Auteur: Aures
Date: 2007-04-18 18:19:36
Taddart n imazighen n wawras
HABITAT TRADITIONNEL DANS LES AURÈS
Le cas de la Vallée de l'Oued Abdi (Ighzer n Abdi)
Par : SAMIA ADJALI
In : Annuaire de l’Afrique du Nord Tome XXV, 1986, pp.271-280
I- Introduction
II- Un habitat intégré
III- La maison sur le site
IV- Mise en oeuvre et construction
V- Les nouvelles formes du bâti
VI- CONCLUSION + BIBLIOGRAPHIE
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HABITAT TRADITIONNEL DANS LES AURÈS
Le cas de la Vallée de l'Oued Abdi
Par : SAMIA ADJALI
In : Annuaire de l’Afrique du Nord Tome XXV, 1986, pp.271-280
Editions du CNRS
I- Introduction
Fruit d'une symbiose ancestrale entre un site aux caprices nombreux et une profonde identité culturelle, le mode d'habiter dans les dechra aurassiennes est un des derniers témoignages, encore vécu, d'une organisation spatiale ancestrale. Toute la symbolique de la relation homme lieu de vie demeure encore présente dans toute sa diversité et son originalité. Cependant se heurtant aux exigences d'une ouverture récente sur le reste du pays, cette structuration spatiale connaît aujourd'hui un déclin. La facilité d'échange a engendré un affaiblissement du pouvoir traditionnel, une déstabilisation, voire une rupture au sein de la société aurassienne. L'espace de la civilisation occidentale vient se greffer sur une société à la recherche de modèle. Prise entre le désir de changement et la résistance aux mutations, la société aurassienne s'adapte. L'habitat est un des lieux particulièrement intéressants de cette évolution.
Vieille citadelle berbère, l’Aurès a l'originalité d'une position de transit, formant une barrière naturelle entre les hauts plateaux constantinois et le Sahara, sur laquelle viennent buter tous les nuages qui arrivent du nord. « Ce massif imposant surgi entre le Sahara et les Sbakhs, les voyageurs le découvrent de loin, le considèrent toujours avec une religieuse curiosité, comme le mur derrière lequel il se passe quelque chose » (2). Longtemps préservé des agressions externes, il renferme d'innombrables agglomérations qui « sont tellement rapprochées qu'elles semblent faire la chaîne; c'est une guirlande de villages, lesquels avec leur position et leur tour de mosquée, font penser aux acropoles de Grèce et de Sicile » (3). Dans cet ensemble en peut distinguer plusieurs types et modèles d'habitat selon l'utilisation qui est faite des ressources et des caractéristiques physiques du milieu dans lequel il s'inscrit:
- Un habitat dispersé, avec une profusion de mechta, habitat « aéré » qui s'inscrit dans les immenses étendues des hautes plaines constantinoises et recouvre tout le piémont nord de l’Aurès".
- Un habitat groupé, plus structuré et plus dense, situé souvent sur des crêtes ou en fond de vallée; ce sont les déchra du massif de l’Aurès
- Un habitat qui donne les prémisses d'une typologie saharienne sans en subir les contraintes, l'habitat du piémont sud. Il se définit par un groupement de fractions autour d'une cour (batha) traditionnellement lieu de rencontre et espace commun doté d'un point d'eau. Les agglomérations se rattachent souvent, dans ce cas, aux palmeraies, s'y abritant des variations climatiques comme des agressions extérieures.
II- Un habitat intégré :
En franchissant le col de Guerza (l 700 M), le visiteur venu du dehors, a l'impression de franchir un seuil, on entre dans « l'intimité » des Chaoui, habitants séculaires de ces montagnes. L'habitation chaoui est une organisation totalement montagnarde qui se structure en déroulant une suite de dechra intercalées parfois d'un habitat troglodyte semi enterré, le tout parfaitement intégré à la topographie. Les dechra de la Vallée de l'Oued Abdi semblent sortir de la roche pour faire corps avec elle. Un même aménagement confère un air de parenté à toute la vallée. Les zones habitées sont essentiellement implantées sur la rive gauche de l'Oued, toujours en position dominante par rapport aux terrasses de cultures.
Ces dechra sont organisées par une société agraire qui, installée et adaptée au site depuis une longue période, a acquis une sorte d'équilibre, une forme de pérennité. L'unité que l'on retrouve dans l'habitat est engendrée par l'unité, sur un même fond culturel, d'économies montagnardes longtemps autarciques, qui contraignaient à une exploitation intégrale de toute la vallée, aussi bien du sol que de la végétation (céréales et vergers).
Présentes partout, les terrasses sont régulièrement entretenues par les familles. Une même sélection arborée se retrouve à travers toute la vallée, avec des différences liées à des contraintes climatiques ponctuelles: c'est le cas de Menaa, verger de moyenne vallée pour lequel l'essentiel de l'exploitation est la culture de l'abricot. Le noyer est présent dans la haute vallée. La basse vallée, de climat déjà sub saharien, intègre le palmier dattier. Les terres sont irriguées, par simple gravitation et à travers un réseau de seguia, à partir de résurgences de nappes phréatiques (ou de puits) et plus rarement de l'oued.
