Auteur: Aoures
Date: 2007-04-03 15:11:40
La fête de l’Achoura en Aurès (suite et fin)
-L’analyse des faits et gestes de la fête d’Achoura en Aurès :
Bien que le rituel de l'Achoura ne soit pas aussi complexe que ceux d'"iennar" et du printemps, l'analyse des différents gestes que nous venons de décrire montre que l'intention symbolique qu'ils contiennent est analogue, par bien des aspects, à celle qui sous-tend les rites d'"iennar" (premier jour de l'année solaire) et du printemps (fête du renouveau).
Ainsi, pour toutes ces fêtes, les femmes se rendent-elles à l'oued pour en ramener trois éléments : de l'eau, des pierres ou de la terre et des plantes. Ces gestes sont tous chargés de la même signification de fécondité (l’idée de fécondité étant réinterprétée en termes de purification dans le rituel religieux de l'Achoura), de maintien de l'ordre universel, de continuité de la vie domestique et de protection contre les forces néfastes. Ils affirment aussi la correspondance symbolique entre l'espace domestique et l'espace agraire, donc entre la prospérité de la maison et celle des champs.
Quant au sacrifice collectif, il revêt, pour l'Achoura, comme pour toutes les fêtes du cycle agraire, la même signification de réaffirmation de la cohésion sociale et de renouvellement du contrat d'alliance avec les morts et les invisibles à qui les vivants demandent l'abondance et la prospérité.
De même, la consommation, pour l'Achoura (qui inaugure le cycle religieux) de la viande séchée de l'Aïd el Kebir (dernière fête de l'année lunaire musulmane) exprime la volonté de pérennité, celle de « conserver la famille d’un cycle à l'autre tout au long de l'année ».
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-Conclusion :
L'Achoura est demeurée longtemps, une fête agraire du renouveau assuré par les ancêtres, fête analogue dans son message à celle d'"iennar" et du printemps. Certains éléments du rituel de l'Achoura ont pu être réinterprétés par la logique symbolique religieuse. D'autres ont disparu, tels les Grands Masques. Mais il n'en est pas moins vrai que les gestes auxquels les paysans restent profondément attachés sont ceux par lesquels les femmes établissent la relation entre la fécondité de la terre et la prospérité de la maison.
Source :
JEMMA-GOUZON Danièle : "Villages de l’Aurès, Archives de pierres", L’Harmattan, 1989, pp.160-161
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