Auteur: Aziz
Date: 2006-09-06 11:32:32
La négation de soi : une histoire ancienne
À la fin de l’année 1948, le MTLD diffuse une brochure de cinquante pages, intitulée Mémorandum à l’onu, qui s’ouvre sur la phrase suivante : "La nation algérienne arabe et musulmane existe depuis le VIIe siècle" (Guenoun, 1999 : 20). Cet "acte de naissance" qui fonde la souveraineté de l’Algérie face à la puissance coloniale est significatif : lorsqu’il s’est agi de s’opposer à l’Occident, c’est vers l’Orient que les hommes politiques algériens se sont tournés en recomposant leur histoire au prix de l’effacement de leurs origines berbères. Cette négation de la période anté-islamique et des dimensions culturelles qu’elle recouvre (berbère, juive), de loin antérieures aux mouvements nationalistes, est un fait ancien chez les élites maghrébines. Après avoir analysé les aspects historiographiques et sociaux du "mythe d’origine berbère", et notamment du mythe des origines proche-orientales des Berbères élaboré au Moyen-Âge, M. Shatzmiller (1983 : 153) conclut : "Il semble que nous abordons avec l’étude du mythe d’origine, le problème du décalage qui existait, en effet, en Afrique du Nord médiévale entre l’histoire telle qu’elle fut interprétée par les éléments d’élites islamisées et arabisées et les faits réels tels qu’ils ont été vécus par la plus grande partie de la population berbérisante”.
Dahbia Abrous (Université de Bejaïa) et Hélène Claudot-Hawad (CNRS-IREMAM)
Annuaire de l’Afrique du Nord, 1999, 91-113 (Paris, CNRS Editions
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