Auteur: Aures
Date: 2007-06-16 15:17:46
HABITAT TRADITIONNEL DANS LES AURÈS (suite)
( Le cas de la Vallée de l'Oued Abdi (Ighzer n Abdi) )
Par : SAMIA ADJALI
In : Annuaire de l’Afrique du Nord T. XXV, 1986, pp.271-280
IV- Mise en oeuvre et construction
Étroitement liée aux acquis et aux possibilités technologiques, l’architecture fait appel à la liberté de l’esprit humain. Bâtir est, comme le définit R. Wright, « le Processus créateur basé sur l’expérience et par conséquent opposé à l’intellectualisme de la composition et de la représentation ». L’architecture traditionnelle aurassienne a été relativement peu conditionnée Par les matériaux et la maîtrise des techniques de mise en oeuvre : taddart se voulant adaptée site et régulateur thermique, exprime des solutions architecturales adaptées aux contraintes physiques et au climat. C’est un équilibre permanent entre, d’une part, la détermination spatiale et la détermination technique d’autre part. Nous nous trouvons dans la situation où un lien naturel et évident semble exister entre le « style » et la « signification », la « forme » et le « contenu ».
Le style n'est pas ici fruit d’un effort pour créer une signification, comme c’est le cas pour les constructions actuelles, il est l'outil pour fixer la signification.
Les formes ne sont pas idéologiques, définies par un langage préfabriqué. Elles apparaissent comme interprètes d'une symbolique. La mise en oeuvre a permis de fixer sur le sol la signification. Elle concrétise ainsi un langage formel riche.
L’acte de bâtir n’est pas restreint à un acte technique, il est la mise en forme dune fonctionnalité.
A travers l’Aurès les matériaux de construction utilisés sont tous des matériaux locaux. La zone d'extraction est toujours à proximité. Ce sont, dans des proportions variables, terre, pierre et bois. Ils se répartissent souvent trois aires correspondant à une hiérarchie verticale des vallées. En amont et à travers la haute vallée, la pierre sèche est le matériau qui domine. Les structures sont en bois; cèdre pour les pièces maîtresses de l’ossature et genévrier pour les poutrelles. La moyenne vallée voit un chevauchement des deux matériaux. Les soubassements des murs et les jonctions avec le sol sont en pierres non taillées : ce sont de gros blocs joints par un mortier et sur lesquelles viennent se poser des briques de terre et des joints horizontaux de bois, alternativement tous les quatre ou cinq rangs pour une distribution équilibrée des charges. La basse vallée reprend les modes de construction sahariens: les structures sont en bois de palmier et les murs en brique de terre séchée, toub
Comme toute société primitive, la société aurassienne vit en autarcie, donc dans une économie sévère de pénurie. Il semble alors justifié que les matériaux locaux soient ceux utilisés en majorité. Le choix technique est contraignant pour les formes, mais non déterminant dans l’organisation spatiale.
Le système d'ossature et de reprise de charge par une floraison de piliers permet d’obtenir de grands volumes et de construire sur plusieurs niveaux.
Les ouvertures sont petites et triangulaires. Dans ce pays chaud et sec la réverbération est très intense; la position d'une rangée d'ouvertures en haut des murs a plus ici un rôle de ventilation qu’un rôle « d'ouverture vers l’extérieur ».
Pour la construction d'une habitation, l’intervention d’un artisan est un fait rare. La touisa, ou construction collective, est l’apanage de ces sociétés. « Les maisons sont construites après les moissons par les propriétaires » (Th. Rivière)
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