Auteur: Awaris
Date: 2007-03-17 14:12:25
NOTE concernant les Nememcha.
Par Émile Masqueray
In Revue africaine, 23e année, No133, janvier 1879.
(Suite et fin de la section: Le plateau des Nememcha et les Hilaliens au 11e siècle)
L'invasion Hilalienne a donc laissé des traces profondes, sinon sur le sol, du moins dans l'esprit des Zenata.
Faut-il penser que le cycle de Ahmed le Hélaïli fut composé pendant l'invasion même ou très peu de temps après, et peut-on en conclure que la plupart des traits de la vie nomade qui y abondent lui sont empruntés?
Les Hilal sont toujours présentés comme Sahariens, possesseurs de chameaux ; d'autre part, dans la légende de Baghaï, citée plus haut, le vieux roi fuit dès qu'il apprend qu'un chameau a paru sur le Mehmel: n'est-ce pas une preuve que la vie nomade, dont le chameau est l'instrument et l'emblème, était encore peu connue, au onzième siècle, sur le plateau des Nememcha et dans l'Aouras?
Les Hilal l'y auraient introduite les premiers en faisant le désert dans une grande partie du pays, et, après leur départ, les Berbères Nememcha et autres auraient été forcés de les imiter, faute de mieux.
On assiste encore aujourd'hui sous les tentes et dans les petites maisons des Chaouïa aux représentations rapsodiques des anciens Grecs. Le soir (car il est inconvenant de conter pendant le jour), suivant la qualité du voyageur et selon qu'il se trouve au milieu d'indigènes instruits du passé ou tout à fait sauvages, un narrateur commente soit les hauts faits de Sidi Abdallah, soit les aventures, de Ahmed le Hilaïli, soit les tours d'adresse d'un voleur illustre, soit quelque fable enfantine.
La première série est la plus ancienne. Elle est purement arabe :
« Comment Sidi Abdallah ruina Tébessa »,
« Ce que dit Sidi Abdallah devant l'Aourâs »,
« Comment Sidi Okbah fut tué par les Berbères ».
Tous ces motifs sont développés religieusement, sans variation, et ressemblent fort aux Hadits du Prophète. Ils sont même souvent consignés dans des manuscrits.
La seconde série ne s'écrit pas; mais tous les détails n'en sont pas moins fixés sans variantes, si bien que, lorsqu'on entend conter telle on telle aventure de Ahmed le Hilaïli, on peut en savoir d'avance le milieu et la fin. Les auditeurs corrigent le narrateur lorsqu'il se trompe.
Les histoires de voleurs sont plus variables. Il en est une cependant qui rappelle la fable, de Maître Pathelin et qu'il n'est pas permis d'altérer.
Enfin, les contes ordinaires, les fables, sont de pures oeuvres de la fantaisie, où l'on trouve avec surprise des sujets populaires parmi nous.
Dans cette suite de récits qui rompent la monotonie des longues veilles, les soirs d'été, le rang qu'occupe le cycle de Ahmed le Hilaïli est inférieur en dignité aux histoires des compagnons du Prophète, mais bien supérieur à tout le reste dans lequel l'élément berbère se fait surtout sentir.
Nous ne suivrons pas les Hilal au-delà du plateau des Nememcha. Ils ne laissèrent derrière eux qu'une petite fraction, notoirement reconnue comme Hilailia au milieu des Oulad Rechech.
Les Indigènes mentionnent après eux la domination des Hafsides de Tunis, où plutôt celle des Chabbia, tribu....
Source : Cf. supra, pp.87-88
(à suivre)
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