Auteur: Aures
Date: 2007-05-18 17:07:05
HABITAT TRADITIONNEL DANS LES AURÈS
( Le cas de la Vallée de l'Oued Abdi (Ighzer n Abdi) )
Par : SAMIA ADJALI
In : Annuaire de l’Afrique du Nord T. XXV, 1986, pp.271-280
III-La maison sur le site (Suite)
2- El atab (le seuil):
Le seuil est toujours marqué par une surélévation allant de la simple marche de 20 cm à un escalier en pas d'âne. Cette différenciation de niveau relève du système symbolique mais crée aussi, et dès l'origine, une protection pragmatique vis à vis des eaux pluviales. Les maisons étant édifiées perpendiculairement à la pente, l'entrée n'est possible qu'en corrigeant le dénivelé par un remblai, des pas d'âne ou encore par des escaliers.
Quand dans certaines habitations, les hommes et les animaux pénètrent dans la maison par une seule porte, la hiérarchisation de la circulation s'effectue juste après le franchissement du seuil et la bergerie s'ouvre directement sur tasquift
3- Tasquift (skiffa ou chicane):
On a toujours défini la skiffa comme un espace filtre, un espace de transition. Tasquift dans la vallée de l'oued Abdi est un espace médiateur. Elle sélectionne et médiatise les relations. C'est un espace et non pas simplement un passage. Aménagée et couverte, la skiffa, oppose sa composition à deux espaces ouverts et non aménagés : l'extérieur et la cour. Cette hiérarchie entre la zone claire et zone obscure crée l'intimité de tasquift.
Le rôle de tasquift, par comparaison aux chicanes de médinas ou de la cité du Mzab, est plus médiateur. La position de la porte d'entrée, son ouverture en permanence, la relation visuelle directe que l'on a de la cour lorsqu'on est sur le pas de la porte, révèle une approche de l'intimité différente. Nous avons rarement rencontré des plans d'habitation avec des chicanes en « S ». Lorsque c’est le cas, il s'agit alors de maisons en périphérie du noyau le plus ancien de la dechra, donc beaucoup plus récentes. La loi de la réciprocité est de rigueur dans cette société. La notion de groupe pris dans sa structure sociale implique d'abord une intimité du groupe passant par un respect mutuel, l'intimité familiale vient ensuite. Tous les membres sont concernés; lorsqu'on passe dans la rue, même si on ne regarde rien, on voit tout. Les enfants déambulent d'une skiffa à l'autre, les femmes se retrouvent dans la skiffa le temps d'une nouvelle...
- La cour et Ghorfat n'ilima
Le noyau de la maison est formé de ghorfat n'ilma et de la cour. La maison abrite généralement une famille au sens large du terme: la cour malgré cela n'est pas lieu de regroupement, on se retrouve soit dans taskift, soit dans ghorfat n'ilima. Les dimensions variables et surtout restreintes des cours, attestent du peu d'importance du lieu comparativement aux maisons avec cour ou patio. C'est souvent un lieu de passage mais surtout un puit de lumière. Lorsque la cour est importante, elle cumule plusieurs fonctions: « de nombreuses habitations chaoui ont une cour rectangulaire de dimensions variables et à ciel ouvert(…) quelques fois une partie de la cour est affectée à divers usages. C'est là que durant l'été, les femmes installent leur kânoun, font la cuisine, suspendent l'outre pleine d'eau, et si la maison ne comporte pas de bergerie, parquent les bêtes, entreposent le fumier et entassent le bois » (M. Gaudry). On élève alors des murets pour isoler les différentes fonctions. Les maisons avec grande cour sont des cas particuliers, compensent par là l’absence d’autres espaces spécifiques (bergerie, terrasse accessible, tasquift). La fréquence des cours dépend en fait du lieu d’implantation des villages.
Centre symbolique et fonctionnel de la maison, ghorfat n'ilma est par excellence l’espace de l'homme. Salle commune présente dans d'autres architectures vernaculaires, ghorfat n'ilma par sa composition et sa structuration de l’espace organise l’ensemble de la maison. Lieu principal de vie sociale et économique, cet espace se définit comme le plus grand volume de la maison, toujours isolé et limité verticalement par les réserves. La polyvalence du lieu s'exprime par une projection au sol de toutes les activités quotidiennes; en effet, la division en espaces fonctionnels ne s'obtient pars par un cloisonnement vertical (mur) mais par un aménagement du sol à l’aide de simples surélévations (de 15 à 25 cm) et de banquettes construites. A chaque aménagement correspond une fonction, toutes les pratiques journalières de réunion, de cuisson, de tissage sont représentées. La seule qui n’est pas systématiquement définie est celle du sommeil. La literie, composée de nattes, de tapis et de couvertures tissées par la famille, est rangée contre un mur ou sur le seul lit de la pièce qui peut être construit (sedda ou ) suspendu.
Le coeur de ghorfat n'ilma est le coin du feu. Il rythme les étapes de la journée par le rassemblement périodique de la famille autour du foyer et le temps que passent les femmes pour la cuisson des galettes et des repas. L'emplacement du métier à tisser est marqué par une banquette construite le long d'un mur, face à la porte en général. Un coin, souvent le plus obscur de la pièce, est attribué aux réserves journalières mais aucun élément architectural ne matérialise cet espace. Des outres d'eau (guerba) et de lait sont suspendues, entre les poteries et les autres ustensiles. L’aménagement des murs est le complément de l’aménagement du sol, puisque niches, décrochements, morceaux de bois fixés entre deux briques de terre ou deux pierres complètement, à la verticale, l’utilisation du plan horizontal. Le centre de la pièce joue un rôle de centre social. La famille se réunit et reçoit dans cet espace.
(à suivre)
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