Dans cette vallée isolée, les techniques sont peu développées et la domination de l'homme sur son environnement est limitée. Le climat reste un agent déterminant des forces génératrices de formes. Les agglomérations utilisent les pitons et les crêtes, répondant ainsi à l’ancestral besoin de protection du groupe. La composition du tissu est essentiellement minérale. Les dechra très denses et très structurées forment un ensemble homogène. La circulation y est organisée comme dans une entité semi privée. L'enceinte qui entoure les dechra, comme c'est le cas à Menaa, sert de filtre entre l'espace public et l’espace introverti des habitants. Le tissu n'est pas centralisé. Le lieu du culte est situé au plus haut point de la dechra. Quant à la djemaa, elle prend place à l'extérieur du tissu.
La densité de ce tissu est liée au besoin de réajustement des variations successives des températures. Le découpage du groupe et le découpage social se moulent sur les unités de relief. Les dechra elles mêmes correspondent souvent à un groupe précis.
Parfois une maison est composée de plusieurs logements accolés, de formes irrégulières, bien Souvent rectangulaires. L'ensemble dessine un fer à cheval et chaque unité comprend une cour. En dehors de ces regroupements généraux, l'habitat peut inclure des unités à caractères spécifiques: Nara, village important près de Ménaa, est située dans une plaine cernée de montagnes. L'organisation spatiale est là encore singulière, fruit d'un compromis entre l'organisation spatiale d'une maison de moyenne vallée et celle de la haute montagne. Les maisons sont bâties autour d'une cour centrale bien abritée.
En dehors de la vallée, les groupements situés dans des zones montagneuses très accidentées, sont caractérisés, comme sur le piémont nord par exemple, par un habitat dispersé. Les constructions individuelles se trouvent à la périphérie des parcelles. Les vergers ou cultures fruitières sont rares, en raison d'une pluviométrie faible. La majorité des habitations n'est occupée qu'aux moments des travaux liés à la céréaliculture: c'est le cas de Guerza, Tzouket, Melloudja…
La longévité de l'habitat dans la vallée de l'Oued Abdi est redevable aux techniques et aux matériaux utilisés, essentiellement à la pierre. Ce matériau limite les conséquences des insectes et du temps. Cependant dans la basse vallée, l'utilisation de la terre réduit la période de conservation du bâti et nécessite un plus grand entretien. Cette pérennité des constructions relève aussi du droit foncier et des coutumes réglementant l'héritage et le partage des terres agricoles et des habitations.
1- Une hiérarchisation verticale
La spécificité de l'habitat dans chaque dechra est liée à son micro climat. On peut distinguer dans la vallée de l'Oued Abdi trois zones importantes :
- La haute vallée, avec des villages situés à plus de 1000 m, totalement construits en pierre sèche et en bois : cas de Theniet El Abed ou Guerza. Les maisons occupent les volumes les moins importants de toute la vallée, l'espace des animaux se confond souvent avec celui des hommes. Le climat rude à cette altitude, implique un tissu très dense et des volumes restreints afin de limiter les variations de température.
- La moyenne vallée est, par sa position charnière entre le nord et le sud, un lieu de transition, aussi bien à un niveau climatique qu'au niveau du bâti : ici la maison est construite sur deux niveaux en brique de terre, avec des soubassements en pierre ( cas de Menaa, de Chir ... ).
-Dans la basse vallée, mais à plus de 200 m d'altitude, les villages sont construits à proximité de l'oued, l'habitat y est plus étalé, et l'utilisation de la brique en terre sèche uniquement s'intègre à un micro climat plus doux et moins pluvieux.
Amentane est le premier village de cette basse vallée.
2- Taddart : une unité sociale et économique:
Dans cette présentation de la maison chaoui on s'appuiera plus particulièrement sur l'habitat à Menaa. Comme dans tout l’Aurès, « taddart » ou la maison chaoui, est une unité sociale et économique. Elle abrite famille, réserves et animaux. L'organisation de l'espace domestique est de ce fait hiérarchisée. Une distribution des volumes entre les trois fonctions correspond souvent à une organisation tripartite en hauteur. Chacune de ces divisions porte un nom, a des formes et des fonctions propres et trouve un sens à l'intérieur du système symbolique. L'espace « homme » est le noyau autour duquel gravitent les espaces complémentaires, gravitation verticale bien souvent.
La maison a son élément essentiel (la partie utilisée par l'homme) au second niveau;
au premier niveau, on trouve la bergerie avec parfois la remise pour le fourrage, le bois ... (partie humide).
Au troisième niveau ce sont les pièces de « réserves » l'aelie (partie sèche, espace de séchage).
Cette disposition apporte par ailleurs un confort thermique important.
III- Un habitat intégré....
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