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Interview du Webmestre sur France3
 Aurès: NOTE concernant les Nememcha
Auteur: Awaris 
Date:   2007-03-16 14:44:15


NOTE concernant les Nememcha

Par Émile Masqueray

In Revue africaine, 23e année, No133, janvier 1879.


Les Nememcha, fraction des Zenata mêlés d'Arabes, possèdent aujourd'hui tout le pays qui s'étend entre Tebessa, Negrin, Khenchela et Ciar. Ce n'est point là leur patrie. Ils racontent qu'ils sont originaires du Djebel Chechar et qu'ils en sont sortis au moyen-âge, à la suite de longues querelles avec les Beni Barbar.

Que sont donc devenus ces colons romains et berbères qui peuplaient les villes et les villages que nous avons décrits ? (voir : Remarques)
On peut admettre qu'ils ont reflué vers l'ouest devant l'irruption des Arabes, au onzième siècle. Le pays n'offre pas de refuges comme Taberdega, Tizigrarine, le Djaafa, en un mot toutes les Guelaa, grandes ou petites, du Chechar et de l'Aouras. Seules, ces forteresses naturelles pouvaient conserver quelques groupes intacts au-dessus du flot des envahisseurs.

L'invasion du septième siècle avait eu seulement pour effet la conversion des indigènes. Sidi Abdallah, Sidi Okbah, et leurs lieutenants commandaient à des troupes régulières, et on ne peut leur attribuer que des pillages accidentels.

Les Hilal du onzième siècle, au contraire, s'établirent en Afrique avec leurs femmes et leurs enfants ; ils y continuèrent leur genre de vie, cette vie nomade qui ne souffre pas de concurrence. Les anciens habitants ne purent même pas subsister à côté d'eux.

Le nom des [i]Hilal[/i] s'est conservé aux deux extrémités du plateau, près de Ferkan, et près de Khenchela. L'Oued Hêlal est ainsi nommé, assurément, parce qu'ils séjournèrent longtemps dans la plaine de Mdila. Dans la Sbikha, la colline de Diab, le château de la Djazia, rappellent leurs principaux héros.



Une légende, encore vivante et parée de couleurs poétiques, nous reproduit la terreur qu'inspira, dans l'Aourâs et dans toute la Numidie, cette invasion hilalienne :
« En ce temps-là, un roi nommé Baghaï, avait sept filles : Mtoussa, Khenchela, Skikda, Ksantina, etc ., toutes riches comme leur père. Une épaisse forêt d'oliviers s'étendait entre le domaine de Baghaï et de sa fille Mtoussa, et le pays était si sûr que tous les jours le roi envoyait à sa fille un mulet chargé de figues sans conducteur ; le mulet suivait son chemin dans la forêt, présentait lui-même sa charge à Moussa, et revenait vers Baghaï portant des raisins. Or, il arriva que le mulet revint un jour sans raisins; Baghaï fit faire des recherches, et ses serviteurs découvrirent, dans le Djebel Mehmel la trace des pas d'un chameau. Cet animal ne pouvait être que la monture d'un envahisseur arabe. Aussitôt Baghaï écrivit à ses filles de fuir en emportant leurs richesses. Lui-même fit enlever tous les trésors de son palais, et n'y laisse que deux colombes dont l'une était complètement plumée. Les Hilaïlia se répandirent dans le pays, le trouvèrent abandonné, et parvinrent rapidement au château de Baghaï. Toutes les portes en étaient ouvertes, excepté celle de la chambre qui, contenait les colombes. Quand ils l'ouvrirent, un des deux oiseaux s'envola; l'autre resta entre leurs mains, mais ils trouvèrent un billet sous son aile; on y lisait: « La colombe s’est envolée avec ses plumes; gardez l'oiseau déplumé. » »

Ces Hilaïlia sont restés dans l'imagination des Berbers qui les confondent avec les armées syriennes de la première invasion, comme un peuple de guerriers farouches. Les aventures qu'ils leur prêtent, dans leurs contes, sont un mélange d'actions héroïques et de détails vulgaires qui appartiennent à la vie des tentes.

