Auteur: Awaris
Date: 2007-03-28 17:33:13
NOTE concernant les Nememcha (suite)
Par : Émile Masqueray
In : Revue africaine, 23e année, No.133, janvier 1879.
Les fractions des Nememcha :
Si l'on examine avec soin la composition des trois fractions qui constituent cette tribu fameuse (Oulad Rechèch, Brarcha, Alaouna), on y reconnaît un mélange de groupes arabes inégalement distribués :
- Les groupes arabes forment les deux cinquièmes des Brarcha et les quatre cinquièmes des Alaouna qui d'ailleurs nous sont donnés comme purement Arabes par Ibn Khaldoun.
- Au contraire, les Oulad Rechèch, qui surtout se disent Zenata, ne comprennent qu'un faible élément arabe.
Ce fait s'explique par la situation géographique de leurs territoires de parcours :
- Les Oulàd Rechech voyagent dans la partie occidentale et centrale du plateau. Leur ligne d'émigration est celle que nous avons décrite plus haut : la Shikha, le Mehmel, Sidi Abid, Oum el Ardjam, Ferkan, Négrin. Ils ont donc été toujours en rapport avec les Berbers de l'Ouàd Bedjer et de l'Ouàd el-Aràb.
- D'autre part, les Brarcha et les Alaouna ont pour ligne de parcours la frontière de Tunisie. Ils vont souvent jusqu'au Djérid. Ils sont presque Tunisiens. Il en résulte qu'ils ont reçu de l'est et se sont assimilés des éléments arabes qui ne pouvaient pénétrer jusqu'aux Oulàd Rechéch. On trouve chez eux plusieurs fractions qui ignorent la zenatia et se servent exclusivement de la langue arabe.
Les Oulàd Rechèch sont les plus purs des Nememcha; mais eux-mêmes se subdivisent, et distinguent parmi leurs fractions secondaires quatre fractions primordiales qu'ils appellent les Mgadda. Ces Mgadda sont fils d'Embarek ben Ali. Or, d'après la tradition du Chechar (Voir-Note, ndlr), Embarek était fils de Hedd ben Hedoud, romain, marié à une musulmane, et chef d'un gros village que nous avons décrit, sur le Djebel Taghit de l'Ouàd Bedjer.
Une autre fraction, les Kiata, descend de Maiou, et Maiou est frère d'Embarek ben Ali.
Ces deux fils du Romain Hedd s'étaient révoltés contre leur père, quand ils habitaient le village de Taghit. Ils l’avaient tué et avaient émigré dans l'est. L'élément constitutif des Oulad Rechèch se présente donc comme Berber romanisé.(????)
Doit-on admettre, qu'il se soit accru de quelques restes de la population, civilisée qui couvrait leur plateau au temps de Valentinien?
Il serait curieux, mais possible, que des Romains errassent aujourd'hui sous la tente dans les plaines dévastées que leurs ancêtres avaient remplies, et, musulmans fervents, n'aient plus d’éloges que pour « Abdallah » ou « Ahmed le Hilaili », leurs conquérants.
Ce fait, général dans la région aurasique, excite plus de surprise chez les Oulàd Rechèch que dans les autres tribus, car ils sont vraiment nomades, à cause de la très grande distance qui sépare leurs pâturages du sud de leurs petites cultures du nord.
Voici, du reste, la liste détaillée des fractions des Nememcha…..
Source : Cf. supra, pp.89-90
À suivre ….
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Note : Ce récit est reproduit, dans l’article « Djebel Chechar », comme suit :
[ Les Nememcha disent : « Lorsque Sidi Abdallah et les autres sadats conquirent nos montagnes à l’Islam, nos ancêtres occupaient les villages bâtis sur le flanc et au-dessus du Djebel Taghit. Au milieu d’eux s’était établie une fraction romaine, dont il reste encore une dizaine de familles : nous les nommons les Kherabcha.
Ces Kherabcha font paître aujourd’hui pendant l’été dans le Mehmel, au-dessus de Bir Eddous, près de la Souma. Dans ce temps, le chef des Romains se nommait Hedd Ben Hedoud ( veulent-ils dire le chef des berbères non islamisés encore?, ndlr). Il épousa une musulmane et en eut deux fils, Embarek ben Ali et Maïou. Ces derniers, musulmans comme leur mère, combattirent leur père sur le Djebel Taghit. La lutte fut difficile. Hedd fut vaincu, tué, et ses biens furent partagés. » ]
On remarque bien la ressemblance de ce récit avec celui de la « légende de la fondation des Halaoua », en Ighzer n Abdi, où un « mouslim » de Nara tua un Djouhal (païen) Romain et partit avec sa femme musulmane et ses trésors.
Peut-on voir là des récits qui nous transmettent des « luttes » entres les berbères convertis à l’islam dès les premières heures et les berbères non convertis, hésitants encore?
Ou , doit-on tout simplement les considérer comme des fables, ie. sans aucune interprétation historique?
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