Auteur: Aures
Date: 2008-07-25 21:01:10
Aures : book reviews (suite)
Poursuivons aujourd'hui avec une autre étude qui date de la même époque que celle du message précédent. C'est-à-dire sur les recherches des années1930-1940 relativement à l'Aurès.
Bref, il s'agit du livre de Germaine Tillion : IL ÉTAIT UNE FOIS L’ETHNOGRAPHIE
Il est commenté par : Pascale Barthélémy
In: Vingtième Siècle. Revue d'histoire, No. 69, Numéro spécial: D'un siècle l'autre. (Jan. - Mar., 2001), pp. 222-223.
Bonne lecture.
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Résistante dès l'été 1940, déportée en 1942, aujourd'hui directeur honoraire à l'École des hautes études en sciences sociales, Germaine Tillion a consacré la plupart de ses écrits à dénoncer les crimes nazis et l'engrenage de la guerre d'Algérie.
Parmi les titres édités ou réédités récemment - Ravensbrück (1997), La traversée du mal (1997), L'Afrique bascule vers l'avenir (1999), D eux terrorismes face à face (2000) -, Il était une fois l'ethnographie occupe une place originale.
À partir de brouillons «notés sur le vif» (le reste de ses manuscrits a disparu à Ravensbrück), elle relate en conteuse pleine d'humour et de fantaisie - n'hésitant pas à imaginer des mises en scène ethnographiques - son expérience de jeune disciple de Marcel Mauss confrontée entre 1934 et 1940 à son « terrain » une population berbère parmi les plus pauvres et les plus isolées du sud de l'Aurès algérien, les Chaouïa.
Le ton très personnel adopté, particulièrement visible dans les passages où elle décrit son organisation matérielle, «minable» (p. 108), ou lorsqu'elle prodigue des conseils aux chercheurs débutants, ne doit pas masquer l'apport scientifique de ce travail.
Après un tableau de l'Algérie des années 1930, fidèle à une démarche ethnologique classique - « je me borne à raconter les choses telles qu'on me les a dites» (p. 193) - elle consacre le coeur du livre à la description méthodique du calendrier des Chaouïa, des fêtes et jeux qui rythment le quotidien des habitants de 1'Ahmar Khaddou. Elle livre un récit détaillé des conditions d'existence et des systèmes de parentés de cette population, qu'elle enrichit avec une grande érudition d'analyses comparées où sont confrontés les récits berbères et les cultures populaires des régions de France, d'Europe, d'Océanie, d'Amérique.
Revenant sur son expérience d'avant guerre dans L'Afrique bascule vers l'avenir, elle résume son état d'esprit : « Je m'étonnais souvent d'avoir si peu d'occasions de m'étonner. » En insistant sur les similitudes qui rapprochent les peuples des deux rives de la Méditerranée, elle engage son discours dans un voeu de réconciliation: «j'ai écrit ce petit bouquin,/Sur un passé incertain/Qui est à la fois vôtre et nôtre (p. 11)
Pascale Barthélémy
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