On y retrouve aussi naïvement exprimé l'étonnement de ces bandes misérables, chassées de la Haute-Égypte, quand elles entrèrent dans l’Afrique et dans la Numidie. Ce ne sont que villes merveilleuses dans lesquelles on pénètre par ruse, châteaux enchantés dont on assassine les gardes, princesses couvertes d’or et d'argent, dont la seule vue coûte mille pièces d'or. Ces récits abondent aussi en descriptions du Sahara, le pays vide, où les âmes des morts crient dans la nuit, où les ogresses attendent le voyageur en plein jour, où les aigles parlent entre eux la langue des héros Le tout forme un cycle véritable que les deux tiers des indigènes savent par coeur.

Le héros n'en est point Diab ou la Djazia, qui ont leur rôle à part, pour ainsi dire épisodique, mais un certain Ahmed, surnommé le Hilaïli. Il est le plus jeune des sept garçons, tous fils d'un même roi: il demande à son père de marier ses six frères et lui-même avec sept jeunes filles issues du même père et de la même mère, et comme le Sultan ne peut les satisfaire, ils partent à la recherche d'un royaume, errant tous les sept dans le Sahara. Ahmed rencontre des ogres, des voleurs, des dragons, des rivières qui se combattent, des montagnes qui s'entrechoquent. Il triomphe de toutes les difficultés, et parvient au château d'un roi qui a sept filles de la même femme. Après une série de combats et de déguisements, il se marie; sa femme lui donne un anneau magique qui lui asservit les génies; ses frères le trahissent et l'abandonnent dans un puits comme Joseph ; mais il s'échappe, grâce à son anneau, revient dans le royaume de son père, et met ses six frères à mort.
Une autre fois il s'est fiancé à une jeune fille du Souf, et il habite la Sbikha, près de Khenchela. Son cheval gris, nourri par lui-même de lait et de dattes, le porte en un seul jour de l'Aouràs au coeur du Sahara. Il a décidé le père de sa fiancée à passer l'été dans la Sbikha; mais le père retire sa parole, et, pendant qu'Ahmed accompagne un de ses troupeaux du côté de Constantine, il retourne au Souf, emmenant la jeune fille. Des traîtres ont enfermé le cheval d'Ahmed dans un château lointain. Il revient, se livre au désespoir, et appelle son cheval. L'animal brise, de ses quatre pieds, les murs du château, renverse ses gardiens et rejoint son maître. Ahmed lutte dans le Sahara contre des tourbillons de sable ; il est aveuglé; son cheval reste auprès de lui, et pleure. Un oiseau merveilleux survint, qui indique un remède au jeune héros. Il enlève sa fiancée et revient à la Sbikha.

Ces légendes héroïques qui conviennent par tant de traits à la vie actuelle des Nememcha et même des demi-nomades de l'Aourâs, ne se racontent qu'en langue arabe. Aussi bien, les chansons, les proverbes, les maximes précieuses que les cavaliers de la montagne affectent de bien dire, comme s'ils avaient retenu dans leur barbarie quelques accents des cours d'amour, sont arabes, et les femmes chaouïa, qui parlent toujours berbère, chantent en arabe, quand elles s'avancent dans leurs fêtes, par groupes de quatre, sur un rythme lourd, les unes au-devant des autres.


L'invasion Hilalienne a donc laissé des traces profondes, sinon sur le sol, du moins dans l'esprit des Zenata. ………………..

Source : Cf. supra, pp.85-87
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Remarques :
1) Cette NOTE est un extrait intitulé, par Masqueray, "NOTE concernant les Nememcha ". Elle se trouve à la fin de son article « Ruines anciennes de Khanchela ( MASCULA) À BESSERIANI (AD MAJORS) », 58 pages au total.


2) La NOTE est subdivisée en 3 parties :
-Le plateau des Nememcha et les hilaliens au 11e siècle.
-Les Nememcha et leur souvenir de la dynastie berbère des Hafsides au 13e siècle.
-La composition des Nememcha : Les fractions dites Amazighes/chaouies & les fractions qui se disent d’origine arabe et hilalienne.

3) D’autres notes sur les tribus auresiennes : les tlaghma, seggana, amamra, de bellezma, ayt/ah abdi, ayt/ah daoud, tribus du dj. Chechar, les oudjna, etc....SERONT postées sou peu

à suivre

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