Auteur: Auresion
Date: 2007-04-10 15:45:18
Les magasins collectifs de l’Aurès
LES GRENIERS COLLECTIFS DE L’AURÈS :
I- MODE DE VIE DES MONTAGNARDS AURÈSIENS
1- Les Twaba ou Uled Dawed
2- Les Ghasira
3- Banian et Mcunec
II- LES MAGASINS COLLRCTIFS DES TWABA
1- Leur ancien rôle
2- Rôle du gardien
3- Transformation de la vie des Twaba
4- État actuel des Hiqli3in
III- LES MAGASINS COLLECTIFS DES GHASIRA DU NORD
IV- LES GRENIERS COLLECTIFS DES GHASIRA DU SUD
V- LES GRENIERS COLLECTIFS DE BANIAN ET MCUNEC
VI- CONCLUSION
Bonne lecture
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LES MAGASINS COLLECTFS DE L’OUED EL ABIOD (AURES).
Par : MARCELLE FAUBLRE-URBAIN
In : Le Journal de la Société des Africanistes, vol. 21, No.2, 1951, pp. 139-150
I- MODES DE VIE DES MONTAGNARDS AURASIENS
1- Les Tuaba ou Uled Daud :
Masqueray (1) a écrit une partie de l’histoire des Tuaba : se séparant de ceux qui deviendront les Abdawi, ils ont occupé la région montagneuse au Sud-Est du Djebel el Azreg, vers Ain Rumia, Ain Tasmalt, Igelfen. Le mot Haddada, qui désigne un lieu de cette région, est aussi le nom d'une des familles composant la tribu. Ils édifièrent A Bahlul un immense grenier tribal qui, abandonné, dresse des murs de huit étages. Nombre de Tuaba y vont toujours, en mai, sacrifier des bêtes et les manger en communion.
En quête de terres irriguées, les familles Tuaba ne traversèrent pas les étendues stériles qui mènent vers 1'oued Ghasira, aux rives déjà peuplées du temps des « Romains ». Ils se dirigèrent vers le Nord de Taghit « La Passe », appelée Tighanimine par les Européens.
La tradition rapporte :
Les Halha marchent en tête, ils s'établissent à Harara et à Mzara.
Les Ah Wuzza créent Haqliht hazuggwaght (2). Le grenier et une tombe ancestrale situés sur un rocher abrupt, dominent et surveillent les pistes venant de Taghit Sidi bel khir et de Teniet el Abed.
Les Uled Aïcha bâtissent les greniers et les villages de Blihud, Elhaf et Taakchumt (Taakhut), surplombant les deux rives de l’oued el Abiod.
Les Izahaffen érigent, en une position très forte, commandant La Passe, Tabentut.
Une autre famille s’installe à Tighanimin.
Plus tard, des Izahaffen et des Ihaddaden fondent, en amont de Hazuggwaght, Taghit Zidan. Certains Izahaffen se mêlent aux Ighusar qui occupaient déjà Taghrut Ighusar.
D'autres se fusionnent avec les Sma'il de Mzata. Des Ihaddaden se joignent aux Ighusar de Bu Sda. Des Ait Hakeribt construisent Haqliht hamellalt, tandis que des consanguins s’allient avec d’autres familles, à Raju.
Occupant les hauteurs dominant la vallée, les Ail Hakeribt édifient Inerkeb et Sanef, tandis que les Izahaffen deviennent leurs voisins à Arris.
Poursuivant la conquête de la haute vallée, les Tuaba repoussent les Ujana et créent plusieurs villages : des Halha, el Hammam; des Ah Wuzza, el Hajjej; des Izahaffen, Mesref et Bacha.
Les terres de la vallée étant peu étendues, les Uled Daud cherchent d’autres lieux de culture. Luttant contre les Abdawi, les Ujana, les Beni bu Sliman, ils labourent à l’automne les champs mieux arrosés qui entourent le lieu dit « Medina », et, sur l’autre versant « Fum Tub ». Mais ils n'y ont ni greniers, ni maisons et vivent sous la tente.
De septembre-octobre à mai, les Tuaba résident dans les villages cités, par familles. Chacune emmagasine au grenier collectif les réserves nécessaires pour plusieurs années. - Des sécheresses, des attaques ennemies pouvaient empêcher les moissons en haute val1ée -. Un aïeul est enterré dans le magasin ou bien à proximité. Cimetière et demeures sont dominés par le grenier et le lieu saint. Là ont lieu tous les rites familiaux : mariages, circoncisions, visites à la tombe ancestrale, accompagnées d'un sacrifice et suivies d'un repas communiel, gage de fécondité.
Le village contrô1e le ravin et les sources qui irriguent les jardins, les champs, comme les aires à battre et les pistes. Les terres sont propriété individuelle.
Après la fête familiale, les hommes, sauf le gardien du grenier, transhument vers la haute vallée avec le troupeau et les mules. Ils y restent jusqu’au dépiquage, descendent pour la moisson des terres irriguées, y remontent pour les labours d'automne, avant de gagner les villages d’hiver.
Conquis par les armes, ces champs étaient probablement des biens indivis, comme sont encore les terres de haute vallée des Uled Aicha de Blihud.
Les 8.750 Tuaba de 1889 passent à 18.350 en 1950 . La densité de population, de 11 habitants au km2 devient 23,5. Pour cette raison, les terres proches du village ne suffisent plus. La propriété collective, interdisant l'émigration, s’individualise. Des Tuaba se déplacent vers Médina et Fum Tub. Tandis qu'il y a 18 habitants pour 11 au km2 dans les villages d’hiver, L’accroissement est plus sensible en haute vallée : 36 pour 11.
Si des Tuaba continuent la transhumance saisonnière traditionnelle, d'autres se fixent dans des fermes dispersées sur le territoire du Nord. Des familles diverses cohabitent dans un même village. La aussi, des individus se sédentarisent.
(à suivre)
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