Méditerranéens, No. 22-23, Janv-Juin 1983, pp.267-279
Dans la zone occidentale du massif, les petites filles apprennent le chant et la danse dès huit ou dix ans, à la période même où elles apprennent les travaux domestiques. C'est une tradition et un plaisir. Cette éducation artistique fait partie de l'apprentissage de la vie de la femme adulte. Elle s'effectue spontanément durant les travaux des champs, sur les terrasses des maisons, durant les après-midi d'été ou de printemps, à l'occasion des fêtes. Toutes les femmes chantent et dansent à toute occasion cependant, sons attendre les fêtes. 1l y a des chants pour tout, pour chaque travail, chaque circonstance.
Si les rythmes sont fixés par fa tradition, le chant et to poème varient selon 1'inspiration.
Les femmes se prennent en charge économiquement. Elles peuvent vendre les bijoux dont elles ont hérité, acheter ainsi une parcelle de terrain ou du bétail. On peut les voir, encore aujourd'hui, vendre leur récolte sur le marché. Quel que soit leur statut social, elles participent aux travaux agricoles (cultures maraîchères. arboriculture), cependant, tisseuses et gardiennes de troupeaux, elles ne sont pas astreintes aux travaux agricoles ni domestiques.
Elles peuvent circuler seules, se déplacer, rencontrer des hommes que ce soit à l'occasion du travail ou en participant à certains rites et pèlerinages qui exigent parfois un voyage d'une semaine et par conséquent l’éloignement du foyer paternel ou conjugal.
On peut citer par exemple celui qui a lieu à fa fin d'août (Asameth) pendant la canicule, à Djebel Bous, qu’on appelle « le rite qui apporte le bonheur aux femmes » au sens où elles sont libres de leur comportement durant cette période. Pendant ce pèlerinage, hommes et femmes se rencontrent, établissent des contacts avec les habitants, renouent des amitiés.
Un homme qui a participé à ce pèlerinage nous raconte :
« ...Notre troisième étape était à Thamarkunt. Les villageois se sont précipités pour nous inviter à dîner, chacun a pu accueillir cinq à dix hôtes. Nous avons été invités à dîner par une très jolie jeune femme. Mes amis qui sont de l’Est aurèsien étaient très intimidés. Ils ne sont pas habitués à cette audace des femmes. Ce n'est qu’après que le repas ait été servi que le mari revenant du champ (un beau jeune homme) nous a rejoints. Après le repas, femmes et hommes, se rencontraient sur les terrasses, au café du village, pour danser et chanter jusqu'à l'aube. On n'avait pas toujours le temps de dormir. Il nous arrivait souvent de continuer la marche, dès que le soleil se levait, avec le rythme de la musique de la veille qui résonnait dans nos têtes...Cette joie de vivre est révolue maintenant ! »
En effet, le dernier pèlerinage dont parle notre interlocuteur a eu lieu dans les années quarante Depuis l’indépendance on l’organise encore, mais très discrètement, car les autorités préfectorales l’interdisent.
Si toute femme sait chanter et danser toutefois les femmes des familles maraboutiques, bien qu'elles chantent et dansent parfaitement, ne sont pas autorisées à participer aux fêtes auxquelles………..
(À suivre)
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